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DRESS des Hauts-Bassins : Onze lycéens privés de Bac

Au mois de mars 2013, 11 candidats au baccalauréat, inscrits dans des lycées de Bobo-Dioulasso ont été informés que leur dossier était rejeté. Ces lycéens ont obtenu le BEPC en Côte d'Ivoire, où l'administration a souffert de la crise politique. Ils ne disposent que d'une attestation de réussite à l'examen, valable un an, donc considérée comme « périmée ». Pire : il est trop tard pour déposer un nouveau dossier. Malgré les demandes de dérogation et les nombreux séjours en Côte d'Ivoire, ces onze lycéens pourraient bien être privés de Bac. Nous avons voulu en savoir davantage.

Ils sont onze lycéens, étudiant en classe de terminale dans cinq établissements de la ville de Bobo-Dioulasso. Au lycée privé Maranatha, situé dans le quartier Sarfalao, secteur 17, Viviane et Jonas pensaient passer cette année le baccalauréat D, leur camarade Kofi le bac A.

Viviane Bayili est orpheline de père. Depuis la classe de seconde, elle étudie au Burkina Faso, sous la charge de son oncle André Bado, cuisinier. Comme ses camarades, Viviane ne dispose que d'une attestation de son BEPC, qu'elle a passé avec succès en Côte d'Ivoire. Elle n'a pas pu obtenir le diplôme officiel du BEPC compte tenu de la crise ivoirienne, et son attestation est aujourd'hui « périmée » au regard de l'administration. Sa s½ur a pourtant effectué des démarches pour récupérer le diplôme, mais en vain. Jonas Nitiéma devait passer cette année le baccalauréat pour la troisième fois. Sa dernière chance. « Ensuite, ce ne sera plus possible. Ma famille n'acceptera pas », confie le lycéen, qui réside au Burkina depuis 2010. « Les deux autres années, je n'ai eu aucun problème, je présentais simplement mon attestation. Cette année, on nous a informé en février qu'il fallait se procurer le diplôme. Mais on a tous les problèmes pour l'obtenir. En 2011, je suis allé en Côte d'Ivoire. A leur niveau, ils nous ont fait tourner. En tout, j'ai fait cinq villes. On m'avait finalement assuré que le diplôme allait être envoyé dans la DREN d'origine, où j'ai passé mon BEPC. Puis les cours ont commencé et j'ai du demander à mon grand frère de s'occuper de ça. C'était en 2011. Le diplôme n'est toujours pas arrivé. »

Compte tenu des difficultés en Côte d'Ivoire

Le témoignage de Jonas confirme que l'administration ivoirienne n'a pas récupéré de l'instabilité politique que le pays a connue ces dernières années. Cependant, si les élèves concernés sont peu nombreux, la résolution du problème devrait être d'autant plus efficace et rapide pour les autorités burkinabè. Selon les élèves interrogés, c'est la première année que l'administration réclame à ces élèves le diplôme du BEPC pour constituer le dossier du bac. Les autres années, l'attestation de réussite à l'examen, sur laquelle figure les notes de l'élève, suffisait amplement. « Ils tenaient compte des difficultés en Côte d'Ivoire », a expliqué André Déna, directeur des études du groupe scolaire Gasmo I (groupe d'accueil scolaire moderne), confirmant que ces attestations étaient tout autant « périmées ». « C'est la première fois qu'on est confronté à ce problème. Dans notre établissement, trois élèves sont concernés. Deux d'entre eux sont en ce moment en Côte d'Ivoire, à la recherche des papiers », a-t-il précisé.

Du côté de la direction régionale des Enseignements secondaire et supérieur (DRESS) des Hauts-Bassins, le directeur dit avoir demandé des dérogations pour les élèves confrontés à cette situation. Selon ses déclarations, il s'est même personnellement rendu à Ouagadougou pour négocier. Malheureusement, il n'a pour le moment pas eu gain de cause.

La plupart de ces lycéens a payé cette année environ 100 000 FCFA pour les seuls frais d'inscription. Financer une nouvelle inscription en terminale s'avérera particulièrement difficile pour certaines familles. C'est le cas de l'oncle de Viviane. « Moi qui suis cuisinier, payer deux fois la même classe, c'est trop difficile ». Chacun de ces élèves est en passe d'être privé d'un diplôme important, diplôme que certains d'entre eux n'auront plus jamais la chance d'obtenir. L'examen n'étant pas une mince affaire, ces lycéens sont d'ores et déjà mal partis pour le réussir. Qu'ils soient actuellement en Côte d'Ivoire, afin de satisfaire l'Office du Bac, ou à Bobo-Dioulasso, ils ne bénéficient pas des conditions nécessaires pour se préparer à cet examen difficile.

Aucune information ne permet pour le moment de connaître le nombre de cas dans le pays, mais on peut déjà imaginer que la situation se reproduira d'année en année, tant qu'aucune solution durable ne sera trouvée. Au Burkina Faso, l'éducation est censée être une préoccupation majeure, une priorité pour « développer le capital humain ». La progression de la scolarisation, en particulier celle des femmes, sera sans aucun doute l'un des facteurs décisifs pour le développement du pays. Si ces jeunes Burkinabè ont l'opportunité -et les moyens- de passer le niveau Bac, de grâce, laissons-leur cette chance.

Souro DAO
Henri LE ROUX/Stagiaire

L'Express du Faso

ENCADRE

610 : Viviane Bayili, lycée privé Maranatha

« Je suis venue en 2010 à Bobo-Dioulasso, où j'ai fait ma seconde, ma première et ma terminale. En début d'année, on a eu à dire au surveillant de l'école qu'on n'avait pas de diplôme de BEPC, parce qu'on avait passé les examens en dehors du Burkina Faso. Et il nous a dit que d'autres élèves avaient eu à passer cet examen-là les années précédentes, sans problème avec l'attestation. Donc, il n'y avait pas de problème à ce que nous puissions déposer les dossiers. C'est au mois de mars que le surveillant est venu nous dire qu'ils avaient rejeté les dossiers du bac, sous prétexte que l'attestation était périmée. Il fallait faire des dérogations et c'était nous-mêmes qui devions les amener à Ouagadougou. On l'a fait. Et celui qui a déposé les dérogations à Ouaga nous a fait savoir qu'ils avaient déjà donné une date limite aux dépôts de dossiers, et que cette date était déjà passée. Le directeur du lycée nous a dit que le DRESS était allé avec nos attestations à Ouagadougou, que l'office du Bac a refusé, donc, on n'a qu'à attendre l'année prochaine. Il nous a dit ça d'un ton sec. Je me demande si ça leur fait plaisir de faire baisser le nombre de candidats au bac. Moi je connais beaucoup de personnes dans la même situation qui ont eu à passer le bac l'année passée et sans problème. L'année est déjà partie dans l'eau, puisque présentement, avec ces évènements-là, on n'a même plus le courage de bosser ».

653 : Ibrahim Sawadogo, lycée du Gasmo I

« J'ai fait le bac en Côte d'Ivoire l'année passée. Ça n'a pas marché pour des problèmes de santé. Donc, j'ai décidé de venir faire le bac ici. Quand je suis arrivé, ils ont demandé les dossiers du bac, et ils ont demandé le diplôme du BEPC. Le papa s'est déplacé à Abidjan pour aller chercher le diplôme, mais il n'a pas pu l'avoir. Il a seulement eu une attestation, mais ça n'a pas permis de résoudre le problème. Eux, ils disent que obligatoirement, ils veulent le diplôme, que ce n'est pas l'attestation, ni le relevé. Or en Côte d'Ivoire, on ne peut pas avoir le diplôme aisément. Nous sommes allés à l'office du bac. On nous a dit que l'on devait demander une dérogation. Quand on l'a amenée, on nous a demandé d'amener le diplôme avant le 30 avril. Les parents ont commencé à chercher encore, mais le directeur m'a appelé pour me dire qu'ils ont essayé de tout faire mais que ce n'est pas possible cette année de passer le bac. Mes parents trouvaient que c'était une chance pour moi de repasser le bac. Je n'ai pas envie de reprendre une année. Il y a l'âge aussi : si j'avance pour aller de l'avant, c'est mieux. Pour mes parents aussi, parce que rester toujours derrière ce n'est pas du tout intéressant. »

Le Faso

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