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Mains propres, mains sales ?

    La morale a-t-elle sa place en politique ? Depuis l'inculpation du ministre français du Budget, la question fait la une des journaux, monopolise toutes les conversations et agite le gouvernement, à la recherche de règles susceptibles de «moraliser» l'exercice du pouvoir. Les citoyens attendent, incrédules. L'histoire nous montre, en effet, que le champ politique est un champ de bataille. Complots, coups bas, trahisons, revirements, ralliements scandent le quotidien des combattants. Ce qui laisse peu de place à des vertus comme l'altruisme, le désintéressement, la générosité, l'oubli de soi, la modestie. Ne l'emportent que les plus habiles, les plus durs, ceux qui veulent avant tout décrocher ou conserver un poste et jouir des avantages - matériels, symboliques - que confère le pouvoir. Si la politique est le lieu d'un combat permanent, où toutes les turpitudes sont permises, à condition de rester secrètes, ceux qui s'engagent en politique ont un profil psychologique particulier. Contrairement à ce qu'ils prétendent, l'intérêt du pays est généralement le cadet de leur souci. «J'aime mon pays, je veux être utile aux Français», déclare sans rire un D. de Villepin. Patriotisme, dévouement à la collectivité : pour beaucoup, des balivernes !  Ce qui pousse la plupart à entrer dans l'arène, c'est d'abord un narcissisme démesuré. Porteurs d'un ego insatiable, ils rêvent d'être vus, flattés, admirés, aimés. D'où ces bains de foule dont ils sont avides, ces adresses fréquentes au peuple : interviews à la télévision, déclarations à la presse. D'où leur déprime s'ils constatent, au bout de quelques mois, que leur popularité n'est plus que de 20%. Déprime passagère, car les dirigeants politiques sont entourés de gens qui leur doivent leur poste et qui, loin de les contrarier, ont pour mission de les rassurer. Les conseillers jouent les nounous et amortissent le choc des sondages meurtriers. Les dirigeants les croient d'autant plus volontiers qu'à leur narcissisme s'ajoute le goût du pouvoir. Inhérent à la fonction, ce goût peut sans doute s'intellectualiser, se socialiser et donner naissance à un besoin de se distinguer par l'excellence de son travail et la qualité de ses initiatives. P. Mendès-France fit reconnaître à ses compatriotes l'indépendance de la Tunisie, de Gaulle, celle de l'Algérie, F. Mitterrand eut le courage de déclarer qu'en cas d'élection à la Présidence, il supprimerait la peine de mort. Mais la sublimation des pulsions premières est assez rare et le goût du pouvoir, chez bien des politiques, a conservé ses formes primitives, celles qui s'expriment, par exemple, dans les cours de récréation où les gamins se battent pour être le chef et dominer sans partage.  Cet infantilisme se manifeste chez de nombreux politiques, dont la susceptibilité est sans limites et qui n'admettent pas la moindre critique. «Salopard !», crie l'un, «Casse-toi, pauv'con !», éructe l'autre : de gauche, de droite, les injures fusent. Il est fréquent que lors d'un Conseil des ministres, les participants se taisent, craignent, la peur au ventre, d'être interpellés et n'osent émettre la moindre réserve : leur carrière dépend de leur apparente soumission.Quelle place peut donc avoir la morale dans cet univers de faux-semblants, de tromperies incessantes, de rivalités sanglantes, de servilité obligée et de révoltes rentrées ?  Tous les politiques, sans doute, ne fraudent pas le fisc, ne volent pas l'Etat, tous ne sont pas «pourris», mais l'activité politique est de nature telle qu'elle les contraint souvent à mettre une sourdine aux exigences de la morale. Beaucoup s'efforcent de garder les mains propres, mais les pressions, les pièges et les coups fourrés sont tels qu'à la longue, épuisés, ils se compromettent ou se  retirent.  

El Watan

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