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Tunisie-Qatar : Othman Jerandi s’y met aussi

Par Ridha Ben Kacem

Doit-on, déjà, affirmer, à propos d'Othman Jerandi, nouveau ministre des affaires étrangères, qu'il est la voix de ses maitres ?

La question se pose, avec d'autant d'acuité, qu'à peine rentré de la réunion des ministres des affaires étrangères, tenue le 16 avril, à Nouakchott, en Mauritanie, dans le cadre du dialogue 5+5, qu'il ne trouve pas mieux que de publier, dans l'urgence, le samedi 20 avril, jour chômé par l'administration, comme si cela ne pouvait attendre le lundi, un communiqué, non pas pour nous informer des résultats des travaux de la réunion 5+5, mais pour dénoncer, à son tour, les, désormais, « atteintes au Qatar » dont se rendent, de plus en plus, coupables les tunisiens.

Que dit, en substance, ce communiqué rendu public, samedi, par l'agence officielle TAP ?

D'abord, que le ministère se dit soucieux de la sauvegarde des rapports amicaux avec les différents pays frères et amis. ( C'est bien de le préciser car, personnellement, je ne placerais pas, dans cette catégorie, un pays qui ½uvre, en permanence, pour envoyer notre jeunesse se faire tuer, en Syrie,alors que la sienne se la coule douce, dans le confort absolu ! ), et refuse, de ce fait, tout ce qui pourrait altérer ces relations ( je suis d'accord, tant qu'il s'agit de pays frères et amis et rien ne m'oblige d'avoir la même opinion que le ministère des affaires étrangères sur la notion de pays frères et amis ).

Le MAE profite, donc, de l'occasion pour témoigner, « à son tour »,sa reconnaissance à l'Emirat du Qatar et à son peuple, frère, pour leur soutien à la « révolution » tunisienne et leur aide à « l'économie de notre pays »,dans le but, précise le communiqué, d'aider à relever les défis de la période transitoire. Bon je ne reviendrais pas sur l'aide, apportée par le Qatar, à notre « Révolution », tout le monde sait, à présent, de quoi il retourne, en réalité, mais je retiens, par contre, ce bout de phrase : «dans le but d'aider à relever les défis de la période transitoire ». Je rêve ou quoi ? La langue de bois, si chère à ZABA, serait, ainsi, de retour ? M. le Ministre des Affaires étrangères, pouvez-vous éclairer ma lanterne et, me préciser en quoi consistent, les « défis de la période transitoire » et en quoi le Qatar pourrait « aider à les relever » ? Durant 23 ans ZABA n'a cessé de nous marteler que nous devons refouler notre colère, pour éviter de perturber l'effort des commis de l'Etat, occupés à « relever les divers et nombreux défis »,justement. Mais inutile de vous le dire, car, durant 30 ans, vous étiez, justement, un grand commis de l'Etat, essentiellement, sous ZABA. De plus, vous étiez à différents postes à l'étranger, là où l'on s'efforçait, le plus, à reluire l'image de ZABA. Vous étiez, donc, en première loge, si je puis dire.

Le MAE, demande donc aux « forces vives » du pays ( qu'en reste-t-il, M. le ministre, après le laminage et l'essorage, auxquels se sont adonnés, depuis un an et demi, les gouvernants de ce pays ? ), de se remettre au travail constructif ( sous entendu, que s'attaquer au Qatar est un travail destructif ? ), pour adresser un message positif à nos partenaires, à l'étranger ( oui, M. le ministre, votre carrière, sous ZABA, vous a habitué aux « messages officiels positifs ».Vous rendez-vous compte, maintenant, que le seul message positif, que peuvent recevoir nos vrais « partenaires, à l'étranger »,est celui de la liberté d'expression, et non pas sa condamnation pas les communiqués officiels hérités de pratiques révolues ?

M. le Ministre, d'après votre CV vous êtes diplômé en communication. Fort bien. Vous avez fait carrière un peu partout, notamment, aux Nations Unies. A Nouakchott, vous aviez transmis un message rassurant sur la situation politique et sécuritaire, en Tunisie . Personnellement j'aurais aimé que l'on dise toute la vérité, sur la situation, dans le pays. Mais bon, je ne suis pas diplomate et je vous fais confiance, sur ce coup. Vous voyez où je veux en venir ? Je ne mets pas mon nez dans vos affaires, ne mettez pas le votre, dans les miennes en tant que citoyen libre. Je ne vous dénie pas le droit de publier des communiqués à propos du Qatar ou de n'importe quel autre pays, c'est votre boulot, et NOUS, PEUPLE TUNISIEN, NOUS VOUS PAYONS POUR CELAMais, de grâce, reconsidérez votre terminologie.

A votre place, et sans vouloir vous donner des leçons, j'aurais rendu public, un communiqué dans lequel j'aurais, tout simplement, écrit, « Les opinions exprimées par les citoyens ne reflètent pas la POSITION OFFICIELLE DU GOUVERNEMENT TUNISIEN ». Point, à la ligne. Mais, vous n'y êtes pas obligé, vous savez, car tout bien considéré, votre rôle est de vous occuper de l'étranger et non de ce qui se passe à l'intérieur du pays, dans la mesure où les tunisiens ont le droit de ne pas être d'accord avec la position officielle de leur gouvernement. Lorsque Rached Ghannouchi qui n'est qu'un simple citoyen, et ses fans, déclarent que tous les communistes sont des koffars, quelque part, n'insultent-ils pas 1 milliard 200 millions de chinois et leur grand pays, la Chine ? À ma connaissance, votre département n'a jamais pris position sur cette question. Si tous les tunisiens boivent aujourd'hui à leur soif, c'est parce que la Chine a construit, pour nous, le grand canal de la Medjerda, sans compter d'autres réalisations, toutes accomplies dans la discrétion la plus absolue. La Chine est un GRAND PAYS AMI, qui ne s'ingère pas dans nos affaires intérieures, ni ne donne des leçons d'étiquette, à notre Président provisoire.Promis, M. le ministre, j'attendrai votre communiqué, à propos de l'amitié des pieux tunisiens et des koffars chinois.

Ridha Ben Kacem 21 avril 2013

Tunisie Focus

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