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Une marchandise débloquée malgré le défaut d’étiquetage

Des tonnes de ciment périmé ont pu échapper aux mailles du dispositif de contrôle pour finir dans plusieurs chantiers de la wilaya de Béjaïa, dont ceux de logements. Les agents de la direction du commerce ont pu en saisir 176 tonnes sur les chantiers mêmes et alerter, en mars dernier, les différents maîtres d'ouvrage (DTP, DLEP...) sur la possible utilisation du reste, soit quelque 1100 tonnes d'un ciment solidifié, d'où l'urgence de procéder à des vérifications sur les constructions élevées. Le coup est parti à l'été 2012, à la faveur d'une décision émanant de la direction régionale du commerce autorisant l'importateur à sortir sa marchandise bloquée au port de Béjaïa pour «défaut d'étiquetage». L'importateur avait joint à son recours un listing des entrepreneurs avec lesquels il était conventionné et auxquels le ciment importé devait être livré. Au total, ce sont 7500 tonnes de ciment qui ont été déchargées au port de Béjaïa, importées de Turquie par une entreprise étrangère de droit algérien dont le siège social est à Alger et le gérant est de nationalité turque, la Sarl H. C. MAG. Les résultats des analyses effectuées sur un échantillon de ciment par le Centre d'études et de services technologiques de l'industrie des matériaux de construction (Cetim) font état d'une marchandise conforme. Le contrôle aux frontières a abouti au seul constat d'insuffisance au niveau de l'emballage, dont la non-utilisation de la langue nationale. Un détail qui s'avérera important. Les contrôleurs de la DCP de Béjaïa n'ont pas jugé utile de vérifier l'existence d'une quelconque date de péremption sur les sacs de ciment. L'article 11 du décret interministériel du 4 juin 2003 portant sur les spécificités techniques et les règles applicables aux ciments ne mentionne que la date de fabrication parmi les indications que doit comporter l'étiquetage du ciment en sac. Les 7500 tonnes ont été refusées d'admission sur le marché national le 17 juin 2012. L'importateur a introduit un recours qui a abouti, en proposant des conventions avec des entrepreneurs en activité sur le territoire national. Le ciment est sorti du port de Béjaïa en juillet 2012. 5000 tonnes auraient été écoulées, dont une grande partie en dehors de la wilaya de Béjaïa et le reste, soit 2500 tonnes, stocké dans un entrepôt dans la ville de Béjaïa, a constaté de visu El Watan. C'est lors d'une visite sur ce stock, dont un lot de 900 tonnes était laissé à l'air libre, que les agents de la DCP ont découvert des sacs solidifiés ainsi que la mention avertissant, en turc et en anglais, que le ciment ne doit pas être utilisé au-delà de six mois après sa date de fabrication. Une mention que l'on n'avait pas pu «déchiffrer» lors du contrôle aux frontières. Fabriqué le 26 et le 30 mai 2012, le ciment importé est inutilisable depuis décembre 2012. Tout le lot de 18 000 sacs stockés à Béjaïa a été saisi par les services de la DCP, qui a découvert un autre fait frappant. Le sac de ciment se vendait à un prix excessivement bas : tout juste à 100 DA, contre 300 DA au niveau des usines et 700 DA au marché noir. Un prix suffisamment insignifiant pour susciter le doute sur la qualité du produit vendu. Commence alors le branle-bas de combat. Sept entrepreneurs de Béjaïa, figurant sur les conventions présentées par l'importateur, ont été convoqués par la DCP. On ne sait pas encore les risques induits par l'usage de ciment périmé, mais on se veut rassurant au niveau de la DCP, qui a proposé de distribuer à titre gracieux les quantités saisies. «La loi nous autorise à réorienter la marchandise saisie en vertu du décret exécutif 90/39 au lieu de procéder à sa destruction avec les effets néfastes que cela génère sur l'environnement» a déclaré à El Watan M. Moumène, le DCP de Béjaïa, qui souligne que «tout ce dossier est géré en informant les autorités administratives». Quid des risques de détournement d'une marchandise offerte ? «Ce ciment est destiné à l'usage exclusif des revêtements de sol, sous contrôle des services techniques des APC», explique-t-il. Une trentaine d'APC ont reçu leurs petits lots au moment où, dans les PV d'infraction que la DCP transmet ordinairement aux autorités judiciaires, est inséré celui de cette affaire de ciment «mal stocké».  

El Watan

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