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EDITORIAL : Agriculture, la modernisation est possible

La 16ème édition de la Journée nationale du paysan (JNP) est prévue pour se tenir les 25, 26 et 27 avril 2013 à Banfora. L'événement est placé sous le thème « Sécurité alimentaire et résilience des populations : enjeux et défis ».

Après avoir mené la réflexion lors de la 15ème édition dans la région du Nord, sur « Modernisation et professionnalisation de l'agriculture ; rôles et responsabilités des acteurs », il est aujourd'hui question d'aider les paysans à mieux s'adapter à leur environnement pour assurer la sécurité alimentaire. De façon concrète, il s'agit pour les participants de plancher sur cette pensée de Jacques Mailhot : « Humidité et sécheresse sont les deux mamelles du paysan. Une fois sur deux, il se plaint, soit de l'un, soit de l'autre ». Comment faire en sorte que le paysan puisse s'adapter à l'humidité ou à la sécheresse ? Qu'il s'agisse de survenance de sécheresse, d'inondation, le producteur burkinabè doit trouver des mécanismes pour échapper à une catastrophe alimentaire.

Le thème est à propos en ce sens qu'il ne se passe pas une saison sans que des inondations ou des poches de sécheresse ne compromettent, par endroits, les efforts des producteurs. L'heure est venue de pouvoir s'adapter aux événements sans périr. Disons-le, notre agriculture qui contribue à hauteur de 40% au PIB et de 83% aux recettes d'exportation, est caractérisée par son arriération. En effet, environ 80% de la population vit de celle-ci. Malheureusement, selon le Recensement général de l'agriculture (rapport RGA 2007), plus de 64% des agriculteurs travaillent à la daba. Et cela sur de petites exploitations de 3 à 5 ha en moyenne et 36% à la culture attelée. 10 à 15% seulement utilisent les semences améliorées. Très peu d'agriculteurs ont accès aux engrais à cause des coûts élevés et de leur non disponibilité en quantité et qualité.

Conséquence, les engrais, les produits phytosanitaires, les semences améliorées sont très peu utilisées et l'agriculture reste largement extensive avec une faible productivité. C'est pourquoi, il faudrait aller vers une véritable modernisation de l'agriculture. Cela exige que les paysans s'approprient les paquets technologiques et s'appuient sur la mécanisation agricole. Après les véhicules utilitaires « France-au revoir », pourquoi ne pas explorer à fond la piste des tracteurs et autres équipements agricoles "France-au revoir" afin de permettre au plus grand nombre de pouvoir se doter d'outils modernes de production.

Aussi, la création d'une banque exclusivement consacrée au financement de l'agriculture n'est pas en soi une élucubration. La pratique actuelle a montré que nos banques sont beaucoup plus des arnaqueurs de fonctionnaires que de véritables instruments de développement. Bref ! L'ère de la daba est révolue. L'heure de l'agriculture moderne a sonné. Le président du Faso n'a-t-il pas annoncé dans son programme quinquennal sa détermination à faire de l'agriculture et de l'élevage le véritable levier de la croissance de notre économie ? A ce propos, il a annoncé entre autres mesures, « la transformation des systèmes de production agricole par la transition vers des techniques modernes de production pour une agriculture plus intensive en agissant sur les intrants et semences ». Le développement des filières commerciales agricoles dans le cadre d'une politique de diversification agricole est aussi une solution annoncée par le chef de l'Etat dans son programme.

Il importe par ailleurs que le système d'encadrement et autres conseils agricoles soient améliorés. Le producteur a besoin d'être suivi. Il a la force et la volonté de travailler mais le niveau faible de l'encadrement constitue l'une des contraintes, voire un des obstacles dressés sur le chemin de la sécurité alimentaire.

En clair, bon nombre de petits producteurs se trouvent dans l'impossibilité de moderniser leur système d'exploitation. Non seulement, ils ne disposent pas de moyens financiers mais ignorent également l'existence même des technologies adaptées à leurs milieux. Du coup, les yeux du monde rural sont tournés vers l'Etat qui doit aider à booster la production.

Et pour booster la production agricole, surtout la production des céréales locales et assurer la sécurité alimentaire, l'Etat a tout intérêt à poursuivre ses efforts de subvention des intrants (engrais et semences). Toutes les organisations, faîtières et fédérations paysannes, expriment à chaque Journée nationale du paysan leur souhait de bénéficier d'engrais et de semences de qualité. Les opérations de distribution des semences et des engrais pendant les campagnes 2008/2009 et 2009/2010 ont été saluées par les bénéficiaires. Pour la campagne 2009/2010, 7.296,902 tonnes de semences, toutes spéculations, ont été distribuées, permettant la mise en culture de 303.387 ha, soit 11% des superficies pour céréales, légumineuses et autres oléagineuses. Malgré ces efforts, d'aucuns diront que cela est en deçà des attentes étant entendu qu'environ 4.000.000 ha de terres sont mises en valeur chaque année.

Le pari de la sécurité alimentaire recommande à l'Etat de maintenir et d'étendre aux autres cultures céréalières la subvention des intrants au profit des producteurs. A cela s'ajoutent la mise en place d'un système de crédit adapté pour les équipements, la distribution et l'utilisation des semences et des engrais de bonne qualité en quantité et à temps. Il revient aux paysans d'appliquer des systèmes de production rationnelle respectueux de l'environnement. Tant qu'aucun effort de préservation de l'environnement ne sera fait, le paysan sera victime de son propre comportement.

Outre les paquets technologiques, l'Etat burkinabè devra contribuer à la maîtrise de l'eau. Beaucoup de barrages et autres retenues d'eau sont de nos jours ensablés. Or, nous devons sortir de cette dépendance de l'agriculture pluviale. La sécurité alimentaire sera difficilement atteinte si le producteur n'allie pas culture pluviale et production irriguée. La sécheresse ne prévient point, encore moins les inondations. La culture irriguée peut aider à faire face aux aléas.

Assurer l'irrigation des terres suppose beaucoup d'aménagements (barrages, retenues d'eau, canaux d'irrigation etc.). La campagne de culture de contre-saison, notamment celle du maïs "Bondofa" lancée le 4 novembre 2011 dans la région du Centre-Ouest avait permis de faire face au déficit céréalier. Le paysan ne demande pas mieux que de pouvoir se nourrir sans tendre la main à autrui.

S'il est vrai que des dizaines, voire des centaines de résultats de recherche dorment dans les tiroirs des laboratoires, le thème de la présente journée consacrée au monde rural interpelle les décideurs. Il est temps de faire des opérations "casiers vides" afin que ces milliers de résultats, produits de la recherche scientifique, servent enfin la cause de l'agriculture et de l'élevage dans notre pays. Il le faut pour qu'il n'y ait plus jamais de famine au Faso. Qu'il pleuve trop ou pas assez, le paysan burkinabè doit pouvoir assurer sa pitance quotidienne. Et ce n'est pas impossible. Il suffit de le vouloir, le tout avec une dose d'information et d'encadrement au profit des laborieux paysans. Si rien de tout cela n'est fait et que nos paysans continuent de semer à tout vent, il ne sera pas étonnant que la tempête sévisse dans nos assiettes. Un proverbe de chez nous ne dit-il pas que les discussions sur le labour ne se mènent pas en saison pluvieuse ? Alors, place à l'action, place à plus d'action.

Par Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA [email protected]

Sidwaya

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