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A quoi servent les « Amis de la Syrie » ?

Ahmed Moez Al-Khatib ,chef de l’opposition syrienne, a soumis pour la deuxième fois sa démission. Al-Khatib avait jeté l’éponge une première fois il y a près d’un mois, mais la Coalition de l’opposition syrienne n’avait pas donné suite.
« Je peux confirmer que la démission d’Ahmed Moaz Al-Khatib est définitive », a indiqué Marwan Hajjo, membre de la Coalition. Cette nouvelle démission intervient à deux semaines d’élections destinées à doter la Coalition d’un nouveau chef.

Besoin d’armes lourdes

Al-Khatib a informé la Coalition de sa décision à Istanbul ( Turquie ) , où s’est tenue samedi 20 avril une réunion du groupe des « Amis de la Syrie » durant laquelle Washington a annoncé le doublement de son assistance directe et la livraison d’équipements militaires défensifs, mais toujours pas les armes que l’opposition réclame avec insistance.

« M.Khatib a démissionné pour dénoncer le manque d’action de la communauté internationale pour aider le peuple syrien », a indiqué Marwan Hajjo, qui est le chef du comité d’adhésion à la Coalition. « La communauté internationale, le groupe des Amis de la Syrie, doivent fournir des armes lourdes pour permettre aux Syriens de se défendre », a-t-il ajouté.

 A quoi servent encore les « Amis de la Syrie »

La coalition de l’opposition syrienne représentée samedi à Istanbul, à l’occasion d’une nouvelle rencontre des « Amis de la Syrie », espérait-elle vraiment obtenir les armes qu’elle réclame depuis des mois maintenant ? Probablement pas, tant elle a appris depuis deux ans à quel point les grandes puissances qui la soutiennent restent sur leurs gardes. Aux États-Unis, le président Obama a d’ores et déjà tranché le débat le mois dernier : ce sera non. Pas d’armes offensives pour les rebelles, pas maintenant, pas sans savoir dans quelles mains elles pourraient tomber. Contre l’avis de ses proches, le président en reste là, refusant un scénario à l’afghane ou à la libyenne dans lequel, au final, les missiles sol-air livrés finissent par se retourner contre soi une fois que les alliés d’hier sont devenus des ennemis. D’où la formule utilisée samedi à Istanbul par le secrétaire d’État américain, John Kerry : « Nous allons proposer une assistance supplémentaire non létale aux groupes modérés de l’opposition. » Des kits de survie, des rations militaires, des jumelles de vision nocturne, des gilets pare-balles, des véhicules blindés... Pour l’opposition, ce n’est pas vraiment ce qui fera la différence. « Si l’aide humanitaire est une nécessité absolue, l’opposition syrienne souhaite également obtenir un soutien susceptible de provoquer la chute immédiate du régime et de mettre un terme aux souffrances du peuple syrien », signalait samedi un communiqué du Conseil national syrien.

Sortir du statu quo
Le drame, c’est que plus les Amis de la Syrie persistent à ne pas vouloir armer les « groupes modérés » de l’Armée syrienne libre (ASL), plus les éléments les plus radicaux de la rébellion progressent. Le Front Al-Nosra, par exemple, qui vient d’afficher son allégeance à Al-Qaida, bénéficie de filières tierces en armes et en moyens financiers. Et les diplomates, comme les militaires, savent bien que, lorsque Bachar El-Assad tombera, la victoire politique reviendra à ceux qui l’auront obtenu par les armes. Dès lors, le débat sur la « représentativité » du Conseil national syrien, réclamée par les Amis de la Syrie afin de s’assurer de leur volonté d’édifier une démocratie respectueuse des minorités et d’une forme de laïcité, paraît décalé. « Si l’on souhaite que les islamistes radicaux l’emportent sur le terrain, qu’on le dise clairement », s’inquiétait récemment une opposante au régime Al-Assad.

Pour la France, qu’on ne peut pas accuser d’avoir été suiviste ou frileuse dans son soutien à l’opposition, l’option de la levée de l’embargo européen sur les armes au profit de l’opposition n’est pas morte. Il reste encore une quinzaine de jours pour trouver une solution qui permette se sortir du statu quo. Des hypothèses de fourniture clandestine d’armes avec des hommes sur le terrain pour accompagner cette aide ont toujours existé dans la tête de certains conseillers. Mais plus le temps passe, et les milliers de morts qui vont avec, plus les Amis de la Syrie semblent se montrer réalistes et attendre que le plus fort l’emporte.

Tunisie Focus

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