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«Les élèves sont démobilisés»

Mouhoub Harouche, ancien cadre du ministère de l'Education, trouve aberrant que la tutelle continue à préconiser la limitation des cours concernés par l'examen du baccalauréat et soutient que cette démarche participe à achever de déprécier la valeur du diplôme. - Le ministère de l'Education nationale vient de fixer le seuil des cours pour l'examen du baccalauréat. Cette mesure, qui était une exception, est devenue une règle...   Cette démarche ne répond à aucune logique. Personnellement, je suis scandalisé par le raccourci opéré par la tutelle pour acheter la paix. Rappelons que le seuil des examens a été instauré par les autorités, il y a quelques années, lorsque les lycéens sont sortis dans la rue réclamant l'allègement des programmes scolaires. De crainte d'un embrasement, le gouvernement a décidé de fixer un seuil des cours. L'exception est devenue apparemment une règle. Le pire est que cette année, le seuil a été fixé dès le début de l'année. Les élèves étaient au courant depuis trois mois qu'ils avaient un seuil à ne pas dépasser, donc un troisième trimestre à blanc. Cette annonce ne sert pas l'élève, elle le démobilise. Les élèves, notamment les candidats au baccalauréat, vont de ce fait déserter les bancs de l'école et les enseignants sont d'ores et déjà en vacances.   - Beaucoup responsabilisent les enseignants. Ils sont accusés d'avoir encouragé la politique du gouvernement en matière de seuil de cours et de se plaindre de la surcharge des programmes. Partagez-vous cet avis ?   L'enseignant a sa part de responsabilité. Normalement, l'éducateur n'a pas à se plaindre de la surcharge ou de l'allègement des programmes, car c'est à lui qu'échoie la mission d'analyser le programme et de proposer l'essentiel de son contenu aux élèves de terminale. Je ne veux pas accabler l'enseignant, mais je suis désolé de dire que beaucoup d'entre eux ne font pas leur travail. Aujourd'hui, l'on constate une démotivation systématique des enseignants, et ce, pour différentes raisons, notamment l'application de nouveaux programmes sans l'implication des enseignants, le manque de formation, le choix de l'approche par compétence qui a déstabilisé l'enseignant parce qu'il n'a rien compris à ce nouveau système...   - Rien ne va, ni du côté des élèves ni du côté de la tutelle... Le bac algérien vaut-il quelque chose aujourd'hui ?   C'est triste à dire, mais le bac algérien ne vaut plus grand-chose ni ici en Algérie ni ailleurs. A l'étranger, on exige du bachelier des concours et un recyclage... Et ici, il suffit de comparer le bac des années précédentes avec celui d'aujourd'hui... Le niveau des élèves a baissé. Vous allez me dire le taux de réussite au bac est élevé alors que l'on a supprimé le rachat. Oui, le gouvernement a supprimé le rachat, mais il fait du rachat autrement, c'est-à-dire en facilitant les épreuves du baccalauréat. Et ceci est mieux qu'un rachat pour les élèves. Le taux de réussite avancé chaque année n'est pas valable. Nous assistons impuissants au massacre de l'école algérienne...

El Watan

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