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Des Marocains place Jamâa el-Fna après l'attentat, Marrakech, le 28 avril 2011. REUTERS/Youssef Boudlal
Des Marocains place Jamâa el-Fna après l'attentat, Marrakech, le 28 avril 2011. REUTERS/Youssef Boudlal

Islamistes: la troisième voix des révolutions arabes

Avec l'attentat du 28 avril 2011 à Marrakech, les islamistes radicaux veulent rappeler qu'ils sont toujours dans la course. Et que les révolutions du monde arabe ne les ont pas mis hors-jeu.

Si à l'est du monde arabe les révolutions se succèdent sans toutefois se ressembler, au Maghreb, les récents attentats terroristes sont venus expliquer que la dialectique ne se fera pas uniquement entre le régime et les populations, sur la base de revendications démocratiques. Un troisième acteur vient de se mêler à la partie.

Ironie du sort, alors que l'Algérie et le Maroc évoquent à nouveau l'ouverture de leurs  frontières communes (fermées depuis 17 ans) et opèrent de significatifs rapprochements, voilà que des attentats meurtriers frappent les deux pays. En Algérie, déjà touchée par le terrorisme, le front sécuritaire s'est brusquement enflammé. Quarante militaires, gendarmes et auxiliaires des forces de sécurité ont été tués ces dix derniers jours, particulièrement en Kabylie mais aussi à l'Ouest et au Sud, des régions habituellement épargnées. Au moment où le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée, réunit les services de sécurité au Mali pour tenter de contrer al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) et le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), deux organisations terroristes très actvves dans le Sahel, un attentat dans un café de Marrakech fait 16 morts, dont une grande majorité de touristes étrangers, semant la panique dans un royaume chérifien qui craint plus que tout pour son image et sa réputation de terre de vacances.

Là où les révolutions arabes se jouaient sur une dialectique à deux voix (gouvernement/citoyens), une troisième vient de s'élever au Maghreb, prévenant qu'il faudra désormais composer avec elle. Répondant d'une part au discours d'un Bouteflika malade, le premier depuis un long silence de quatre mois, et la forte mobilisation populaire au Maroc pour le changement, la série d'attentats est venue rappeler que la solution n'est pas uniquement entre les avancées démocratiques exigées par les populations et l'autoritarisme des régimes en place, bloqués sur des modes de gestion des années 70. Cette troisième voix est officiellement attribuée au groupe islamiste Aqmi, nébuleuse fourre-tout sur le dos duquel on peut tout mettre par simplification politique, naturelle ou calculée.

Quelles conséquences?

Résultat, à l'échelle maghrébine on a déjà oublié le rapprochement algéro-marocain —d'autant que les frontières entre les deux pays avaient été fermées suite à un attentat similaire à Marrakech, derrière lequel les Marocains avaient cru déceler une main algérienne. Ensuite, les régimes vont devoir composer avec les courants islamistes présents dans la société et les institutions, et les différents clans qui coexistent à l'intérieur du sérail, pour trouver le moyen de se perpétuer.

Comment vont réagir le roi du Maroc et le président Bouteflika? Si le premier a pleinement conscience que le terrorisme est l'obstacle suprême au tourisme, qui génère des milliards de dollars par an, le second, qui dirige un pays plus ou moins fermé aux vacanciers, n'a pas souvent condamné les attentats —à l'image des derniers, qui ne lui ont pas arraché un seul mot. Le premier va donc tenter d'agir, même s'il ne peut pas grand-chose,  alors que le second va banaliser les attentats et les passer dans la rubrique «militaires écrasés».

Seul point commun, les deux régimes, mal assis, vont indirectement utiliser les attentats pour retarder l'avènement de la démocratie en invoquant les forces obscures dont il faudra d'abord se débarrasser et faire peur à la population. Les autorités d'Alger agitent déjà depuis des semaines l'exemple libyen et la crainte de voir armes lourdes et groupes terroristes entrer au Maghreb occidental.

De ce point de vue, on peut dire que le terrorisme islamiste, si c'est bien de lui dont il s'agit, travaille objectivement pour les deux régimes. La partie, déjà difficile, va être encore plus compliquée pour les démocrates marocains et algériens.

Chawki Amari

Chawki Amari

Journaliste et écrivain algérien, chroniqueur du quotidien El Watan. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment Nationale 1.

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