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Macky Sall joue gros, très gros même (Par Madiambal Diagne)

Des voix avaient été entendues pour dire que le Président Abdoulaye Wade ne se remettrait pas de l'emprisonnement de son fils Karim, inculpé la semaine dernière pour prévarication de deniers publics portant sur des sommes folles. «Soit ! Et on l'enterrerait comme un ancien chef de l'Etat», ont rétorqué d'autres. Toutes les personnes détenues ont de la famille, des êtres qui leur sont chers et qui souffrent de voir leurs proches dans les liens de la détention. Oublie-t-on que le père de l'homme d'affaires Bara Tall avait été emporté par le traumatisme qu'il avait subi, suite à l'emprisonnement de son fils qui n'était pourtant «coupable» de rien d'autre que d'avoir refusé de servir de balance contre Idrissa Seck dans le cadre de l'affaire dite des «chantiers de Thiès» ?

Qui s'était ému des larmes versées par les mères, pères, épouses et enfants des nombreuses personnes que le régime de Abdoulaye Wade avait injustement pourchassées ? Est-ce que Abdoulaye Wade avait exprimé le moindre remords quand ses autres «fils et filles», les Ndongo Diao, Ndéye Khady Guèye, Baïla Wane, Modibo Diop et autres ont été emprisonnés et pourtant Dieu sait que certains parmi eux ont eu à faire pour Abdoulaye Wade en termes d'engagement et de sacrifices bien plus que son fils Karim.

Abdoulaye Wade doit s'estimer heureux de n'avoir pas été personnellement mis en cause par les enquêtes ouvertes alors que tout l'accuse. Il est vrai que si le choix lui était donné, Abdoulaye Wade se serait offert prisonnier à la place de son fils. C'est aussi cela les relations biologiques. Par contre ce serait une situation surréaliste que de jeter en prison à la fois le père, la mère, la fille et le fils. Toute la famille Wade aurait pu se retrouver en prison pour des faits de prévarication de deniers publics ou encore si le législateur décidait de revenir sur la loi portant amnistie des faits de l'assassinat de l'ancien vice-président du Conseil constitutionnel Me Babacar Sèye. On pourrait alors assister à des situations similaires à l'emprisonnement de Laurent Gbagbo, de son épouse Simone et de son fils Michel ou de la situation de la famille Moubarak en Egypte ou encore de la famille Khadafi en Lybie ou de Ben Ali en Tunisie. Dans ces différents cas, c'est la fuite, la mort ou la prison.

Sur le chantier de la lutte contre l'impunité, le régime de Macky Sall avait beau donner des gages par des professions de foi mais aussi en arrêtant des personnalités riches, célèbres ou influentes. Mais le meilleur gage aura été l'arrestation de Karim Wade. Par ce geste, Macky Sall vient de signer que nul ne sera plus au dessus des lois. En effet, d'aucuns doutaient encore de la volonté du pouvoir d'aller jusqu'au bout de la logique de traque des biens mal acquis. On avait imaginé des scénarii plus plausibles les uns que les autres d'une certaine mascarade dont ne serait victime que le menu fretin. Ne peut-on pas considérer qu'on est arrivé à un point de non retour ? On ne peut qu'applaudir devant ce spectacle que dans notre République, «nous sommes désormais tous nés libres et égaux devant la loi». Il faudrait cependant que tout le monde s'en convainque car il n'est pas compréhensible que durant sa garde à vue dans les locaux de la Section de recherches de la gendarmerie à Colobane, que Karim Wade ait eu à bénéficier d'une visite privée, celle de Moustapha Mbacké, fils du khalife général des mourides. On se demande encore comment les gendarmes ont pu autoriser une telle visite qu'ils avaient pourtant refusée, conformément à la loi, aux avocats.

Dans cette affaire, le régime du Président Macky Sall joue gros. Il joue sa crédibilité. Cela commence d'abord par la fiabilité des charges retenues contre les personnes mises en cause. Il s'avère nécessaire d'établir de manière indubitable les preuves de la culpabilité des personnes. On peut augurer que tout le temps qu'a duré l'enquête, des éléments avaient été patiemment rassemblés pour confondre Karim Wade et ses présumés acolytes. En effet, on a pu observer la patience, on dirait même l'attentisme du Parquet spécial de la Cour de répression de l'enrichissement illicite pour mettre la main sur Karim Wade. Pourtant, on peut dire que dès l'entame de l'enquête, il y avait des éléments assez suffisants pour arrêter Karim Wade. Rien que les sommes trouvées dans deux comptes de Karim Wade à Dakar, à la Cbao et à la Sgbs, pour un montant total de plus de 900 millions de francs déposés en espèces, en l'espace de deux ans par les Victor Tendeng, Victor Kantoussan et autres, suffisaient pour ouvrir une enquête pour blanchiment d'argent. Pour bien moins que cela, des personnes dont Samuel Sarr par exemple, ministre d'Etat, avaient fait, en 2010, sous le règne de Abdoulaye Wade, l'objet de poursuites pénales pour blanchiment d'argent.

La crédibilité de cette procédure judiciaire tiendrait aussi au respect strict des droits des personnes arrêtées. La justice doit être rendue sans aucun esprit de revanche et sans aucune cruauté. C'est pourquoi, il est important que le sort de personnes arrêtées comme Mbaye Ndiaye et Abdou Karim Bourgi dit «Bibo», et qui ont de sérieux ennuis de santé soit examiné avec délicatesse. Rien de devrait s'opposer à ce que leurs conditions d'incarcération soient aménagées pour tenir compte de leur état de santé ou même de les soumettre à un régime de contrôle judiciaire le plus strict possible en dehors des lieux de détention. Ce serait très gravement préjudiciable qu'il leur arriverait malheur dans les liens de la détention. C'est aussi cela la bonne distribution de la justice.

Madiambal Diagne

Rewmi

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