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Le Mali doit tirer les leçons de l’affaire Cahuzac : «La charge politique oblige à la rigueur et à la probité morales»

La relation franco-malienne, objet d'une attention planétaire en cette année 2013, et sûrement les années à venir, a son icône. François Hollande incarne la solidarité et l'amitié, dans la justice. Les Maliens le lui ont bien revalu. Investi citoyen d'honneur de Konna et béatifié 334ème saint de Tombouctou, des dizaines d'écoles privées porteront son nom, des rues et des places publiques seront rebaptisées Hollande, le motif Hollande sera composé en teinture, le style Hollande monté en couture, le modèle Hollande posé en coiffure.

Plus, nos consciences resteront éveillées au souvenir de Hollande tant que le drapeau tricolore continuera de s'inviter dans notre panorama comme avec cet anonyme, solennel et déterminé, arpentant tous les après-midi le Pont des martyrs, en équilibre précaire sur la ligne discontinue, deux drapeaux tricolores croisés dans les mains. Il est aussi attendu que d'ici une ou deux générations, Hollande Bocoum, ou Famanta ou Kampo ou Guindo, né à Konna ou ailleurs,  dirigera le Mali depuis un ministère ou la présidence de la République.

Mais au delà de la personne de François Hollande, c'est la France qui nous marque et nous inspire, son armée et sa justice, ses grandeurs et ses faiblesses. Car, on n'accepte pas une médaille en son seul endroit, l'envers va avec. Il ne vient à aucun esprit de comparer nos deux pays. Le Mali est dans une situation de non-Etat, où, après vingt années d'une parodie de démocratie, marquée par l'ère du vice et du licencieux, les institutions ne sont plus «qu'un amas chaotique» et des «structures de vacarme», pour reprendre les termes d'un brillant philosophe.

Mais il demeure un précédent qui fera jurisprudence si on n'y prend garde: ATT se serait envolé avec toute la responsabilité du drame malien à bord du vol spécial de la Présidence du Sénégal, le 27 mars 2012. Pour le reste, responsables, politiques et élites intellectuelles, la frayeur du 22 mars 2012 et la menace cataclysmique du 11 janvier 2013 passés, chacun est revenu redorer le blason et briller d'une nouvelle lueur sur l'amertume et la frustration de leurs compatriotes. Or la charge politique oblige à la rigueur et à la probité morales. La vie politique n'est pas un sanctuaire à l'intérieur duquel des criminels, après qu'ils ont fini de piller leur pays, pénètrent comme dans la miséricorde.

L'actualité politique du trimestre, à part l'intervention française au Mali, a été marquée d'un seul gros titre: l'affaire Cahuzac. De quoi s'agit-il? Un journal en ligne, Médiapart, publie, le 4 décembre 2012, un article intitulé « le compte suisse du ministre du budget ». Le site assure que Jérôme Cahuzac a possédé, jusqu'en 2010, un compte en Suisse, qu’il n’a jamais déclaré au fisc. Le compte aurait permis de faire transiter de l’argent qui aurait servi à M. Cahuzac pour l’achat d’un appartement de 210 m². Cette opération terminée, le compte a été vidé et fermé. Point.

L'épilogue de l'affaire est en soit un hommage à la justice, une justice qui honore les contribuables qui l'entretiennent, une justice où l'affairisme et la magouille ne font pas la loi. Le Procureur de la République de Paris, François Mollins, s'autosaisit de l'affaire, qualifiée de blanchiment de fraude fiscale, et mène une enquête qui débouche finalement sur l'inculpation de Jérome Cahuzac et sa démission du Gouvernement et du Parlement. Bref, il a fallu un petit mois pour rédiger l'épitaphe de sa carrière politique.

Mais, démocratie oblige, il est des aspects de cette affaire qui ne s'étaleront pas dans la presse. François Mollins est un baron de l'UMP, ce n'est pas pour cela qu'il s'est acharné sur Cahuzac. Jérome Cahuzac n'a pas crédité une caverne d'Ali Baba. Il a honnêtement gagné l'argent, produit de son activité de chirurgien plasticien, spécialiste émérite de la greffe des cheveux. Ce n'est pas pour autant qu'il est dédouané de ses obligations envers le fisc. Bref, la justice a sévi, mais il reste qu'un aspect moral entache le cas Cahuzac, qu'il est bon de partager avec les responsables politiques du Mali.

Un ministre de la République, qui plus est chargé du Budget, se doit la meilleure conduite morale. Depuis vingt ans, ce ne sont pas moins de quinze ministres qui ont démissionné des gouvernements français pour laver leur honneur atteint. Bernard Tapie, en 1992; Gérard Longuet, en 1994, démissionnaire pour répondre des conditions d'acquisition de sa villa. Le 4 juillet 2010, Alain Joyandet et Christian Blanc démissionnent du gouvernement de François Fillon. Le premier pour avoir utilisé un jet privé, à la facture jugée trop salé au goût du contribuable français, pour se rendre dans les Caraïbes et Christian Blanc pour l'achat de cigares réglé sur fonds publics.

Qu'en est-il du Mali? D'abord, peu de gens comprennent la qualification des faits reprochés à Jérome Cahuzac. La plupart de nos compatriotes vous diront que cela n'en valait pas la peine. Autrement, lorsque l'on a vécu les frasques de nos hommes politiques et de l'élite intellectuelle du Mali, chacun peut faire sauter un gouvernement dans un pays qui a le souci de justice sociale et de développement économique: l'affaire de la mine de Faléa, le bradage de Huicoma, l'affaire de la maîtresse du Président (Clinton a risqué l'impeachment pour moins), le pillage systématique du patrimoine immobilier, jusqu'aux cimetières, par des maires irrévérencieux et des opérateurs économiques criminels, la mise à sac des institutions par des politiques véreux, le parjure et les faits de haute trahison, etc.

Le quotidien de nos institutions confirme qu'elles sont l'incarnation du chaos et du vacarme. Le 23 Octobre 2012, Mamadou Bakary Sangaré dit Blaise, Conseiller national, déposait une motion de défiance contre le Président du Haut conseil des collectivités, Oumarou Ag Ibrahim Haïdara, au motif que celui-ci avait fui son pays en pleine crise politique et sécuritaire, en tant que Président d'une institution, pour aller rejoindre les rangs du MNLA en Mauritanie.

Nous savons depuis la réponse qu'une majorité de 57 conseillers nationaux sur 75 réservèrent à la motion, prenant soin d'abord de crier haro sur son auteur et plébiscitant leur Président pour « l'excellente gestion faite par le bureau et les conseillers de la période de crise sous [son] autorité, tout en lui renouvelant leur confiance pour sa grande hauteur de vue et son sens très élevé de la responsabilité durant son mandat». Même Khrouchtchev n'a pas fait faire mieux.

C'est une honte. La décentralisation a été proprement torpillée par cette institution et son Président. Les conseillers nationaux qui l'entourent n'ont aucun embarras avec ce genre de détails, tant qu'ils picoreront l'argent du contribuable, servi dans les mains de leur Président. C'est par leur faute que le Mali est mis au pilori d'une honteuse négociation avec le MNLA et Kidal brandie comme un épouvantail, à notre sens de la patrie. Au lieu de s'atteler au travail qui fonde l'institution, le Président s'est plutôt affairé à accompagner le projet de révision constitutionnelle inutile d'ATT, pour la création d'un Sénat, pour la seule raison qu'il y porterait la casquette de dauphin constitutionnel du Président. Ses motivations importent peu, mais de telles silhouettes ont épuisé leur potentiel d'affichage et paraissent désormais redondantes dans le panorama du Mali en émergence.

Le 5 février 2011, Jeamile Bittar, Président de l'Union des Chambres consulaires du Mali, remettait au Président ATT une médaille hors de prix, en même temps qu'une pétition demandant la prorogation de son mandat jusqu'en 2014. De petits esprits, n'ayant de la République que l'idée d'un grand spectacle et de la démocratie un théâtre, peuvent monter un manège pour continuer à baigner dans les grâces du prince. En somme, une tempête dans un verre d'eau. Mais voir le Président du Conseil Economique, Social et Culturel, une institution de la République, remettant en mains propres une pétition demandant la violation d'un article de la Constitution est un acte d'une vilenie inqualifiable, risible et révoltant, méritant un carton rouge à l'exercice d'une charge institutionnelle d'un tel niveau.

Jérôme Cahuzac gagne honnêtement plus que chacun de ces magouilleurs, et n'aurait peut-être jamais été inquiété s'il n'était entré en politique. Alors, il faut que comme un seul homme, les Maliens refusent que leurs institutions soient abâtardies. C'est une malédiction. C'est comme pisser dans une mosquée ou une église. Les mêmes habitudes licencieuses ont pignon sur rue à l'Assemblée nationale: affairisme, achat de consciences, faisant «passer les lois comme à la poste» déplore un élu.

On est donc jaloux de l'action Gouvernement - Parlement en France. Le 2 février 2013, les députés français, tous rangs confondus, ovationnent Christiane Taubira, ministre de la Justice, qui le leur rend affablement, après le vote du Projet de loi portant «Mariage pour tous», à l'issue d'un débat acharné et courtois, autour de 5.362 amendements, durant une semaine. Quoi qu'on pense de cette loi, on aurait souhaité le même sérieux, et de la part de nos ministres et de la part des élus, lors de l'examen de nos Projets de loi. La déception généralisée que suscita l'examen du projet de Code de la famille tonne encore dans nos consciences.

Un Mali libéré, vivant en paix avec lui-même, ne s'appliquera pas seulement en termes de territoire reconquis et d'assaillants chassés. Ce sera aussi un Mali où les institutions seront confiées à des femmes et des hommes probes, honnêtes et ayant une haute opinion de leurs charges.

Aaron AHMED

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