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Des voitures chinoises bientôt montées en Tunisie

Après la chaussure chinoise pour les piétons, majoritaires dans ce pays, voilà que les industriels chinois se proposent de voler, également, au secours de l'automobiliste tunisien qui, en raison de l'érosion permanente du dinar, a vu les prix des voitures européennes japonaises et coréennes, s'envoler comme des fusées express. L'automobiliste tunisien menaçait de redevenir simple piéton, et le simple piéton, par réaction d'équilibre, un va nu pied, ce qui n'aurait pas fait les affaires des industriels chinois de la chaussure, vous en convenez.

Pragmatiques, les chinois créent rapidos une entreprise tuniso-chinoise, qui se propose de monter des voitures chinoises en Tunisie. Cette entreprise aurait, déjà, déposé une demande officielle, auprès des autorités tunisiennes pour installer une unité de montage devant couvrir une superficie de 8 hectares et favoriser la création de 120 emplois, dans une première étape, entre agents, techniciens et cadres, a déclaré jeudi 18 avril, un représentant de cette société, aux termes de sa réunion avec le gouverneur du Kef. Il a ajouté que son entreprise a déjà déposé la déclaration sur l’investissement, auprès des services de l’Agence de promotion industrielle du Kef. Il a indiqué, par ailleurs, que des mesures ont été prises pour accélérer la réalisation de ce projet, dont tous les équipements, nécessaires, sont, déjà, acquis. Les promoteurs du projet pensent pouvoir commencer le montage des véhicules, dès l'été 2013.

Il reste à préciser que ces promoteurs ont choisi la zone industrielle de Langar M'hamid, à 5 kilomètres au sud de la ville de Tajrouine, pour installer leur usine. Un tel choix, loin des centres de consommation et des ports où débarquent, habituellement, les kits de montage, peut paraitre incongru. Mais il suffit de se rappeler que la frontière algérienne n'est pas loin. En effet, les industriels chinois de l'automobile sont à pied d'½uvre, depuis 2008, en Algérie, où ils disposent, déjà, de trois usines de montage de véhicules de tout genre et ce n'est pas fini. Il se pourrait, donc, que les kits de montage arrivent de l'Algérie voisine, tout comme il est possible qu'une partie des véhicules, produits en Tunisie, soient destinés au marché algériens et/ou inversement. Il faut savoir, en effet, que ce sont 30 000 voitures chinoises qui sont vendues, chaque année, en Algérie.

L’agence TAP, qui a publié cette information, n’a pas indiqué le nom de la société tunisoise promotrice du projet, ni la marque des véhicules qui seront montés, ni, encore, le marché auxquels, ceux-ci, sont destinés. Mais, compte tenu du fait que le modèle de voiture chinoise le plus exporté en Afrique est la Chery QQ3, on peut supposer que c'est son producteur, la marque Chery Automobile, qui est concernée par ce projet. En vérité, les opérateurs chinois se sont intéressés au marché tunisien, dès 2007.

En effet, une société baptisée Global Automotive Partners Ltd, basée dans la zone franche de jebel Ali, aux Emirats Arabes Unis, et se présentant comme «le seul distributeur de tous les produits automobiles de diverses entreprises chinoises de construction automobile » avait, à l’initiative d’une agence de communication opérant à Dubai, inséré une publicité, dans un quotidien de la place. S’adressant, d’une manière un peu provocatrice, aux opérateurs de l’automobile en Tunisie, le communiqué appelait ceux qui sont intéressés, s’ils ont raté l’occasion d’être un importateur de voitures japonaises ou coréenne, à saisir la chance qui leur était offerte de devenir le concessionnaire de constructeurs automobiles chinois. Pour cela, il était exigé d’eux, d’être, déjà, un importateur/distributeur d’automobiles bien établi, hautement expérimenté et actif, et de vouloir «ajouter » les produits chinois à ceux qu’ils commercialisaient, déjà. A l'époque, plusieurs concessionnaires automobiles tunisiens avaient, déjà, eu, par le passé, des contacts, avec les constructeurs chinois, qui n’avaient pas abouti, faute d’avoir pu obtenir des agréments permettant, à ces derniers, d’écouler leurs produits en Tunisie, pour les raisons explicitées ci-après.

La question qui se pose, désormais, est la concurrence que pourront faire les voitures chinoises aux marques européennes, vendues en Tunisie. Jusque là, Citroën, Peugeot, Renault, BMW, Fiat, Mercedes Volkswagen et autres sont littéralement, protégées, sur le marché tunisien, grâce à la « loi », non dite, des quotas et grâces, aussi, aux normes tunisiennes, draconiennes, auxquelles ne répondent pas, forcément, les voitures chinoises.

On interdit aussi l'importation de voitures chinoises, en Tunisie, en raison de l'absence d'accords de libre échange, entre la Tunisie et la Chine. Mais les voitures chinoises sont, maintenant, produites en Algérie. Les accords bilatéraux, entre les deux pays, permettront-ils de pratiquer, encore, un « protectionnisme » non déclaré, des marques européennes ? Le consommateur tunisien lambda, dès lors que sa sécurité est garantie, n'en a cure des marques européennes et de leur prestige, lorsqu'il trouve chaussure chinoise, à son pied, pardon, je m'égare, lorsqu'il trouve une voiture à un excellent prix, inférieur à 10.000 dinars au moment où n'importe quel tacot à quatre roulettes est vendu à plus de 20 000 dinar! Les Chinois ne le cachent, d'ailleurs pas, et l'avouent clairement : en s'implantant en Algérie, en première étape, et en Tunisie, à la faveur de la Révolution, ensuite, c'est tout le marché automobile africain qu'ils comptent conquérir. Le Maroc, sous domination française, échappe, pour le moment, à leur appétit.

Cette stratégie est confirmée par le fait que les chinois mettent, actuellement, la dernière main à leur grand projet camerounais. Fin 2013, une grande chaine de montage de voiture entrera en production dans ce pays. Elle permettra de créer 8000 emplois directs et plus de 5000, indirect, chez les sous-traitants. Ces chiffes sont à comparer aux 120 malheureux emplois prévus pour l'unité de montage de Langer M'hamid.

On dit que les voitures chinoises ne sont pas belles. Elles ne sont pas fiables, non plus. Elles ne sont pas puissantes, également. Elles ne sont pas conformes, parait-il, aux normes de sécurité. Et, cerise sur le gâteau, elles ne sont pas rassurantes. Leur avantage ? Le prix imbattable. Mais en dépit de leur prix, sans commune mesure avec les autres marques, les voitures chinoises traînent une sale réputation, maintenue, à vrai dire, par les lobbies européens. En vérité les industriels chinois de l'automobile sont des nouveaux venus. Mais ils apprennent vite. Le marché chinois est, ainsi, devenu le premier marché mondial, avec 20% des ventes. En 2013, sur les 64 millions de voitures qui seront vendues dans le monde, 11,8 millions le seront en Chine.

Enfin, non contente d'être le premier marché de l'automobile, la Chine en est, désormais, le premier producteur mondial. Cette année, l'empire du milieu produira plus de 20 millions de voitures.

Par Ridha Ben Kacem 19 Avril 2013

Tunisie Focus

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