mis à jour le

Un leader honnête pour un mali nouveau : Les dix commandements à respecter

La France, notre colonisateur, nous a souvent inspiré dans notre jeune histoire. Sa République, ses valeurs républicaines, sa Constitution, ses institutions, son mode d'organisation étatique et quelques fois sa culture et son mode de vie. En matière de gouvernance également elle a pu nous orienter.

Moussa Mara, maire commune IV

Aujourd'hui plus qu'hier, au moment où elle a sauvé notre pays d'un désastre, la France peut nous servir de modèle, notamment dans un domaine prégnant pour le Mali, celui de la bonne gouvernance et de la transparence. Bousculé par ce qu'on appelle «l'affaire Cahuzac», le pouvoir français s'apprête à prendre des mesures importantes en matière de transparence, avec notamment la systématisation de la déclaration du patrimoine des membres du Gouvernement. Ces exigences décidées là-bas devraient être élémentaires chez nous. Car plus qu'ailleurs, la transparence est une nécessité dans notre pays. Un pays où le leadership est devenu source d'enrichissement, où la responsabilité est considérée comme une permission de voler, détourner, profiter du bien public et en faire profiter le maximum de ses proches ! Nous devons rectifier le tir, nous inspirer de ce qui a été fait ailleurs et nous battre pour que nos leaders s'engagent enfin sur le chemin de la vertu, la vraie vertu, celle qui est mesurable et vérifiable. Quoi de mieux que d'obtenir d'eux, au moment où ils aspirent aux responsabilités, de prendre des engagements clairs et de poser des actes univoques vers la transparence ? C'est pourquoi, il est impérieux que chaque candidat aux prochaines élections présidentielles soit soumis à certaines exigences présentées dans les lignes qui suivent.
1.                  Nous éclairer sur son parcours
Les Maliens ont la mauvaise habitude de voter pour des personnes qu'ils ne connaissent pas ou en raison de critères subjectifs (parenté, présentation, ...). Cela est entretenu par les candidats qui ne donnent que peu d'informations sur leurs parcours. Il est souhaitable qu'on sorte de cela en obtenant de chaque candidat la publication de son parcours, des actes posés par le passé dans les responsabilités, mais aussi et surtout avant qu'il n'exerce de responsabilité. Chaque détail de son parcours doit être su par les électeurs. Des résultats obtenus au fur et à mesure des responsabilités à ses m½urs et à sa morale en passant par son apport en tant qu'individu pour sa communauté, son voisinage, son village, sa commune ...Les informations peuvent être fournies à travers la presse, les sites internet, les conférences de presse...Elles doivent être vérifiables et tout citoyen, toute organisation doit pouvoir les contrôler.
2.                 Publier son patrimoine, ce qu'il a gagné, ce qu'il gagne et les justifier
La publication du patrimoine et des revenus pendant toute la carrière et la justification détaillée de la manière dont le patrimoine a été constitué forme le c½ur du dispositif vers une nouvelle exemplarité du leadership dans notre pays. Le patrimoine est l'illustration parfaite de l'enrichissement d'un responsable et donc le miroir de son honnêteté ou de sa malhonnêteté. Tout candidat doit le publier, mais également s'engager à collaborer avec la presse, les organes de contrôle, la société civile et les organisations internationales pour donner toutes les informations permettant de contrôler, de divulguer ou de contester la véracité des informations données. La publication du patrimoine ne doit pas attendre le début du mandat. Elle doit se faire au moment de l'acte de candidature pour qu'à moyen terme soit rejeté le dossier de tout candidat dont le patrimoine n'est pas justifiable. La publication du patrimoine doit être accompagnée par un acte solennel du déclarant qui accepte de se retirer de la course si jamais il était prouvé qu'il a menti sur son patrimoine ou sur ses revenus.
3.                 Publier les revenus et biens de ses proches
L'acte de déclaration du patrimoine et des revenus ne doit pas seulement porter sur la personne même du candidat, mais aussi et surtout sur ses proches (famille directe notamment les descendants) car ceux-ci, quelques fois, sont les bénéficiaires des détournements et autres comportements déviants. Chaque candidat doit déclarer la liste des personnes concernées et procéder à la déclaration sur leur patrimoine, leurs revenus afin de justifier qu'ils ne se sont pas enrichis de manière disproportionnée.
4.                 Publier tous les comptes de toutes ses campagnes
La manière de mener et surtout de financer la campagne conditionne pour une large part le style de gouvernance adoptée une fois le pouvoir acquis. En prenant de l'argent auprès de très gros contributeurs, on établit tacitement ou de manière expresse un pacte de corruption avec ces derniers. Ce qui nous liera pendant le mandat. Il faut ½uvrer à avoir des leaders libres de leurs décisions pour atteindre des résultats. Il faut exiger de chacun, la publication de tous les comptes de campagnes précédentes en recettes et en dépenses, une indication précise des sources de financement de chacune et les explications détaillées de ces sources. Chaque candidat doit ensuite s'engager à collaborer dans le cadre d'éventuelles vérifications. Ces dernières, à conduire par les structures publiques ou privées porteront sur la réalité et la vraisemblance des comptes de campagnes eu égard avec les réalités de terrain et donc fixeront la validité des informations fournies et donc l'honnêteté du candidat.
5.                 Publier le budget de sa campagne 2013
La fourniture d'informations sur les campagnes passées sera complétée par la présentation publique des budgets de campagne au titre des élections avortées de 2012 et de cette année, avec une indication précise des origines des fonds. Ces informations doivent pouvoir être suivies sur le terrain avec une forte participation de la société civile pour justifier les ressources, leurs provenances et leur niveau de collecte ainsi que la réalité et l'effectivité des dépenses envisagées.
6.                 S'engager à ne pas acheter les électeurs
Dans un acte public, chaque candidat doit s'engager de manière irrévocable à ne pas recourir aux cadeaux (biens matériels, aliments, meubles...) et aux distributions d'argent destinés à acheter des voix. Il doit condamner par avance toute initiative de ce type par ses responsables de campagne conformément aux exigences de la loi électorale. Chaque candidat doit manifester clairement ses intentions à combattre ses pratiques, sanctionner ses collaborateurs qui y auraient recours et collaborer avec les autorités et toutes les autres forces qui les combattent.
7.                 Collaborer à la promotion de la transparence
La multiplication des exigences contraignantes pour les candidats n'aura aucun sens si elle n'était pas accompagnée par l'acceptation par les candidats eux-mêmes à ½uvrer à la bonne exécution du processus de transparence et de bonne gouvernance. Nous devons exiger de chaque candidat un engagement solennel à demander aux organisations de la société civile, aux Organisations non gouvernementales (ONGs) nationales et internationales et à la communauté internationale à venir aider le Mali à organiser des élections propres où l'argent et la fraude ne feront pas la différence.
8.                 Demander et collaborer aux contrôles des informations données
Le contrôle et les vérifications constituent des phases majeures du dispositif des «dix commandements du leader honnête». La perspective de dispositif de contrôle efficace, exhaustif, objectif et dissuasif accroîtra la crédibilité des déclarations et autres actes posés. Nous devons aller dans ce sens. Il est de ce fait nécessaire que chaque candidat souscrive un engagement solennel visant à demander à l'Etat, exceptionnellement et à travers ses structures de contrôle et de vérification, à procéder aux vérifications des informations données pour en valider la réalité, la pertinence et la crédibilité. Pendant cette courte période, nous séparant des élections, les corps de contrôle doivent être mobilisés et engager leurs moyens et compétences pour mener à bien les contrôles appropriés et fournir les résultats aux autorités.
9.                 Proposer et soutenir un programme mesurable
Dans une démocratie organisée et crédible, le choix des électeurs se fait sur les idées et programmes des candidats ainsi que leur crédibilité à défendre ses propositions. Cela n'est pas encore le cas dans notre pays. Il nous faut marquer le coup de la rupture cette année en exigeant des aspirants un programme avec des objectifs chiffrés, sur lequel il s'engagera et demandera aux contrepouvoirs de le juger à l'aune des réalisations de ce programme. Nous devons exiger que les candidats dévoilent clairement leurs intentions, qu'ils sortent du bois, se «mouillent» sur des résultats à atteindre et surtout qu'ils se fixent des objectifs chiffrés, permettant aux populations, aux corps intermédiaires et aux contrepouvoirs d'évaluer l'efficacité du dirigeant et donc de pouvoir le juger ultérieurement.
10.             Accepter de débattre et de confronter ses idées à celles des autres
Chaque candidat doit s'engager à accepter le principe de se rendre disponible pour les sollicitations de la presse, les débats contradictoires avec les autres candidats et de manière générale participer à toutes occasions de confrontation permettant d'éclairer la lanterne des électeurs sur son programme. Il doit soutenir les initiatives des Organisations non gouvernementales (ONGs) nationales et internationales, de la presse et de la société civile permettant aux citoyens de comparer, d'apprécier et d'analyser la capacité de conviction de chaque leader. Ces exercices crédibilisent le processus électoral et renforce l'ancrage de la démocratie dans notre pays en suscitant l'intérêt des citoyens pour la politique.
La société civile, les acteurs de la presse, les organisations de jeunes et de femmes, les tenants de nos pouvoirs traditionnels et religieux, les intercesseurs sociaux, nos anciens et de manière générale tous les maliens soucieux de notre pays doivent s'organiser pour exiger le respect de ces dix commandements par tout candidat qui désirerait diriger le Mali aujourd'hui. Ils doivent être aidés en cela par tous les amis du Mali, très nombreux et qui ont tous appréhendé à quel point la malhonnêteté, le vol aggravé, l'enrichissement sans cause du leadership a pu affaiblir l'Etat malien au point de faire s'écrouler le pays. S'ils veulent que la rigueur, la justice et la bonne gouvernance aient un jour droit de cité  sous nos cieux, ils doivent s'évertuer à attaquer le mal à la racine, au moment où le leadership s'octroie, à l'occasion des prochaines élections générales dans notre pays.
Moussa MARA
[email protected]

Mali Web

Ses derniers articles: Atelier de concertation du HCR sur le retour des réfugiés et déplacés du Mali : Les acteurs en conclave pour la facilitation du processus  ORTM / Journal TV 20h du 15 Septembre 2013  L’étrangleur de Bagadadji étranglé 

leader

AFP

Nigeria: un tribunal ordonne la libération d'un leader chiite

Nigeria: un tribunal ordonne la libération d'un leader chiite

AFP

Gandhi raciste? Le Ghana va "relocaliser" une statue du leader indien

Gandhi raciste? Le Ghana va "relocaliser" une statue du leader indien

AFP

Burundi: un leader d'opposition arrêté pour "atteinte

Burundi: un leader d'opposition arrêté pour "atteinte

Mali

AFP

La famille d'Adama Traoré sollicite "l'implication" du Mali

La famille d'Adama Traoré sollicite "l'implication" du Mali

AFP

Le Mali évoque des soldats "disparus" depuis une attaque jihadiste

Le Mali évoque des soldats "disparus" depuis une attaque jihadiste

AFP

L'état d'urgence au Mali prorogé de huit mois, jusqu'

L'état d'urgence au Mali prorogé de huit mois, jusqu'