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Maroc: l'attente angoissée des familles en cours d'adoption

"J'ai peur", dit Gabriel Pernau. "Cela fait plus d'un an...", renchérit Yassamane Montazami. Au Maroc, des dizaines de couples étrangers en cours d'adoption décrivent une interminable attente et leur vive inquiétude alors qu'une circulaire est venue durcir la législation.

Appelée kafala au Maroc, l'adoption est réservée aux musulmans - ou aux convertis à l'islam - et permet de recueillir un orphelin qui n'aura, toutefois, jamais les mêmes droits d'héritage qu'un enfant d'un mariage légal.

C'est la procédure en vigueur dans la plupart des pays musulmans, où l'adoption est en principe conditionnée par la religion.

Mais, en septembre 2012, une circulaire du ministère marocain de la Justice est venue durcir la législation du royaume en privant les non-résidents de la possibilité d'une kafala. Depuis, des familles dont les procédures étaient en cours s'inquiètent d'une rétroactivité de la mesure et d'un éventuel blocage.

"J'ai eu l'attribution de mon enfant en avril 2012. C'était le plus beau jour de ma vie. Mais depuis cette date, la procédure judiciaire qui dure d'habitude quelques mois s'éternise. Cela fait plus d'un an qu'on attend", affirme à l'AFP Yassamane Montazami, qui dit avoir abandonné son cabinet de psychologue à Versailles, en France.

"J'ai peur que cette circulaire s'applique de manière rétroactive alors qu'elle a été publiée après l'attribution de mon fils, âgé de 15 mois", confirme Gabriel Pernau, un journaliste espagnol qui fait des allers-retour entre Madrid et Rabat.

Au total, plus de 100 familles espagnoles, françaises, américaines, mais aussi marocaines vivant en Europe se sont vu attribuer des enfants avant la nouvelle circulaire, mais restent dans l'attente de la décision finale du juge. N'habitant pas au Maroc, elles craignent que l'adoption qui leur était autorisée leur soit désormais refusée.

Une quarantaine d'entre elles se trouvent à Rabat, où l'orphelinat accorde un droit de visite de six heures par jour. Ailleurs, comme à Agadir (sud-ouest), celui-ci est limité à une heure seulement.

Ils "nous appellent papa et maman"

"Nous ne contestons aucunement la loi marocaine. Nous demandons simplement à ce qu'il n'y ait pas de rétroactivité de la circulaire", insiste Mme Montazami, dont le mari, le romancier Eric Laurrent, fait la navette entre Paris et Rabat.

"Nous avons l'impression que depuis cette circulaire les juges reportent indéfiniment les audiences", explique Gabriel Pernau.

Lundi, le tribunal de la Famille de Rabat a prononcé un nouveau report --pour la 6e fois--, au 3 juin.

"Le juge attend l'enquête de police, qui doit être ordonnée par le parquet. Tant que celui-ci n'aura pas ordonné cette enquête, on n'aura pas l'accord du juge", avance M. Pernau.

Contacté, le ministre de la Justice Mustapha Ramid réfute toute obstruction. "Je ne donne aucune instruction aux juges. Je ne suis jamais intervenu dans le pouvoir judiciaire", affirme-t-il.

S'agissant de la circulaire de septembre 2012, elle "est adressée au parquet, pas aux juges qui sont indépendants. Elle insiste surtout sur la capacité morale et financière des familles qui veulent adopter, comme le prévoit la loi marocaine", dit encore M. Ramid. Restreindre l'adoption aux résidents est un moyen de vérifier que la famille adoptive subvient bien aux besoins de l'enfant.

La situation est prise au sérieux par les gouvernements des pays concernés. Elle a notamment été débattue lors de la Rencontre de haut niveau (RHN) Maroc-Espagne en octobre dernier, selon un communiqué publié la semaine passée par une quarantaine de familles.

Dans ce texte, elles expriment leur désarroi. Les enfants "dont nous ne pouvons plus nous séparer (...) nous appellent +papa+ et +maman+" et "pleurent chaque après-midi quand nous quittons l'orphelinat", clament-elles.

AFP

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