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Victoire des étudiants de 2iE à la GSVC 2013 : « Je suis déçu de vous », cette phrase qui a tout changé !

Moctar Dembélé et Gérard Niyondiko. Ces deux noms resteront à jamais gravés dans les livres d'or de l'unique compétition internationale de business plan social, la GSVC (Global social venture competition). C'est la première équipe non américaine à remporter ce concours. Pourtant ces deux pensionnaires de l'institut 2iE, basée à Ouagadougou, ont failli ne pas prendre part à l'édition 2013. N'eut été cette phrase de leur mentor : « Je suis déçu de vous », ils attendraient l'année prochaine. Dans les entretiens ci-après, les deux héros racontent...

Lefaso.net : Présentez-vous aux lecteurs du Faso.net ?

Moctar Dembélé : Je me nomme Dembélé Moctar, burkinabè, j'ai 22 ans. Je suis à 2iE depuis ma première année. Je suis actuellement en Master 1 Infrastructures hydrauliques. Je suis co-promoteur du projet Faso Soap.

Comment est née l'idée du projet Faso soap ?

Pour la petite histoire, à 2iE, on a la chance d'avoir des cours en entreprenariat, création d'entreprises et business plan. A la fin de ces cours, on nous demande de nous mettre en groupe pour voir si on a compris ce qui nous a été demandé en classe. Du coup, on doit rédiger des business plans sur des idées que nous-mêmes nous apportons. C'est ainsi que nous avons eu l'idée de cette savonnerie en ajoutant un peu le caractère anti-moustique. C'est parti de là.

Racontez-nous cette aventure de la GSVC ?

Gérard, lui, est arrivé cette année. Il n'avait pas connaissance particulièrement de ce concours-là (GSVC). Dans le groupe, je l'ai ciblé, j'ai vu que c'est quelqu'un de dynamique, motivé et toujours prêt à relever les défis. Je me suis dit que c'est quelqu'un comme ça il fallait pour se lancer dans une telle aventure parce que ça demande beaucoup de sacrifice. Donc, j'ai approché Gérard, je lui ai parlé du concours et il m'a dit qu'il n'y a pas de problème, si tu es prêt on peut postuler. Donc, on a soumis notre dossier. On a été sélectionné à l'étape de l'étude summury (résumé du projet), puis on s'est rendu à Paris à la finale francophone pour défendre notre projet. A cette finale, on a été sélectionné parmi les deux meilleurs projets pour représenter toute la zone francophone aux USA. On s'est donc rendu à Berkeley où on était en compétition avec 17 autres candidats.

Là aussi, la finale s'est passée en deux étapes. Une première étape où on a sélectionné les 6 meilleures équipes qui ont compéti le lendemain pour la grande finale. Notre projet a été sélectionné comme étant le meilleur projet, donc le premier prix du jury. On a reçu aussi le prix coup de c½ur du public.

Vous vous êtes classés 1er à toutes les étapes, donc on vous appelait en dernière position, comment arriviez-vous à gérer cette pression ?

Ce n'était pas facile parce qu'à chaque fois, on nous annonçait les derniers. Donc, ça fait que le stress montait, il y a la pression. Mais je pense que c'est ce qui a aussi rendu intéressante la compétition. On était aussi la seule équipe où le public applaudissait avant même la fin de notre présentation (ndlr : A Paris et à Berkeley).

Vous aviez prévu de participer l'année prochaine, mais il y a cette phrase de votre mentor qui est venu tout bouleverser : « je suis déçu de vous »...

Quand on avait décidé de participer, à 2iE, on s'est approché de la technopole et la personne en charge du concours nous a mis en relation avec un laboratoire parce que c'est comme ça que ça se passe. On est allé, mais l'intéressé n'était pas là, on est tombé sur des doctorants qui nous ont dit que l'idée est bonne. Ils nous ont aussi fait d'autres propositions et avec ces propositions, on peut faire vraiment quelque chose de grand.

Nous sommes en Master 1 ; avec la pression qu'on a avec les cours, ce n'est pas évident qu'on puisse assurer les deux. On s'est dit qu'on allait reporter ça. On a écrit à notre mentor pour lui dire qu'on ne souhaitait pas abandonner mais postuler pour l'année prochaine pour maximiser nos chances de gagner. Et, dès qu'on lui a envoyé ça, dans le mail qu'elle nous a renvoyé, la première phrase était : « je suis déçu de vous ». A la fin du mail, elle a dit que si on était toujours intéressée, elle est prête à nous accompagner. Donc, j'ai dit à Gérard : on se lance. On a tenté notre chance et Dieu a fait qu'on a toujours grimpé, grimpé jusqu'au sommet pour remporter le premier prix.

Maintenant, quelle est la suite ?

C'est d'abord continuer nos études et en même temps travailler sur le développement de notre produit parce qu'à la fin, il faut que ce soit un produit de qualité de sorte à ce que les gens n'aient pas de reproches à nous faire.

Entretien réalisé par Moussa Diallo Lefaso.net

« C'est le hasard qui a fait que j'ai croisé mon partenaire »

Lefaso.net : Présentez-vous à nos lecteurs ?

Gérard Niyondiko : Je me nomme Gérard Niyondiko, je suis burundais, je suis marié, j'ai 35 ans, je suis ici en formation Master M1 en Eau et assainissement à 2iE. Avant de venir ici, j'ai travaillé. Je suis chimiste. J'étais professeur dans différentes écoles dans mon pays. Non seulement, j'ai enseigné, mais aussi j'ai travaillé dans d'autres entreprises. Ces deux m'ont donné l'idée d'être autonome. J'ai servi à la fonction publique pendant 7 ans. J'ai aussi servi dans le privé et l'idée qui était en moi est de créer mon propre business. C'est ce qui m'a poussé à chercher pour arriver au bout de mes idées. Avant de venir ici, l'idée qui nous a amené jusqu'au sommet aujourd'hui, l'idée de création d'une savonnerie avec des caractéristiques anti-moustiques, je l'avais déjà avant de venir ici.

Parlez-nous de votre choix pour 2iE

Je me souviens que c'est un ami qui était au Burkina qui, connaissant mes ambitions, m'a informé des recrutements aux 2iE. Il m'a mis en relation, j'ai postulé et j'ai obtenu mon admission. Dès qu'on est arrivé, on a commencé avec des cours de management, analyse financière..., ça n'a rien à voir avec ce qu'on aspirait comme ingénieur. On m'a posé la question : comment tu trouves ça ? J'ai dit que c'est très intéressant parce que ça vient murir mes idées parce que mon objectif, c'est d'arriver à avoir ma propre entreprise.

La chance qu'on a eue, c'est qu'après le cours de business plan, on nous a mis en groupe et on a demandé de faire un projet, un exercice de simulation de création d'une entreprise. J'avais connaissance qu'il y avait une compétition pour les journées entreprises où les étudiants présentent leurs projets et les meilleurs sont primés. J'avais l'intention de présenter la même idée pendant cette compétition. J'ai posé la question à mon professeur si on peut proposer dans l'exercice un projet qu'on veut développer plus tard. Il m'a répondu que c'est déjà bien de commencer à s'exercer sur ça. J'ai donc partagé l'idée.

Comment s'est formé le groupe avec Moctar Dembélé ?

Le groupe a été fait au hasard. Le premier mois, je ne connaissais personne. Je ne savais même pas à qui s'adresser pour demander quoi que ce soit. C'est le hasard qui a fait que j'ai croisé mon partenaire. Dans l'équipe, c'est lui qui était le plus motivé et qui a beaucoup travaillé sur le projet d'exercice. Et c'est lui qui m'a informé de l'existence de cette compétition (ndlr : GSVC). Et, c'est lui-même qui est venu me chercher après. Il m'a demandé si on ne pouvait pas continuer le projet et même postuler pour cette compétition. Je lui ai dit que je suis entièrement motivé. Et voilà que le rêve commence à devenir réalité.

Comment vous êtes-vous préparés techniquement ?

A la technopole, on a dit si on est intéressé, on allait proposer notre idée. Madame Elodie Hanff qui est en charge du projet à la technopole a bien reçu notre projet. La première sélection se fait sur la base d'un résumé du projet en 5 pages qu'on demande d'abord. On se base sur ce résumé pour sélectionner les meilleurs projets. On a donc sélectionné notre projet parmi les 50 meilleurs projets de l'espace francophone. Ensuite parmi les 10 qui devaient faire la finale francophone. Quand on a été sélectionné pour la finale sur la base du résumé, on devait fournir le business plan complet, où on met tout le projet en détail avec toutes les étapes. C'était au mois de janvier. On a commencé à travailler dur pour soumettre le projet pour fin mars.

A cette étape, qui craigniez-vous le plus ? Vos camarades du 2iE ou ceux des autres écoles ?

Comme on ne savait pas le contenu des autres projets, on était un peu inquiet. Mais quand on a commencé à présenter, on était confiant parce qu'on savait que notre projet était le meilleur. Le problème que vous voulez résoudre, ça donne du poids. Les projets du 2iE, c'était des projets de grande envergure sociale. Ça avait vraiment du poids. On a même failli être deux meilleurs projets du 2iE pour la grande finale de Berkeley.

Pourquoi le nom Faso Soap pour un produit qui se veut continental ?

On l'a nommé Faso Saop (le savon du Faso) parce qu'on a voulu travailler pour satisfaire d'abord le marché burkinabè. Mais, à long terme, on peut changer de nom, ça pourrait être Africa soap ou autre chose...

Quel était le plus grand défi à relever à Berkeley ?

L'expérience de Berkeley, c'était trop passionnant. Mais, le défi était de pouvoir transmettre le message dans une langue autre que le Français. La maîtrise de l'Anglais, c'était ça la grande difficulté si non était confiant pour la qualité de notre projet. Heureusement, on a pu surmonter cette barrière, on a pu faire passer le message. Il y avait aussi d'autres grands projets avec de hautes technologies. Ça a été pour nous une grande satisfaction le fait que ce soit un projet qui vient de l'Afrique qui ait remporté cette compétition.

Après le triomphe à Berkeley, quelle est la suite ?

La suite, c'est de continuer dans l'optimisation de notre projet. Nous sommes des étudiants, donc nous devons continuer les études tout en travaillant sur le projet. Nous espérons qu'à la fin de notre formation, on aura rassemblé tout ce qu'il faut techniquement et avoir rencontré les partenaires financiers, les investisseurs qui sont intéressés. On l'a vu, il y a beaucoup de mondes qui sont intéressés, on espère qu'à la fin de nos études, on pourra débuter avec le lancement de notre entreprise.

Financièrement, avez-vous déjà des pistes pour la mise en ½uvre de votre projet ?

La première piste, c'est le fait d'avoir remporté le premier prix à Berkeley, ça va nous aider à avancer dans le projet. Mais, il y a surtout l'accompagnement de 2iE parce qu'on va nous mettre en incubation. Là, on nous met dans des conditions techniques et ça nous permet de nous mettre en connexion avec des entrepreneurs. Mais aussi notre expérience de Berkeley, parce que dans le jury il y avait beaucoup d'investisseurs et qui ont vraiment eu confiance en notre projet. Dès qu'on aura fini l'aspect technique, c'est facile de trouver des gens qui vont adhérer à notre projet.

Quand pourrait-on avoir le 1er savon « Faso soap » sur le marché ?

Approximativement, on peut dire 2015 parce que nous finissons notre formation en 2014. Nous espérons qu'en 2015, le produit fini sera sur le marché.

Un message à l'endroit de ceux qui ne connaissent pas encore l'institut 2iE ?

Le 2iE est une école qui offre de grandes d'opportunités pour la jeunesse africaine parce que ça pousse la jeunesse africaine à trouver des solutions pour l'Afrique. La mission du 2iE, c'est de former des ingénieurs-entrepreneurs, mais aussi qui ont la volonté de travailler en Afrique. C'est l'idée géniale qui est derrière, donc il faut que nous soyons les premiers à penser à solutionner les problèmes de l'Afrique. C'est ça la motivation de 2iE et j'invite tous ceux qui partagent cette ambition à venir.

Entretien réalisée par Moussa Diallo

Lefaso.net

liens utiles :

-Compétition internationale de Business plan en entreprenariat social (GSVC) : L'institut 2iE amène l'Afrique pour la première fois en phases finales
-Concours international d'entreprenariat social : Deux étudiants burkinabè récompensés à Berkeley
-Compétition en business plan social : Moctar Dembélé et Gérard Niyondiko, le triomphe du 2iE à Berkeley

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