mis à jour le

Quand le dialogue devient source de discorde !

Faut-il vraiment qu'à chaque fois que les Tunisiens mettent leur espoir dans des dialogues organisés de temps en temps à l'initiative d'une partie politique ou une autre, ils soient acculés à la grande désolation due au constat de leur grande illusion ?

Aujourd'hui encore, le dialogue prétendument initié par la présidence provisoire est suspendu, alors qu'on croyait l'instance présidentielle à même de regrouper autour d'elle les différentes sensibilités et d'engager un débat franc et sincère pour trouver les solutions idoines pouvant conduire le pays d'une période de transition, de plus en plus encline à perdurer, à une période de stabilisation des institutions et de renforcement de la légitimité de l'Etat, de la légalité des administrations et de la citoyenneté des personnes.

Il faut avouer que pour certains son issue était prévisible, parce qu'il n'a pas eu pour fondement premier une honnêteté désintéressée et une gestion sans combines. En effet, tout le monde sait que la première force socio-politique à avoir initié un vrai dialogue social était l'UGTT, de par sa nature même d'instance de regroupement et de (re-)conciliation, hors de tout calcul politique partisan, seul capable de fausser les cartes. On se souvient aussi que l'UGTT n'avait pas émis d'opposition à ce que la présidence prenne la relève et assure le dialogue national dont le pays un besoin aussi urgent que fondamental.

Malheureusement, la présidence a manqué aux règles de bienséance à l'égard de la centrale syndicale en ne l'associant pas aux différentes étapes de gestion de le rencontre pour le dialogue national ; plus même, elle a cherché à s'attribuer l'initiative en faisant omission de celle de l'UGTT. Cela est dû, nous semble-t-il, à un vrai désintéressement du président, quant à la manière de gérer les rapports dans le respect réciproque, et à la délégation de tous ses prérogatives, soudain devenue un peu trop importantes pour la circonstance, à son bras droit Imed Daïmi.

Evidemment, comme attendu, ce dernier n'a pas manqué de mettre le pied dans le plat par trop d'autosuffisance et parfois même par un excès d'arrogance politique, comme on en voit de plus en plus chez la troïka au pouvoir.

Commentant aujourd'hui cette échéance de concertation, le nouveau Secrétaire général du CPR n'a pas hésiter à attribuer à son clan, en tant que représentant de la troïka, à la fois l'initiative et les fruits de son succès. Il n'a pas oublié, en passant de s'attaquer, de façon à peine voilée, à ses adversaires politiques pour faire passer leur réponse à l'invitation présidentielle comme un échec de principe, plutôt que comme une attitude conciliante. C'est que pour M. Daïmi, tout ce qui se fait ou se ferait avec un préjugé favorable doit être ramené à la président, voire au Président en personne, puis au CPR et plus largement à la troïka.

Pour dire les choses en termes politiques crus, le langage est à l'apprivoisement des acteurs politiques un tant soi peu récupérables et à la diabolisation des intraitables. Dès lors, l'enjeu n'est plus de trouver une issue à la situation inquiétante du pays, c'est de prendre cet objectif pour prétexte afin d'assurer la continuité de la troïka, de préférence dans sa structure actuelle.

Evidemment, ces propos ne sont pas dans l'oreille d'un sourd. Le groupe le plus influent, en face de la troïka n'a pas tardé à suspendre le dialogue pour concertation avec l'UGTT et sensibilisation des partis réfractaires. Cela aussi était attendu, et l'on verra bientôt ses conséquences et retombées diverses. Nous pouvons parier que de nouveaux, nous aurons droit à une série d'accusations réciproques et de menaces de toutes sortes. Bref tout ce qui nous confirme dans notre conviction que tout ce qui est autour de nous ces derniers temps ne saurait autoriser qu'un dialogue de sourds.

Or, il n'y a rien de plus à même de rendre les gens aveugles, qu'un dialogue de sourds pour mieux creuser le fossé qui les sépare les uns des autres.

Par Mansour Mhenni le 20 avil 2013

Tunisie Focus

Ses derniers articles: Dimanche , Ban Ki-moon a reçu le rapport des enquêteurs de l’ONU en Syrie  Une météorite tombe  Journée internationale de la démocratie . Bla-bla-bla chez les arabes 

dialogue

AFP

RDC: "le dialogue est permanent", assure le président Kabila

RDC: "le dialogue est permanent", assure le président Kabila

AFP

Soudan du Sud: Kiir annonce un cessez-le-feu et ouvre un dialogue national

Soudan du Sud: Kiir annonce un cessez-le-feu et ouvre un dialogue national

AFP

Gabon: le dialogue politique voulu par Bongo se précise, sans Ping

Gabon: le dialogue politique voulu par Bongo se précise, sans Ping