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Situation socio-politique : Une analyse de M. Amadou Traoré dit Amadou Djicoroni (1re partie)

Dans une contribution de belle facture, M. Amadou Traoré dit Amadou Djicoroni décortique les causes profondes de la crise malienne, du coup d’Etat du 19 novembre 1968 au coup de force du 22 mars 2012, en passant par la gestion calamiteuse des démocrates de juin 1992 au 22 mars 2012. Non seulement, il propose des réformes institutionnelles pour que notre pays se relève, mais ne souhaite pas la tenue des

Amadou Djicoroni

lections au mois de juillet.

Nous vous proposons la première partie cette contribution de Amadou Djicoroni.

AVANT PROPOS

Pour comprendre la situation du Mali d’aujourd’hui, il est indispensable de remonter au coup d’Etat du 19 novembre 1968. En effet, c’est à partir de cette date que le peuple a vu s’installer au pouvoir des personnes qui n’avaient que leur culot comme argument : « qui ose, gagne ! » Et jour après jour, année après année, ils ont ½uvré à convaincre le peuple :

1. que l’on peut réussir sans s’instruire et sans travailler ; il suffit de faire de sa conscience un escabeau et de se livrer à tout ce qui permet de gagner de l’argent par les moyens les plus condamnables ;

2. que la vie se résume au plaisir et au loisir ; il faut s’y adonner avec frénésie. C’est l’époque de la prolifération des « grins« , des clubs de toutes sortes, des boîtes de nuit, des maisons closes, des modes vestimentaires extravagantes, des chansons dévergondées, etc.

3. que le fonctionnaire surtout quand il est haut placé peut et doit s’en mettre plein la poche. Celui qui ne le fait pas c’est qu’il est maudit.

4. que l’uniforme militaire suffit pour avoir tous les passe-droits ; encore aujourd’hui la plupart des véhicules non dédouanés, sans vignette et qui circulent sans entrave, appartiennent à des hommes et des femmes en tenue militaire.

5. que les normes sociétales peuvent être publiquement et impunément violées ;

6. que toutes les organisations conscientes sont muselées (partis, syndicats, etc.).

7. que la dictature au fur et à mesure qu’elle se renforçait, entravait la communication intergénérationnelle, privant la jeunesse de toute possibilité de prise de conscience.

Ce pouvoir a régné sans partage pendant 23 ans sur le Mali. Il a procédé  à la liquidation de toutes les valeurs sociétales du pays tout en prônant le contraire au point que l’un des membres de la junte, le colonel Youssouf Traoré a pu qualifier le régime de « 23 ans de mensonges« .

Ce fut véritablement un régime de liquidation nationale qui a eu une influence catastrophique sur tous les aspects de la vie du peuple malien ; un peuple  pourtant héritier d’une vieille et solide culture.

Aucun secteur de la vie nationale n’a échappé à son action néfaste : de l’armée à l’école malienne, des sociétés et entreprises d’état au commerce, de la justice à la santé, de la culture au sport, etc.

Au delà des destructions, prédations et liquidations matérielles dans tous les domaines, il est l’auteur principal du démantèlement de l’Homme Malien dans ses valeurs morales et patriotiques.

La paresse, l’inconscience professionnelle, les tricheries, l’effronterie, le dévergondage, le vol, les détournements de deniers publics, les passe-droits, l’indifférence du pouvoir devant les souffrances du peuple, la violence gratuite dans les rapports interpersonnels, l’incivisme, l’effondrement du système éducatif et des sociétés d’État, l’étouffement du sentiment patriotique et tant d’autres tares sociales dont souffre le Mali d’aujourd’hui, furent sinon enfantées  mais assurément aggravées en cette trop longue saison kaki.

L’attentisme, la passivité, le parasitisme, la propension à tout espérer de l’aide, l’irresponsabilité ont été érigés en lois de l’existence chez le Malien moyen.

Prenons l’exemple de la question de l’armée ; n’oublions pas que c’est sous  ce régime que :

1. 10 jours après leur coup d’Etat, les lieutenants du 19 novembre 1968 ont dissout l’état-major général et mis à la retraite 11 commandants et colonels, décapitant ainsi l’armée.

2. Le désordre et l’indiscipline ont été installés dans l’armée par ces putschistes qui n’avaient d’égard pour aucun principe.

3. Le Comité militaire de libération nationale (CMLN) a tué dans les bagnes de Kidal et de Taoudénit plus de 75 officiers parmi les plus valables (groupe Diby Silas Diarra, etc.), sans compter les sous-officiers et soldats.

4. Le CMLN a empêché la formation militaire par crainte de putsch (on peut compter sur les doigts de la main le nombre de man½uvres militaires en 23 ans).

5. Le CMLN a liquidé la flotte aérienne après avoir employé des avions militaires pour transporter des plats de riz commandés à Dakar pour éblouir ses invités du dimanche à Bamako ou pour aller essayer des robes dans des ateliers de couture à Abidjan.

6. Le CMLN a négligé la maintenance des blindés et de la DCA. Au contraire, les engins ont été cannibalisés et on retrouve encore aujourd’hui des dynamos et d’autres organes de chars et de tanks dans des ateliers civils de soudure.

7. Les dirigeants du CMLN ont créé l’inflation des grades sans référence, en procédant à des nominations scandaleuses dont ils étaient les principaux bénéficiaires. Eux-mêmes dans un délire d’accaparement, se sont propulsés de lieutenants à colonels. Moussa Traore lui, s’est emparé en plus, de galons de général de brigade et de général d’armée. Et les avantages acquis de cette manière perdurent encore en salaires, pensions et autres.

8. Le CMLN a fermé l’unité de méharistes spécialement adaptée au combat en zone saharienne et vendu tous les dromadaires de l’armée.

9. Le CMLN a abandonné les casernes dans un état de total délabrement.

10. Le CMLN a introduit l’affairisme dans l’armée et la sécurité en permettant tout aux militaires qu’il a propulsés chefs d’arrondissements, commandants de cercles, gouverneurs, diplomates, et qui sont devenus plutôt commerçants, entrepreneurs, hôteliers, etc.).

11. Le CMLN a instauré la délinquance et la corruption (vente de carburant stratégique et de pièces détachées, scandales dans l’intendance et dans les différents corps, etc.).

12. Les dirigeants du CMLN ont construit des « villas de la sécheresse » en 1972-1973 en vendant les dons reçus de l’extérieur au lieu de les acheminer vers les populations qui mouraient de faim dans le nord du Mali.

Ce ne sont là que quelques uns des actes majeurs qui ont abouti à la destruction de l’armée malienne.  Et c’est le « colonel » Youssouf Traoré, qui fut pendant dix ans le porte parole du CMLN qui a adressé à ATT le 2 avril 1991 un message de félicitations qu’il conclut en disant : « En vérité le 26 mars, dans le c½ur du peuple martyr, l’armée n’avait plus aucun crédit. M. le président, il y a vraiment de quoi avoir peur pour la démocratie au Mali lorsque le voleur crie au voleur et que de grands criminels sont en liberté ou s’engagent à donner à leurs victimes, des leçons de bonne conduite. Il y a réellement de quoi avoir peur lorsque, après la chute de Moussa, les anges gardiens de son régime, sont plus forts que jamais. »

Ainsi que nous l’avons dit plus haut, tous les secteurs de la vie nationale ont subi le même genre de gros dégâts.

C’est pourquoi toute analyse de la situation du Mali doit commencer par là, car ce que nous vivons aujourd’hui n’est que la conséquence des destructions opérées au long des 45 dernières années par trois régimes (Moussa, Alpha et ATT) dont le premier est l’initiateur, les deux autres, des continuateurs pour l’essentiel. A l’évidence, les rapports étroits qui ont toujours unis les trois hommes et les avantages qu’ils se sont mutuellement accordés s’expliquent surtout par le fait qu’ils ont le même point de vue. C’est là que réside l’explication des conditions luxueuses de logement, des libéralités accordées à Moussa Traore, un  homme pourtant condamné à mort deux fois.

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Le 17 avril 2013

Amadou Seydou Traoré

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