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Revendicateurs d'un autre genre Le « suicide » pour mieux vivre !

Simple mimétisme pour une pub à peu de frais ou réelle volonté de manifestation pour une cause ? La question a lieu d'être posée avec la multiplication de ces fameux grévistes d'un autre genre au Faso : on « convoque » la presse par quelque moyen que ce soit pour lui faire dire qu'on entend s'immoler par le feu ou faire la grève de la faim si sa revendication n'était pas satisfaite.

Les mouvements ou grèves de masses connus des Burkinabè et utilisés par certains pour faire ployer l'Etat semble avoir fait long feu pour d'autres qui en francs-tireurs croient devoir la jouer en solitaire par des mesures radicales exposant leur propre personne pour se faire entendre. En effet, il y a peu, un certain Seydou OUEDRAOGO, ouvrier de son état dans une entreprise privée, aurait, pendant deux semaines, refusé de s'alimenter pour, dit-on, revendiquer de meilleures conditions de vie et de travail. Il a fait la Une de tous les journaux de la place. Son exemple sera suivi quelques jours plus tard par l'assistant de la Garde de sécurité pénitentiaire Hyppolite BADO qui entamait, le 9 avril, une grève de la faim et menaçait de s'immoler, si les autorités n'examinaient pas son cas. A présent, c'est un agent temporaire de la SOFITEX (Dédougou) du nom de Abdoulaye BANAZARO, qui a menacé le week-end du 13 au 14 de s'immoler si l'on ne régularise pas la situation des agents temporaires de la SOFITEX. Le martyre de Mohamed BOUAZIZI de Tunisie semble faire des émules au Faso mais ce qui intrigue, c'est que la quasi-totalité de nos « Kamikazes » appartient à des corps organisés qui ne manquent pas de syndicat ou de cadres autres pour poser les problèmes ; le jeune Tunisien, lui, était plus ou moins chômeur, il travaillait à son propre compte et se pensait donc un oublié de l'Etat qui, de surcroît par ses lois et forces policières, l'empêchait de mener comme il le souhaitait son activité.

Un désaveu des syndicats

Avant que de juger de la pertinence de ces actions solitaires, il faut dire que leurs auteurs sont en manque de repères. Le monde du travail perd ses vertus au Faso. Ainsi, le syndicat, organisation légitime des travailleurs pour la promotion et la défense de leurs droits matériels et moraux est en train de devenir la négation-même de cet outil devant ½uvrer à préserver l'outil de travail du travailleur et participer à la création de conditions pour l'amélioration de l'existence de ses membres. On a plutôt l'impression qu'une maffia s'est incrustée dans nos organisations syndicales et travaille pour ses propres intérêts aux antipodes de ceux des travailleurs. D'ailleurs, voyons les directions de ces syndicats, notamment celles des centrales. Leurs premiers responsables semblent plus politiques et affairistes que réellement syndicalistes. En effet, ils sont accusés à tort ou à raison d'être inféodés aux pouvoirs publics, politiques ou économiques et d'être dans leur tour d'ivoire, coupés de la base. Car la plupart de ces leaders syndicaux sont de « l'ancienne génération » ; nombreux sont ceux qui dirigent leur structure depuis plus de deux, voire trois décennies. Certains-mêmes sont partis à la retraite, mais sont toujours au sommet de leurs structures syndicales. De véritables pères fondateurs, guides éclairés, grand camarades de luttes irremplaçables...

De tels syndicalistes fossilisés peuvent-ils réellement comprendre les préoccupations des jeunes travailleurs qui tirent le diable par la queue ? Eux qui, non seulement ont des salaires ou des pensions substantiels mais se beurrent les épinards avec les fonds de leurs structures qui encaissent, on le sait, de grosses sommes d'argent venant d'organisations internationales et de divers parrains. Il faut donc que les choses changent afin que les jeunes travailleurs se sentent concernés par les syndicats sinon la désaffection ira grandissante et ce sont les actions individuelles qui prendront le dessus dans les mouvements de revendication. Sont de celles-ci, celles que nous voyons ces temps derniers. A moins que celles-ci soient agréées et soutenues par ces leaders puisque, jusque-là, aucun syndicat n'a donné de la voix. La situation fait peut être leur affaire d'autant qu'elle met mal à l'aise l'Etat ou plus précisément les gouvernants. Et c'est là le côté politique de ces pseudo-syndicalistes qui se trahit avec le secret espoir de voir un autre printemps s'installer ; cette fois-ci, au Faso. Il faut dire que de la coupe aux lèvres, il y a une distance, sans compter les conditions à remplir.

Savoir raison garder

Franchement, si les actions envisagées par nos francs-tireurs n'étaient mortifères, on dirait qu'ils agressent nos consciences avec des plaisanteries de mauvais goût. D'ailleurs, n'ont-ils pas réussi à ameuter la presse ? C'est bien là un joli coup que le pauvre BOUAZIZI n'a pas intégré dans sa démarche sinon il serait peut-être encore en vie. Au Faso on connaît, quoi qu'on dise, la puissance de la presse. Beaucoup y courent confier leur vie quand ils la pensent en danger. C'est justement le cas pour les trois « grévistes » d'un autre genre que nous venons de connaître. Sont-ce des plaisantins ? Ils sont nombreux à tirer cette conclusion mais nous diront simplement qu'ils font penser à ces littérateurs du XVIe siècle appelés « Les Anciens » qui préféraient la copie des ½uvres antiques par opposition à ceux dits « Modernes » qui, eux, préféraient l'originalité des ½uvres qui accrochent mieux à la réalité. Et ce n'est pas pour rien si le ministre Alain Edouard TRAORE trouve, que « ce sont des actes aux antipodes de nos réalités, de nos traditions ». En vérité, pouvaient-ils aller au bout de leur canevas nos « grévistes » ? En tout cas il faut espérer que la presse qui a été prompte à répondre à leur sollicitation nous ait épargné des images macabres. Ce qui nous amène du coup à nous interroger sur la légitimité de ces actions qui interloquent plus d'un au regard de leurs motifs. Comment par exemple comprendre qu' Hyppolite BADO, qui touche au net un salaire de 111 000 FCFA, après 10 ans de service ose s'afficher ainsi. 111 000 FCFA, ce n'est pas un salaire dérisoire pour un Burkinabè de niveau BEPC. Car, dans le privé burkinabè, Dieu seul sait combien de maîtrisards triment n'ayant pas ce que lui, assistant Garde de sécurité pénitentiaire touche par mois. Ce ne sont pas les travailleurs des médias privés et les enseignants du privé qui diront le contraire. Si à ceux-là, on ajoute les licenciés, les maîtrisards, même des docteurs en quête d'emplois, l'on se rendra compte qu'ils sont nombreux ceux qui passeront par le feu pour revendiquer s'ils se mettaient dans cette logique. Il faut savoir raison garder ; personne à la Fonction publique n'est satisfait de ses émoluments, ce n'est pas pour autant qu'il faille se suicider au propre comme au figuré pour forcer à améliorer ses conditions de vie. ?

Frédéric ILBOUDO

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