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A Kaboul le 2 mai, la télévision diffuse le message de Barack Obama annonçant la mort de Ben Laden. AFP/Massoud Hossaini
A Kaboul le 2 mai, la télévision diffuse le message de Barack Obama annonçant la mort de Ben Laden. AFP/Massoud Hossaini

Mort de Ben Laden: les Algériens s'interrogent

Ni joie ni tristesse mais des doutes en Algérie à l'annonce de la mort de Ben Laden. Au-delà du mythe, on relève le silence tombant sur les secrets d'al-Qaida et des Etats-Unis.

D'abord, la parano, à l'annonce, le 2 mai, de la mort d'Oussama Ben Laden, l'ennemi public numéro 1 du monde libre. Est-il vraiment mort? Et surtout, a-t-il réellement existé? En pleines révolutions arabes, le timing a été considéré comme plus que suspect et le cadavre aux yeux troués présenté par la télévision pakistanaise en a intrigué plus d'un, Ben Laden étant probablement le mythe le plus fort de ces dix dernières années.

Ancien agent de la CIA et directeur général d'al-Qaida, opaque entreprise dont personne ne sait au fond comment elle fonctionne, cet énigmatique terroriste à la longue barbe, recherché par tous les services de sécurité du monde, aura été considéré jusqu'à hier comme un hologramme destiné à faire peur aux enfants des démocraties occidentales. Pour la simple raison que, jusqu'à aujourd'hui, aucun Algérien ne comprend encore pourquoi les Etats-Unis s'attaquent à l'Afghanistan et à l'Irak alors que le cœur du problème est l'Arabie Saoudite, exportatrice brute de wahabisme dans les pays arabes, matrice de l'intégrisme islamiste, qui aura entre autres produit Oussama Ben Laden.

Eléments troublants

A Alger, la fin de Ben Laden, élément des plus troublants dans une lutte planétaire des plus troublantes, l'annonce n'a été acueillie ni joyeusement par les pourfendeurs du terrorisme national et international, ni par une quelconque tristesse par les tenants d'un islamisme géostratégiquement utile comme contrepoids à l'hégémonie US. Donné responsable des attentats du 11 septembre 2001, eux-mêmes sujets à diverses thèses qui s'opposent, alimentant une suspicion internationale à l'égard des Etats-Unis et de leurs services secrets, Ben Laden est mort avec ses propres secrets.

Alger, qui ne croit absolument pas à l'implication de groupes islamistes dans les attentats du World Trade Center, la mort de Ben Laden reste autant à prendre avec précaution que ne l'a été le personnage de Ben Laden lui-même. Après avoir vécu dix ans de terrorisme et de contre-terrorisme, où tous les coups bas étaient permis, les Algériens ne croient plus en grand-chose, et surtout pas aux bonnes intentions occidentales. La dernière en date, celle de l'Otan qui bombarde des sites civils et tue des enfants sous couvert d'une aide aux insurgés, aura desservi tous ceux qui étaient pour une intervention étrangère en Libye.

Le prénom Oussama, indélébile

Dès que l'information sera totalement intégrée par les Algériens, ce sera surtout la chute d'un symbole de l'anti-américanisme qui aura disparu, le mystère Ben Laden ayant été accompagné d'une profonde certitude, celle qu'il ne sera jamais capturé parce qu'il aurait trop de choses à dire sur l'implication des Etats-Unis dans cette guerre asymétrique du XXIe siècle, celle d'Etats impérialistes contre des nébuleuses mondialisées. L'ironie de l'histoire sera ces enfants algériens innocents que les parents ont appelés Oussama, tout comme d'autres Algériens avaient donné le nom de Saddam à leur fils lors de la première guerre du Golfe. Que vont devenir ces enfants, qui ont 10 ans pour les premiers, 20 ans pour les seconds? Rien de particulier, à part se voir refuser des visas pour l'Occident.

Oussama a été tué par les Américains et Saddam pendu par les mêmes Américains, les Arabes auront perdu leurs guerres pour finir par perdre leurs noms. L'islamisme étant plus ou moins derrière, de même que le panarabisme autoritaire, quel sera le nouveau prénom à la mode? Bouazizi. Du nom du jeune déclencheur de la révolution tunisienne, qui a engendré un effet domino dans tout le monde arabe. Un prénom beaucoup plus porteur et qui signera la grande réconciliation avec l'Occident sur des valeurs enfin partagées.

Chawki Amari

Chawki Amari

Journaliste et écrivain algérien, chroniqueur du quotidien El Watan. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment Nationale 1.

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