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Comment sortir la Bourse du marasme

CFG a publié dans sa note de recherche hebdomadaire de début avril, la synthèse des résultats des sociétés cotées pour l'exercice 2012 qu'elles viennent de clôturer. Ainsi l'on a pu constater que la masse bénéficiaire a affiché une baisse de 10,2 %,  plus prononcée que ne l'ont été les prévisions de la banque d'affaires qui tablait sur un recul de la masse bénéficiaire compris entre 3 % et 4 %.

Si, d'une façon générale, la dépréciation des sociétés cotées est étroitement corrélée à la crise économique européenne et ses retentissements au Maroc, pour CFG, cette  évolution négative se traduit de manière spécifique pour chacun des secteurs d'activité représenté à la cote.

Ainsi, le recul des bénéfices des cimentiers, de 25 % contre  16 % estimé par CFG, s'est fait dans un contexte marqué par une baisse de la consommation de ciment au niveau national et par une intensification de l'environnement concurrentiel suite à l'augmentation des capacités de production du nouvel entrant (Ciments de l'Atlas). Laquelle baisse de la consommation du ciment est, elle-même, révélatrice d'une baisse de l'activité de construction immobilière, des autoroutes et des chantiers d'infrastructure dans leur ensemble.

Le secteur de l'énergie a connu, quant à lui, une baisse drastique de 68 % des bénéfices et qui se rapporte essentiellement à la SAMIR, seule société cotée opérant dans ce secteur. Samir a réalisé un résultat déficitaire de 131 MDH en 2012, contre un bénéfice de 473 MDH en 2011.

Le secteur des assurances cotées a basculé dans le rouge en termes de progression de ses résultats qui connaissaient une croissance linéaire. La diminution des bénéfices des compagnies d'assurance a été de 17 % en 2012, sous l'impact du recul des résultats de leurs placements sur les marchés financiers, tant au niveau des cours en bourse que des dividendes distribués, sans compter le krach obligataire intervenu à la fin de 2012.

Pour ce qui concerne les télécommunications, IAM a également connu une baisse de 17,5 % de son résultat, qui représente 25 % de la chute de la masse bénéficiaire des sociétés cotées en 2012. Cette évolution est attribuable à un environnement sectoriel concurrentiel certes, mais aussi à l'impact d'une provision de près de 877 MDH enregistrée par Maroc Telecom pour couvrir son programme de départs volontaires.

Bourse-casa-projet
Le secteur immobilier a vu lui aussi ses performances se contracter avec une très faible croissance de résultats, à peine +1 % (contre +15 % prévue par CFG), en raison de la forte baisse du résultat de CGI, de 16 %, alors que Addoha et Alliances ont connu une croissance de leurs résultats respectivement de +2.6 % et +5.6 % uniquement.

Les autres secteurs représentés à la Bourse connaissent la même dépréciation de leurs résultats comme  le secteur minier avec +3 % contre  +35 % prévus par CFG, et qui a beaucoup pâti de la contre-performance du résultat de  Managem, à  -33 %, ou encore le secteur bancaire avec une croissance moyenne de résultats de +3 % à peine, du fait du ralentissement de la croissance des dépôts et des crédits et de la détérioration du coût du risque.                                                                                                                                                                                                                            De manière générale, la baisse de la masse bénéficiaire en 2012 est la traduction d'une conjoncture économique morose avec un ralentissement de la croissance du PIB à 2,7 %  en 2012 après une décennie de croissance annuelle moyenne de 5 %, et des changements structurels dans certains secteurs d'activité (Ciment, Sidérurgie, Raffinage pétrolier, Télécoms) qui font désormais face à des environnements concurrentiels plus intenses. Cette analyse repose sur l'ensemble des sociétés cotées, en faisant ressortir les tendances des secteurs qui produisent habituellement des bénéfices. Toutefois, les petites capitalisations ( small caps) semblent avoir réalisé des performances de résultats plus intéressantes que les grandes entreprises des secteurs phares de l'économie marocaine. ?Pourtant, quels que soient les résultats réalisés par les sociétés cotées en 2012, leurs cours ont évolué dans un marché atone avec des volumes quotidiens atteignant au plus 100 millions de dirhams, et parfois moins de de 30 MDhs/jour.

Simple, efficace et concret, mais…

L'interrogation qui se pose, porte donc sur l'efficience du marché. Est-il capable de fixer un juste cours pour une prévision ou une réalisation donnée de la performance économique d'une société cotée ? Ce n'est incontestablement pas le cas et pour cause ! Certaines sociétés cotées continuent d'utiliser les programmes de rachat de leurs propres titres pour en soutenir le cours.
Aucune solution technique n'est aujourd'hui envisageable pour relancer le marché boursier marocain dont l'avenir dépend inévitablement d'une décision politique. Si l'on osait suggérer une seule solution, elle serait la suivante, conforme à la démonstration ci-après:

Les entreprises publiques investissent 160 MMDH par an. Si seulement 20 % de ces investissements devaient être financés par le marché des capitaux, les intermédaires financiers se feraient fort de réunir les 32 MMDH en question sur le marché financier. Pour ce faire, il suffirait de les introduire à la cote pour qu'elles aient accès au financement désintermédié de ce marché.

Voilà une solution qui redonnerait à la Bourse une dynamique, et confiance de nouveau aux investisseurs institutionnels et personnes physiques. D'autant qu'il n'y a pas une seule bourse au monde où une société publique n'est pas cotée. Les anciennes entreprises publiques que furent Maroc Télécoms ou SAMIR n'ont été inscrites à la cote qu'au lendemain de leur privatisation!!!

Pour créer un hub financier, il faut que l'Etat montre qu'il est le premier opérateur à croire en la bourse en y cotant toutes ses sociétés. Pour que les opérateurs marocain et étrangers viennent lever de l'argent en bourse, il faut que l'Etat leur donne l'exemple. D'autant qu'en se finançant sur le marché financier, les entreprises publiques ne feraient plus des appels de fonds à l'État, ce qui le soulagerait d'autant et diminuerait son budget d'investissement.

De plus, les entreprises publiques ainsi cotées amélioreraient leur gouvernance tout en continuant à être en charge de la gestion et du management, du fait qu'elles n'introduiraient en bourse guère plus de 20 % de leur capital . En outre, la cotation des entreprises publiques à la Bourse de Casablanca permettrait d'améliorer le flottant du marché qui est aujourd'hui de 100 MMDH. En effet, avec les 40 MMDH  par an du refinancement des entreprises publiques  sur le marché financier, en deux ans, on doublerait le flottant et on améliorerait la liquidité du marché.

Voilà des solutions faciles à mettre en place, efficaces pour le rééquilibrage du marché des capitaux, mais qui ne sont absolument pas envisagées.
Et l'on se demande bien pourquoi !

Afifa Dassouli

La Nouvelle Tribune

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