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LA TRANSITION ACTE II

La messe était dite !
Comme il fallait s'y attendre, "la marche de la paix «dirigée par la coalition Seleka (fraternité) est enfin arrivée à pénétrer à Bangui ce dimanche pascal du 24 mars 2013. Défiant les menaces radio diffusées des autorités locales et du commandement de la mission du Conseil de Sécurité et de paix (MICOPAX) de la communauté Economique des Etats d'Afrique Centrale (CEEAC), les marcheurs de Seleka ont traversé la fameuse ligne rouge, la nuit, à la suite d'affrontements sanglants aux dires du président sorti par la force, sur la BBC. "Un vrai massacre", aurait-il affirmé sur BBC , aurait eu lieu à 15 km de Bangui lorsque le débordement de la force d'interposition laissa l'insurrection populaire armée en face à face avec la garde présidentielle et les Forces Armées Centrafricaines. Le vendredi précédent, ce weekend fatal, les composantes politico-militaires de la coalition Seleka se sont emparés de la ville de Bossangoa supposé être le fief du président déchu. La bataille de Bossangoa dit-on dans les rangs présidentiels était considérée comme un test final de la détermination des gardes présidentielles presque tous ressortissants de cette localité à défendre cette cause que beaucoup considéraient comme perdue d'avance. Elle n'aura duré qu'une journée. Le lendemain de son début, avant midi, à l'appel des originaires de la localité revenant de l'exil sous les rangs de la coalition Seleka, la ville présidentielle jeta les armes et se rendit à la rébellion. Le choc psychologique se propagea jusqu'à Bangui. C'est donc sans conviction que les FACA n'ont pas résisté à cet ultime assaut du pk 15. La présence personnelle du président déchu n'empêcha pas cette déroute de l'armée nationale. Ce serait la mort dans l'âne vers 18 heures que le président déchu se retira du théâtre des opérations pour battre le rappel du dernier carré de ses fideles et prendre la route par la sortie sud de la ville route de M'baïki puis le 4e parallèle vers la Sangha Mbaéré. Les résidants de M'baïki affirment avoir compté entre samedi minuit et dimanche à 4 heures du matin près de 50 véhicules 4x4 et pick-up chargés de militaires ou de proches du régime. L'ex-président, son fils dont l'ex ministre délégué à la défense et le directeur de SERD, son épouse et ses proches n'auraient traversé la ville de M'baïki qu'à 10 heures du matin du dimanche après une halte à Mbata, escortés par une dizaine de pick- up chargés de gardes présidentielles armées jusqu'aux dents. Ce convoi à l'entrée de Berberati se scinda en deux colonnes : une allant prospecter la possibilité de l'asile au Congo -Brazzaville, l'autre passant par Berberati pour tenter d'entrer au Cameroun. D'autres sources affirment qu'un sosie de l'ex-président et son fils auraient été interpellés sur la rive opposée du fleuve Oubangui en territoire de la République Démocratique du Congo. Toujours est-il que de "l'homme aux sept visages", il en restera trois autres cachés par ses proches dans les quartiers populaires du sud de Bangui. L'acte I de l'opération baptisée Astérix par les stratèges de l'école militaire française prenait aussi fin.
2. Vacance de pouvoir ou putsch ?
Au sens strict, il n'y a pas eu de putsch puisque la rébellion trouvera le siège de l'exécutif vide de ses occupants "légaux". Ceux-ci ayant pris la poudre d'escampette à l'annonce de l'entrée de la marche des révoltés pour la paix. Les spécialistes considèrent que le putsch a lieu lorsque les membres de l'exécutif et des autres institutions de la République sont séquestrés par une action violente armée ou se rendent en cessant les combats devant les assaillants. Ce serait plutôt le terme de vacance de pouvoir qui conviendrait mieux pour décrire cette fin d'une situation ubuesque qui n'avait que trop durée. Le chef de l'Etat, sous la pression militaire de l'insurrection armée préféra se soucier de sa famille laissant le reste des institutions dispersées dans diverses ambassades à la merci de la vindicte populaire. Ce qui devait arriver est arrivé. Le climat de haine entretenu par médias publics interposés, les dénonciations calomnieuses ont déclenché dès l'entrée des premiers contingents combattants le lendemain, une série de pillage ciblé de certains immeubles supposés appartenir à des personnalités proche de la majorité. En représailles, certains logements confisqués par les dignitaires de l'ancien régime, des véhicules confisqués ont été réquisitionnés ou pillés par les miliciens de la Seleka. Les autres militaires en treillis infiltrés parmi les vainqueurs de cette large marche de la paix venaient de Tiringoulou en Vakaga jusqu'à Bangui. La thèse de règlement de compte entre militaire et dignitaires de l'ancien régime semble plus crédible au regard de la liste ciblée des "pseudos victimes», accusés d'avoir bénéficiés de protections politiques haut placées pour exproprier des propriétaires légaux de leurs biens et ensuite s'être retournés contre leur protecteur. Ceux-ci auraient aussi été doigtés par un des sosies de l'ex-président à ses militaires infiltrés à Seleka pour leur régler l'ardoise à ne pas lui faire retomber sur ses épaules. Dans l'ensemble, la casse fut moins grave à Bangui que lors de l'arrivée triomphale de la rébellion en 2003 qui porta au pouvoir pour 9 ans 1/2 le président déchu le 24 mars. Ce qui fait dire aux observateurs.que
L'on n'a pas fini de faire parler de lui dans l'histoire de la jeune démocratie centrafricaine. La farce du voleur qui crie au voleur manifestement ce jour là avait mauvais goût pour certains.
3. les balbutiements de la nouvelle transition
Rapidement débordée par son succès et les ralliements massifs de nombreux collaborateurs et alliés de l'ancienne majorité "avec armes et bagages", les nouveaux venus improprement rebaptisés d'autoproclamés par les médias internationaux ont tôt fait d'étaler en public leurs dissonances. Le premier couac fut la suspension de la constitution et la nomination du 1er ministre chargé de former le 2ème gouvernement de la Transition. Le mouvement "ne touche pas à ma constitution" qui transcende les clivages partisans et ethniques s'est aussitôt mis en branle. On ne conclut pas vingt deux années de lutte démocratique en exigeant et en appliquant la suspension d'une loi fondamentale adoptée par consensus et votée au référendum ! C'était ce prétexte de tripatouillage constitutionnel pour permettre un troisième mandat qui aurait provoqué ce mouvement transcendant les clivages politiques et tribaux dont est issu Seleka original. C'est ce refus de légitimer que la loi fondamentale fut taillée sur mesure par les tenants du pouvoir pour assouvir on ne sait quel sombre dessin qui fit chuter la majorité MLPC en 2003 et celle de KNK en 2013 du même mois de mars. Le problème posé dans les deux cas précités, c'est l'interprétation de cette loi fondamentale et surtout en ce qui concerne les prérogatives de l'exécutif et ses rapports avec le parlement et la cour constitutionnelle. C'est un pays qui manque cruellement de bon constitutionnaliste ou en tous les cas, l'aveuglement partisan et le chauvinisme empêche les occupants du moment du palais de la Renaissance d'en voir au-delà du cercle de leurs courtisans semi abrutis sur ces questions et d'autres. En fait, il suffit de :
-Dissoudre l'assemblée nationale pour déclencher ce décompte de 90 jours pour de nouvelles élections prévues par la constitution
-De ne pas renouveler le conseil constitutionnel, le haut conseil de la communication, le conseil économique et social dont les mandats arrivent à leur terme avant le mois de mars.
-De démettre le médecin du président
-De respecter l'accord de Libreville et ses six points.
La constitution prévoit qu'un conseil de vacance de pouvoir supplée à l'intérim ou à défaut faire constater la vacance du pouvoir par un collège électoral constitué des signataires de l'accord de Libreville. Ce constat ouvre la voie à la désignation par élection par ses signataires d'un président intérimaire. L'accord de Libreville est clair dans son esprit comme dans ses termes. La fonction présidentielle durant la période de la transition d'une année est dépouillée de toutes prérogatives."Le président de la transition inaugure les chrysanthèmes (les fleurs)" , dixit deux présidents de la sous-région. Toutes les prérogatives présidentielles et législatives sont transférées au conseil de ministres appelé "Gouvernement d'Union Nationale de transition" dirigé par un premier ministre de consensus issu de l'opposition politique au KNK ou de la société civile : le pouvoir de nommer aux hautes fonctions de l'Etat, d'affecter des grades militaires, des médailles, de légiférer par ordonnance, de ratifier des traités et conventions internationales. De cela de sources sures, les fondateurs de Séléka en ont discuté auprès des capitales africains et occidentales où ils auraient reçu l'oreille attentive.L'erreur à Bangui aura été de tourner ces engagements bourrique" en promulguant
Les actes Constitutionnels n°1, n°2 sans y incorporer ces limitations expresses des prérogatives de l'exécutif et la spécificité de sa composition, de former un gouvernement querellé.

4- 40-40-20
C'est la quotité de répartition des sièges dans le gouvernement d'union nationale de transition initialement retenu à Yaoundé et à Khartoum entre les fondateurs de la Seleka.
-40% soit 2/5 des sièges pour la composante politico-militaire
-40% soit 2/5 des sièges pour la composante partis politique
-20% soit 1/5 des sièges pour la société civile.

La proposition initiale portait sur un format de 24 sièges dans le GUNT qui a fini à dériver sur 35 pris 36 à ce jour. L'acte constitutionnel n°1 devait expressément dans son titre 2 de l'exécutif stipuler chapitre 1, la composition et les critères de désignation, chapitre 2 des attributions et chapitre 3 le fonctionnement du GUNT. Cela aurait permis d'éviter ces variations à tempérament de la désignation des ministères, leurs prérogatives, l'effectif des ministres et la hiérarchisation, des ministres que certains partis dénoncent déjà comme prémisse d'autoritarisme. Il y a 8 partis rejetés sur les 28 du FARE. Les autres se demandent sur quels critères si ce n'est le clientélisme ou népotisme ? Il faut des critères intangibles et transparents qui ne dépendent pas de l'humeur du moment de Dupont ou Tartempion ! C'est pour cela que la conférence de N'Djamena a recommandé (sous peine de le désavouer) au 1erministre de reprendre mèche avec ses pairs du FARE qui l'ait désigné pour reformater le gouvernement sur des bases qui préservent l'unité de façade de la coalition et de revenir pour le mois avril avec un calendrier consensuel
-Pour l'organisation des élections générales transparentes libres.
-La restructuration des services de sécurités

Seuls ces deux derniers points restaient en souffrance après la formation du GUNT, le départ de l'ex président du pouvoir et l'intégration de 2000 miliciens de Seleka dans l'armée nationale. La convocation de la CEMI organisme consensuel habilité à organiser les élections en RCA, une commission inter composantes pour la reforme des services de sécurité demeurent donc les deux urgences du moment.
Les puissances occidentales ont ajouté des signes forts de la fin de l'impunité des crimes de guerres, des violations des droits de l'homme et la fraude financière à grande échelle. C'est une campagne de vérification du patrimoine des hauts fonctionnaires (ministres, Chef de l 'état, ambassadeur, Chef de Corps de l'armée, gendarmerie, police et douane) qui permettra de démontrer que tout l'établissement politique s'est pas pourri. Ce test de bonne moralité des candidats à l'élection général est aussi exigé par les pays Asiatiques et Sud Américains. Ce sera le garant d'une démocratie apaisée et le début d'un réel changement de mentalité des '' taiparos''.
Certes les querelles de leaderships demeurent. Elles pourront être contournées par,
-1 présidence intérimaire tournante sur liste protocolaire et tournante tous les trois mois
- Des sièges de ministre tournant pour la composante partis politiques tous les deux mois sur liste protocolaire de rotation des 28 partis du FARE.

5- La donne confessionnelle
Une certaine presse à la recherche de sensationnel pour cacher la faillite des institutions de la République évoque le risque d'une invasion de Djhiadistes sur la scène politique et la transformation de la République en Califat.
En fait le risque n'est pas mineur puisque la Centrafrique comme les autres pays subsahariens héberge une communauté de confession musulmane qui a connu ces cinquante dernières années un boom démographique. Cette communauté musulmane jusqu'à ce jour vivait en parfaite harmonie avec les autres religions de ce pays. Depuis le début de l'opération « SHALOM » au Maghreb (Tunis, Egypte, Libye), les Etats au sud du Sahara connaissent avec le retour de leur exiles économiques de ces pays africains méditerranéens et l'afflux de personnalités issus des régimes déchus dans le Maghreb, les conséquences des dégâts collatéraux de cette opération qui vise à extirper les vieux démons dans une 1ère phase. Après le coup d'état au Mali empêchant toute modification de la constitution, l'on s'attendait au cinquième sur cette liste de 15 Chefs d'Etat africains candidat au dégagement selon certaines sources proches des services spéciaux français. C'est donc la Centrafrique ''toute cause engendrant les mêmes effets » qui s'est invitée à la table du départ volontaire assisté par les forces spéciales. Celles-ci furent cette fois-ci recrutées dans le Nord de pays au lieu dit de Tirougoulou où vivait une population islamisée dans la région dite des trois frontières. Nombreux d'entre eux sont, du fait de la spécificité du mode d'acquisition de la nationalité, des nationaux ou tri- nationaux puisque de père ou de mère centrafricain. Le fait qu'ils s'expriment dans une autre longue peut être donc être trompeur comme le délit de faciès pour nombre d'entre eux. Astérix quand le dernier village Gaulois était envahi par les romains était obligé de s'allier avec les vandales leurs adversaires héréditaires pour libérer le village. C'est cette symbolique qui dictera que l'opération en cours planifiée par les stratèges de l'Institut des hautes Etudes Stratégiques (IHESS) de Paris et l'académie de défense de l'Université de West Point aux Etats-Unis porte le nom de cet héro des bandes dessinées Astérix ...

Ce serait la version locale de l'opération Shalom-Africa commanditée par les services spéciaux Israéliens. Face à la décadence de la chrétienté en Centrafrique il a donc fallu des solutions exceptionnelles à une situation que toute la sous région avait qualifiée de bloquée au niveau Constitutionnel. Le comble serait une 1ère première présidence musulmane dans ce bastion de l'occident chrétien. En fait il n'en est rien puisque avant il y a avait eu Salah Eddine Ahmed BOKASSA, Ali Patassé, Mahmoud Youssouf Dacko et Youssouf Bozizé déjà présidents convertis à l'islam arrivé en acclamation mais partis comme des renégats. On craint que la loi des séries se répète. D'autres en mal de sensation dénonce la pléthore des ministres islamistes. En fait à regarder le décompte de plus près en est resté depuis ces trente dernières années dans la fauchette de 8-13%des sièges affectés à cette religion, correspondant à la proportion dans le corps électoral. Personne ne s'offusque que dans cette réconciliation nationale des religions exclues, il n'y est pas de juifs ni des Indi. Pourquoi cet unilatéralisme coupable ?


Par Wallot Joêl-Yvon, Thèse de Doctorat 3e Cycle, unique et d'état Paris Panthéon-Sorbonne, Master en défense Université de Baden Baden Karlrush , (Allemagne), Master en Relations Internationales université de Baden Baden .Ancien commandant en chef des forces onusiennes et de l union européenne en Afghanistan , Irak et lybie et de la MONUSCO (Congo Démocratique)

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