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Lutte contre l'extrémisme violent en Afrique de l'Ouest et au Sahel : « Le terrorisme ne peut être résolu par la seule force militaire »

Du 18 au 19 avril, se tenait, à Ouagadougou, un colloque régional consacré à la prévention du terrorisme et à la lutte contre l'extrémisme violent en Afrique de l'Ouest et au Sahel. Organisé par le Burkina Faso et le Danemark sous les auspices du Global Counterterrorism Forum (GCTF), cet atelier a réuni l'ensemble des pays de la CEDEAO, des ONG, des organisations communautaires ainsi que des spécialistes du terrorisme. Objectif : trouver des moyens de lutte et de prévention efficaces contre l'extrémisme violent qui sévit dans toute une partie de l'Afrique de l'Ouest aujourd'hui.

Rarement l'avenir de la sécurité en Afrique de l'Ouest n'aura été plus incertain. Depuis de longs mois maintenant, toute la zone sahélo-saharienne vit dans la peur et sous la menace de groupes extrémistes qui, même s'ils ne partagent pas forcément les mêmes objectifs, recourent systématiquement à la violence pour s'affirmer. Aqmi, Mujao, Ansar Dine au Nord-Mali, Boko Haram au Nigeria : Ces groupes armés qui ne connaissent pas la notion de frontières sont aujourd'hui susceptibles d'opérer dans toute la région. Malgré la récente intervention Serval au Mali, l'insécurité continue de régner et rares sont ceux qui voient avec optimisme l'inévitable remplacement des troupes françaises par les soldats de la MISMA.

Pour prendre le problème à bras le corps, il est indispensable de s'attarder un tant soit peu sur ses causes nombreuses et multiformes : malgouvernance, corruption, trafics, pauvreté, analphabétisme, résurgences de conflits ethniques... Aucune opération militaire ne peut rendre pérenne la sécurité régionale sans la prise en compte de ces différents paramètres. On sait que le terrorisme et l'extrémisme religieux profitent souvent d'un terreau propice avant de durablement s'implanter quelque part. Comment les en empêcher ? C'est d'abord à cette question qu'ont essayé de répondre les différents intervenants de cet atelier consacré à la lutte contre l'extrémisme violent en Afrique de l'Ouest et au Sahel.

Mali : l'exemple à ne pas suivre

Depuis 1963, le Mali est sujet à de nombreux conflits internes ayant pour protagonistes les populations nomades du Nord (à majorité Touareg, Maure, Songhai et Peul) cherchant à être reconnus par les sudistes sédentaires représentés par le gouvernement en place. En 2011, à la suite d'un de ces conflits opposant l'Etat malien à l'Alliance Touareg du Nord-Mali pour le Changement (ATNMC), Bamako décida d'abandonner l'Azawad (Nord-Mali) à des milices touareg et arabes qui purent ainsi s'adonner à des trafics en tous genres. Parmi eux, trois groupes ont vu le jour. Tout d'abord, le MNLA (Mouvement National de Libération de l'Azawad), fondé en octobre 2011 et composé de Touareg Ifora qui avaient servi dans l'armée du colonel Kadhafi. Puis, Ansar Dine, mouvement islamiste à double composante arabe et touareg fondé par Iyad Ag Ghali. Enfin, le MUJAO (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest) aligné sur les positions d'Aqmi. Ces deux derniers groupes alliant idéologie salafiste et pratiques mafieuses ont réussi à supplanter le MNLA et à le chasser de Gao, Tombouctou et Kidal, prenant ainsi le contrôle de ces points stratégiques et forçant la France à intervenir.

De ce bref résumé des origines de la crise malienne ressortent plusieurs points importants. Pour commencer, la responsabilité de l'Etat malien. Durant le colloque, cette dernière fut mise en exergue à plusieurs reprises par le Dr. Mariam Djibrilla Maiga, membre de la Coalition Nationale de la Société Civile pour la Paix et la Lutte contre la Prolifération des Armes Légères au Mali. Affirmant que le gouvernement de son pays avait contribué à la création de milices et que même certains élus - à Kidal, notamment - avaient rejoint les rangs du MUJAO et d'Ansar Dine, Mme Maiga a sévèrement mis en cause les élites politiques maliennes. Ces dernières, touchées par une corruption grandissante, n'ont pas été capables de protéger leur propre territoire et ont fait preuve d'une trop grande complaisance à l'égard de trafics juteux installés dans une zone riche en ressources minières dont le relief se prête bien au camouflage et à la guerilla. Comme l'a souligné le maire de Goundam (Mali), Mme Oumou Sallepse Seck, il faut aussi ajouter à ce déficit de gouvernance un manque tragique de formation et de moyens militaires ainsi qu'une absence de partenariat entre les différentes communautés et le Gouvernement. Mais celui qui a le mieux - et le plus sévèrement - résumé la situation malienne fut sans doute le Président du Centre des Stratégies pour la Sécurité au Sahel Sahara (4S), M. Ahmedou Ould-Abdallah qui, pour conclure son intervention, a déclaré : « La crise malienne est bien plus grave à Bamako que dans le Nord ».

L'Islam comme moyen de lutte contre l'extrémisme ?

Autre volet important de ce colloque : l'Islam. Comme l'a rappelé l'Imam Mahamadou Diallo de l'Association Malienne pour la Paix et le Salut, il faut bien distinguer l'idéologie salafiste importée depuis l'étranger - et principalement les pays du Golfe -de l'Islam traditionnel qui existe en Afrique depuis le VIIIe siècle. L'introduction et l'influence grandissante des interprétations controversées de la Shari'a constituent un facteur fréquemment cité de la « radicalisation » et du recrutement des personnes au sein de groupes extrémistes violents au Mali et en Mauritanie. Même au Burkina Faso, certains groupes comme les « Pieds Nus » tiennent des prêches plutôt violents et directement influencés par l'idéologie salafiste.

Face à ce fléau, les différents intervenants issus de communautés religieuses ont tous mis l'accent sur la nécessité de formation des imams et l'apprentissage du français. En effet, beaucoup de musulmans qui partent faire leurs études dans des pays arabophones peinent à trouver un emploi une fois revenu dans leur pays d'origine car ils n'en maîtrisent pas la langue officielle. Découragés et sans ressources, certains n'hésitent donc pas à se radicaliser et rejoindre des groupes extrémistes avec lesquels il leur est aisé de communiquer. Certaines écoles coraniques constituent également de véritables centres de recrutement pour djihadistes, d'où la nécessité de sensibiliser les professeurs et d'aider les talibés à payer leurs frais de scolarité (grâce au micro-crédit par exemple).

Mais, selon l'Imam Mahamadou Diallo, le principal rempart à l'extrémisme religieux reste le soufisme. Cet Islam traditionnel empreint de mystique véhicule, selon lui, les valeurs de paix et de tolérance nécessaires à l'éradication de toutes velléités guerrières. Malheureusement, cette branche de l'Islam bénéficie de beaucoup moins d'aide financière et de moyens de communication que le « lobby » salafiste. Pour lui, il est donc important d'investir le champ médiatique et plus particulièrement internet où il est malheureusement très facile d'accéder à des contenus extrémistes. Autre rempart à l'extrémisme religieux : les valeurs socioculturelles traditionnelles à commencer par les alliances matrimoniales, la parenté à plaisanterie ou la chefferie coutumière. Au Burkina Faso, il n'est pas rare que l'Etat laïque utilise ces canaux pour contenir les crises.

L'importance de la société civile

Nombreux furent les intervenants à souligner le rôle crucial de la société civile dans la prévention et la lutte contre l'extrémisme violent. Pour que celle-ci puisse être efficace et hermétiques aux discours les plus radicaux, elle a besoin d'être éduquée et d'avoir accès aux services de base. Pour ce faire, l'Union Européenne a déjà investi 650 millions d'euros pour le Sahel et pourra encore débloquer 150 à 180 millions de plus dans les années à venir. Par ailleurs, 50 millions d'euros ont été mis à la disposition de la MISMA.

Le Burkina, pas à l'abri.

Au Burkina Faso, plusieurs institutions ont été mises en place pour assurer la cohésion de la société civile à commencer par la stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) dont l'objectif global est de « réaliser une croissance économique forte et soutenue, génératrice d'effets multiplicateurs sur le niveau d'amélioration des revenus, de la qualité de vie de la population et soucieuse de la prise en compte des principaux déterminants de la gestion durable des ressources naturelles. » Par ailleurs, des programmes d'enseignements et des campagnes médiatiques doivent aussi être mis en place afin de contenir l'extrémisme et la violence qui menacent de plus en plus le pays.

En effet, on assiste, ces dernières années, à une récurrence des conflits intercommunautaires ainsi que des manifestations violentes, principalement menées par les jeunes. En outre, les conflits entre agriculteurs et éleveurs sont très fréquents, surtout pendant la période hivernale. L'écart encore trop grand entre les élites politiques et le peuple constitue aussi un risque de crise politique majeur. C'est souvent lui qui est à l'origine de l'incivisme grandissant et de la radicalisation d'une certaine frange de la jeunesse burkinabè. Comme l'a répété gravement le Maire de Goundam : « Attendez-vous à vivre la même chose que le Mali si vos problèmes politiques ne sont pas résolus ». A bon entendeur...

Pierre Mareczko (stagiaire)

Lefaso.net

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