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Le centre ‘’Sopi Jikko’’ : Le bout de tunnel pour les gens souffrant d’addicts

L'usage de la drogue ravage notre société, gangrénant sa couche la plus spécifique : les élèves, la jeune génération, en l'absence de programme de prévention. Mais, le centre ''Sopi Jiko'' qui fait dans la prévention et le suivi des drogués, est là pour combler un vide.

«Les autorités parlent de faire sortir de la rue les enfants qui y officient, alors qu'elles ignorent les fléaux. Nous qui faisons le terrain, savons que le principal problème de la rue, est la drogue qui se juvénilise», confirme Lamine Touré, coordonnateur de ''Sopi Jiko'', un centre d'accueil des drogués (cibles), qui ont fini par avoir des problèmes mentaux.
L'art pour sauver les personnes souffrant d'addicts
Ces cibles sont prises en charge par le centre qui continue de veiller sur eux, après qu'ils ont terminé leur séjour dans ce lieu d'espoir. «Des cibles ont fini par avoir du travail, après leur séjour dans le centre mais, pour éviter une rechute, nous menons un suivi pour chacun d'entre eux», éclairera Lamine qui, ne voulant pas attendre que la personne perde l'équilibre, pour essayer de la récupérer, tente de couper le mal à la racine, dans un travail de prévention contre l'addiction aux drogues. La personne peut vaincre tout mal, de son avis, c'est pourquoi, il se base sur les potentialités de chaque cible, afin d'atteindre son objectif. Travaillant en conclave avec le centre hospitalier psychiatrique de Thiaroye, le centre fait un accompagnement psycho-social pour les dépendants à la drogue, pour leur réinsertion sociale. Dans la grille des programmes, les pensionnaires sont invités à faire des workshops, des ateliers axés sur l'art en tant que méthode thérapeutique, et par ricochet, moyen de formation professionnelle. «L'art permet de développer l'esprit, la réflexion, il capte l'attention de la personne. Ils sont aussi formés dans la teinture et d'autres métiers, avec du sport aussi qui a une portée importante sur leur évolution», dira Lamine, déterminé à assister ces jeunes qui ont touché à la substance illicite, même conscient que son travail est loin de suffire pour que ces derniers vivent des jours meilleurs.
La famille, socle d'une socialisation...
Dans son travail de réinsertion, il fait aussi une médiation entre les parents des cibles et leurs enfants. «Notre accompagnement est ambulatoire, la cible passe la journée avec nous et rentre chez lui. On n'a pas tout son contrôle. C'est là qu'entre le rôle de la famille, devant continuer notre travail à la maison. Aussi, fait-on dans la médiation, afin que les familles ne mettent pas à l'écart la cible. La famille est le premier socle de la socialisation de la personne», a-t-il attesté. Le centre, constitué sous forme de famille en miniature, donne à Lamine et Cie le pouvoir d'apporter aide à ces gens, tout en ayant leur confiance. «Les cibles sont des gens spécifiques mais, avec l'amour du métier et notre règlement intérieur, établissant le rapport d'une famille, on arrive à surmonter les obstacles», déclare-t-il. En effet, c'est dans une ambiance gaie qu'ils accueillent les cibles et à les voir regroupés dans une même pièce, il est parfois impossible de faire la différence entre un pensionnaire et un moniteur. Mais parfois, ils sont confrontés à un conflit entre les pensionnaires qui viennent parfois, de leur propre gré, afin de bénéficier d'un suivi.
Les femmes utiliseraient-elles des doses plus fortes
Situé à Sicap Mbao, le centre qui a montré le bout du tunnel à plus de 60 cibles, n'a toujours pas reçu d'aide des autorités, alors qu'il prend en charge le transport de ses pensionnaires et leur repas, tous les jours. Créé en 2009, le centre est l'initiative de M. Touré, en collaboration avec des finlandais. Initié comme premier modèle travaillant dans la prévention des addicts, pour quatre ans, Lamine a reçu un autre financement, lui permettant de dire qu'il fera son possible pour atteindre toutes les cibles, surtout, les femmes, en majorité, des prostituées qui usent des drogues à grandes doses. C'est d'ailleurs de là que vient son projet d'initier un programme avec les pensionnaires des prisons de femmes.
Fanta DIALLO


Après 25 ans d'addiction à la drogue (encadré)
Fara se réconcilie avec la vie et espère des lendemains meilleurs
Il a officié, durant 25 ans, dans les rues, usant de drogue et d'alcool. Ayant emprunté le chemin de la délinquance à l'âge de 12 ans, il verra le bout du tunnel à ses 37 ans, grâce au centre ''Sopi Jikko''. Fara Diouf, pensionnaire de cette structure, est revenu sur sa vie de débauche, sur celle d'aujourd'hui, où il devient Fara, l'homme aux plusieurs métiers.
«J'étais dans la rue en train de fumer du ''yamba'', de boire de l'alcool. Un jour, je suis tombé malade, on m'a amené a l'hôpital, et à ma sortie, ma mère s'est rapprochée du centre, afin qu'il m'apporte son soutien. Ceux qui travaillent ici m'ont recueilli, j'avais 37, aujourd'hui, j'en ai 39. Après 2 ans dans cette structure, j'ai arrêté de fumer et de boire. J'ai quitté mes amis aussi, par peur de retomber dans mon ancienne vie. Quand je suis chez moi à Guédiawaye, je ne sors que pour fumer une cigarette, à la porte de la demeure. Le centre m'a formé au métier de teinture sous verre, à la réalisation de pièce de théâtre, de documentaire. Des métiers que je veux pratiquer, pour en tirer profit, un jour, même si les moyens font défaut. On discute aussi pas mal avec les moniteurs, en plus des workshops sur la drogue, ses méfaits sur son utilisateur. Sans le centre, je serai toujours dans la rue. Et entre pensionnaire, on échange, avant de faire la séance du réveil musculaire.
La curiosité de découvrir le monde m'a poussé à titiller la drogue, à 12 ans et le centre m'a tiré du gouffre, à mes 37 ans».
Fara a tourné le dos à son ancienne vie, grâce au centre mais, cette dernière lui a laissé des séquelles. Très accueillant, il ne peut contenir ses tics, agitant les mains et la tête, en parlant, avec difficulté, du reste.
Fanta DIALLO
REWMI QUOTIDIEN

Rewmi

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