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Tunisie : La mort aux trousses

Par Ridha Ben Kacem

Le chef d'Ennahdha, Rached Ghannouchi, est favorable à la reprise des exécutions de condamnés à mort. Il l'a déclaré, récemment, à la faveur de l'affaire du viol d'une enfant de trois ans, dans un jardin d'enfants, non autorisé et non contrôlé, à la Marsa. Instrumentalisation d'un malheureux fait divers qui a profondément choqué les tunisiens ? Connaissant les facultés manipulatrices du concerné, on peut le supposer, en effet. Cela voudrait dire que Rached Ghannouchi aurait surfé, sur une bonne vague, pour nous proposer d'élever des potences aux tortionnaires de nos enfants, et accessoirement, à tous ceux qui ne s'inscriraient pas dans la trajectoire d'un certain projet rétrograde de la société dont il est porteur avec ses amis. Evidemment, c'est cet « accessoirement » qui fait peur.

Pour Rached Ghannouchi, la peine capitale n'est pas un châtiment d'un autre âge. C'est une «?loi naturelle?»qui s'imposerait aux hommes. En cela, il a parfaitement raison. Que l'on y réfléchisse un peu. Avant l'invention de la société, l'homme vivait à l'Etat naturel. Il était chasseur cueilleur. Pour survivre il devait tuer ses proies. Il devait, même, tuer ceux qui pourraient lui disputer ses proies, notamment, les autres hommes étrangers à son petit groupe de chasseurs. C'était, ce que l'on appelle, improprement, la loi de la jungle qui, est somme toute, une loi naturelle de survie, dans un milieu chiche en nourriture. Cette loi ne peut se justifier que dans une économie de prédation. Avec la sédentarisation, l'homme est passé à l'économie de production, qui fait appel à la plus grande participation. L'homme n'est plus un loup pour l'homme, mais, un partenaire pour construire un meilleur cadre de vie. Ainsi, de nos jours, plus un pays est peuplé, plus il a des chances de mieux exploiter ses multiples opportunités.

Alors pourquoi le maitre à penser, d'Ennahdha, remet-il la peine capitale, sur le tapis ? Mais, d'abord, avant de répondre, avez-vous remarqué cette insistance avec laquelle, les élus Nahdahouis, veulent piller les deniers de l'Etat, en vidant, davantage, par la même occasion, les poches trouées des sans culottes de citoyens ? Selon Mongi Rahoui, ils voudraient contourner l'interdiction qui leur a été faite par le Tribunal adminstrtif, qui, avec la Cour des comptes, constitue l’un des deux organes du Conseil d’État, tel que prévu par l'article 69, de la constitution de 1959. Pour se sucrer, en inscrivant, un certain article clé, dans trois textes de loi différents. Ils y parviendront, probablement, car Ameur Larayedh y tient trop, et on ne badine pas avec les frères Larayedh, tout comme on ne plaisante pas avec les frères Dalton. Qu'ils raclent le fond de nos poches, cela ne me dérange pas trop, finalement. « Bouzid Mikssi, Bouzid 3iryène ».

Mais retenez une chose, tout de même, ces man½uvres tortueuses sont autant de techniques, élémentaires, de « l'économie de prédation ». L'ANC nous offre, d'ailleurs, d'autres exemples de cette économie de prédation. Il suffit de se rappeler les différentes primes et augmentations de salaire que ce sont octroyés nos chers élus, alors que le pays s'enfonce dans une crise économique, sans précédent, ou, encore, ces sommes faramineuses indemnités octroyées à titre de compensation, à des milliers de Nahdahouis, ou alors, ces recrutements massifs d'incompétents, à l'Administration et dans les entreprises publiques, avec leur cortèges de promotions, inconsidérées, consenties avec une célérité ahurissante... pour comprendre ce qu'est l'économie de prédation.

Vous vous posez certainement la question de savoir comment faire coexister l'économie de prédation et l'économie de production et vous avez raison. Elles sont antinomiques et ne peuvent cohabiter. Aujourd'hui, les principaux secteurs de l'économie de production sont à l'arrêt total. Le phosphate, le tourisme, ou encore, l'industrie, sont à l'agonie. La raison ? Il faut bien comprendre que l'économie de production a des pré-requis, dont la transparence et des règles, clairement établies, qui organisent la concurrence et les relations avec la puissance publique, à travers son rôle régulateur. Dès que la puissance publique se met à prélever « son dû » autrement qu'à travers la fiscalité, c'est l'ensemble de ce mécanisme qui tombe en panne. C'est comme si vous mettez du mazout à la place du sans plomb 95 ou 98. Impossible de démarrer, car votre voiture, dernier cri, devient, soudain, une épave sans bruit. Vous faites mine d'aller chercher le dépanneur et, à votre retour, elle est dépouillée de ses pièces maitresses et il ne vous reste plus qu'à la fourguer à un ferrailleur. Retenez, donc, que pour dépouiller une voiture, il faut commencer par l'arrêter. Il en va de même, de l'économie. Pour la dépouiller, il faut l'arrêter. Ennahdha excelle dans cet exercice d'arrêter l'économie. En résumé : Ali Larayedh bloque l'économie pour que Ameur Larayedh puisse la dépouiller, en toute tranquillité. Métaphoriquement, le dépouillement est une forme de mise à mort.

Mais il n'y a pas que cela. La métaphore a son pendant dans la vie et ce sont les individus qui sont concernés. Généralement, la victime, tombée dans le piège du chasseur, a, encore, des ressources, pour se défendre. Voyez, encore une fois, cette saine réaction de l'élu, Mongi Rahoui (Mouvement des patriotes Démocrates), l'un des plus sincères, sinon l'unique homme sincère, à l'intérieur de l'hémicycle du Bardo. Il donne bien l'image du taureau qui encorne l'assassin toréador, au dernier moment. Juste avant de succomber, le sabre enfoncé dans le c½ur. Oui, mes chers lecteurs, tout comme a été assassiné Chokri Bel Aïd, il se pourrait bien que, l'ordre d'exécuter Mongi Rahoui, ait été, déjà, donné. Celui qui ne se laisse pas dépouiller doit être envoyé ad patres. Telle est la règle de la PEINE DE MORT, si chère à Rached Ghannouchi.

Aujourd'hui, Rached Ghannouchi, le patron du parti islamiste qui domine la coalition au pouvoir, plaide pour la reprise des exécutions de condamnés à mort. La dernière exécution remonte à…1991. Depuis cette date se perpétue un moratoire, de fait, même si des condamnations à mort sont toujours prononcées par la justice. Au lendemain de la chute de notre ex- tortionnaire, Zine El Abidine Ben Ali, le gouvernement de transition avait, à l'époque, commué les condamnations à mort de 125 personnes qui étaient sous la menace de cette peine extrême. A voir ce qui se passe dans le pays, en ce moment, je suis content que cela ait été fait, en temps opportun. Rien n'aurait pu, en effet, empêcher Rached Ghannouchi and C°, d'exécuter, en grande pompe, ces sentences prononcées dans les règles de l'art, par la justice de ce pays. Imaginez l'impact et le retentissement que cela aurait entrainé, ici et à l'étranger. Mais plus que cela, cela aurait donné du poids pour continuer à exécuter les condamnés à mort, qui seraient devenus, à n'en pas en douter, à la faveur des ces exécutions de rattrapage du passé, légions, au temps présent. Voyez l'Arabie saoudite et voyez l'Iran.

Pour réhabiliter la potence et le peloton d'exécution, Rached Ghannouchi invoque la charia et la loi du talion. «?Une âme pour une âme. Et celui qui menace la vie d'autrui doit savoir que sa vie est aussi menacée?»,justifiait-il, début avril, dans un entretien à la chaîne France 24. Un argumentaire aux accents religieux, qui attise, encore, la polémique, opposant les tenants de la peine de mort aux abolitionnistes. À la tribune de l'Assemblée constituante, en janvier, la députée progressiste Nadia Chaabâne (Al Massar, la Voie démocratique et sociale) avait, vigoureusement, défendu l'inscription de l'abolition dans la future Constitution. «?Nous devons rompre avec cette pratique barbare, pour nous mettre en conformité avec les conventions internationales ratifiées par la Tunisie, avec les principes d'une civilisation moderne, pour devenir le premier pays arabe à abolir la peine capitale?»,avait-elle lancé. Elle ne sera, ni suivie, ni écoutée.

Dans son récent rapport, sur la peine capitale, dans le monde, Amnesty International déplore «?Le projet de Constitution, proposé dans ce pays » (Il s'agit de la Tunisie, évidemment). En Égypte, non plus, la nouvelle Constitution n'écarte pas la peine capitale. L'Egypte est gouvernée par les Frères Musulmans, frères d'ARMES, c'est le cas de le dire, d'Ennahdha et de son grand manitou, Rached Ghannouchi. En fait, ajoute Amnesty International «?le recours à la peine de mort, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, a continué de susciter de graves inquiétudes en 2012?». Amnesty International a pu recenser, ainsi «?au moins 557 exécutions, dans six pays?», rien qu'en 2012. Tout en haut de ce macabre palmarès, figure, bien évidemment, l'Arabie saoudite, royaume pétrolier où s'impose une législation moyenâgeuse. Pour comprendre la portée du message d'Amnesty International, je vous invite à une tournée de la peine de capitale, dans le monde Arabe.

En 2012 on a enregistré 682 exécutions, dans 21 pays. La part des pays Arabes est de 263 soit près de 39% ! Et encore, il faut savoir que les données ne sont pas disponibles pour un certain nombre de pays arabes. L'ensemble du Moyen Orient, enregistre, comme cela a été indiqué, au moins 557 exécutions. Cela fait des décennies que l'on tue, sous les cieux Arabes, et les vertus de cette « thérapie sociale » ne sont, nullement, avérées, ni démontrées. Peut-être que l'on n'exécute pas les personnes qu'il faut ? Dans cette kermesse ou foire au massacre, c'est l'Irak, avec 128 exécutions, qui tient la palme d'or. A la rigueur on peut comprendre cela, en ayant à l'esprit la situation particulière, de ce pays, à la recherche de sa stabilité d'antan. Mais que dire du royaume wahhabite, ayant suffisamment de ressources, pour faire vivre, comme des nababs, ses 18 millions d'habitants ? En 2012, l'Arabie saoudite a, pourtant, enregistré 79 exécutions ! De leur côté, le Yémen et le Soudan ont réalisé respectivement, 28 et 19 exécutions.

Le Soudan se distingue, quant à lui, avec 199 condamnations à mort, prononcées en 2012, contre 91 en Egypte et, seulement, 9 petites condamnations à mort, en Tunisie! Il est vrai, que dans ce domaine et uniquement dans celui-là, on fait mieux que le Maroc, pourtant, trois fois et demi plus peuplé, et qui n'enregistre, que 7 condamnations à mort. Il est vrai, aussi, que le Maroc est en train de délaisser l'économie de prédation au profit d'une saine économie de production. Mais revenons sur le cas de la Tunisie. Il faut savoir que le nombre de condamnation à mort n'a jamais été aussi élevé qu'en 2012. Si l'on excepte l'année 2010, l'année de toutes les peurs où l'on a enregistré 22 condamnations à mort, on n'a en fait enregistré, aucune condamnation en 2011, 2 en 2009, encore, zéro condamnation en 2008 et 3 en 2007. Si l'on excepte, donc, l'année particulière de perte des repères de 2010, on constate que l'année 2012, celle de l'arrivée d'Ennahddha au pouvoir, enregistre un pic inquiétant en matière de condamnations à mort. Loin de moi, l'idée de prétendre qu'Ennahdha a commandité ces condamnations auprès du pouvoir judiciaire, mais je me demande si ce n'est pas le climat engendré par le discours politique rétrograde d'Ennahdha qui aurait conditionné la perception que nous avons du monde, entrainant cette distorsion que nous vivons.

De la barbarie, dites-vous ? Mais non, c'est la conséquence directe de l'économie de prédation. Aujourd'hui, les économies arabes sont les plus soumises à la prédation. Sinon, comment expliquer ces avoirs et ces fortunes énormes, amassés à l'étranger, par les princes du pétrole ? Comment expliquer, que malgré des ressources quasi illimitées et des moyens financiers astronomiques, aucun de ces pays n'est en mesure de PRODUIRE, par ses propres moyens, le moindre « machin » qui ne soit pas importé ou, à la rigueur, produit, sous licence, sans aucun apport, particulier, et ce, des décennies durant ? Durant les 50 ou 60 dernières années, des pays comme la Corée du Sud, la Chine, l'Inde, le Brésil, L'argentine, le Mexique, l'Afrique du Sud ont pu réaliser, sans difficultés particulières, leur mutation vers l'économie de production. AUCUN PAYS ARABE NE L'A FAIT JUSQU’A MAINTENANT! EN DEHORS DU MAROC, AUCUN PAYS ARABE NE DONNE L'IMPRESSION DE POUVOIR LE FAIRE, DURANT LES 20 PROCHAINES ANNEES ! Étrange, non ? Regardez ces chaines TV du Moyen-Orient qui vantent, à longueur de journée, des produits d'importation. Plus cela provient de loin, et mieux c'est ! Tel est leur message, comme pour dire : « Si vous tombez sur un produit local, boudez-le ».

Dans son livre « L'Invention d'une démocratie – Les leçons ?de l'expérience tunisienne » (La Découverte, 2013), qu'il vient de publier, à l'étranger, comme ils se doit dans une économie de prédation, Moncef Marzouki, qui se définit comme un défenseur des droits humains, revient sur le sujet de la peine Capitale pour nous livrer sa profonde pensée : «?Je continue à dire, aujourd'hui, à mes partenaires d'Ennahdha, que l'abolition de la peine de mort est nécessaire, même si la société n'est pas, encore, prête pour qu'on l'inscrive dans la loi?».C'est une façon, bien habile, de s'abriter derrière l'opinion publique pour prendre acte de la pérennité de cette peine inhumaine et rétrograde.

Eh, Monsieur le PRESIDENT MALGRE NOUS. Réveillez-vous ! Cela fait 22 ans qu'aucun condamné n'a été exécuté, dans ce pays, et cela n'a, nullement, offusqué aucun de vos concitoyens. Personne n'a, jamais, manifesté, dans la rue, pour le retour des exécutions, ni avant, ni après la Révolution, et vous prétendez que « la société n'est pas, encore, prête pour qu'on l'inscrive dans la loi?» ? D'où tenez-vous cette« Certitude absolue » ? D'un sondage d'opinion dont je n'aurais pas eu connaissance ? D'un micro-trottoir que vous êtes le seul à avoir écouté ? A supposer, même, que cela soit vrai, qu'un sondage d'opinion ait démontré le fond de votre pensée. Votre rôle de Président et votre passé de défenseur des droits de l'Homme, ne vous recommanderaient pas, plutôt, d'agir pour que cette mauvaise perception, si elle est avérée, change, dans le sens voulu ? Prenez exemple sur Bourguiba lorsqu'il a introduit le CSP dans une société rétrograde et illettrée. Il se devait de le faire et il l'a fait, c'est tout. Moi, je prétends que vous êtes un des acteurs mineurs de la grossière comédie qui consiste à détourner, en permanence, l'attention des citoyens, avec des « inventions » farfelues, pour les empêcher de voir les prédateurs les dépouiller, en silence. Je ne peux m'expliquer, autrement, vos récentes « sorties théâtrales »,à propos du « Tataouwil 3ala 9atar » et le dressage de « potences(tiens ?),aux extrémiste laïcs tunisiens ».

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