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Mozambique : des bruits de bottes troublent la quiétude d'une petite ville

MUXUNGUE (Mozambique) (AFP) - (AFP)

Alors que le Mozambique vit dans la paix depuis plus de vingt ans, des bruits de bottes troublent la quiétude d'une petite ville du centre du pays, faisant craindre une reprise de la terrible guerre civile qui avait fait près d'un million de morts entre 1977 et 1992.

Les rues de Muxungue sont pratiquement vides, à l'exception de commandos lourdement armés qui patrouillent en tenue de camouflage.Les soldats ont été déployés pour prévenir de nouvelles attaques des anciens guérilleros de la Renamo, qui ont pris d'assaut un poste de police début avril, tuant quatre policiers.

L'attaque a duré 45 minutes, selon des témoins, mais des tirs sporadiques ont continué pendant au moins deux jours, et leurs échos continuent de se faire sentir.

Afonso Dhlakama, le chef de la Renamo, affirme que ses hommes répondaient à une descente de police musclée au cours de laquelle 15 de ses partisans ont été arrêtés.

L'incident est aussi le résultat d'années de tensions entre M. Dhlakama et le gouvernement dirigé par le Frelimo, que la Renamo a affronté pendant quinze années de guerre civile.

A l'époque, le Frelimo - le mouvement qui a arraché l'indépendance au Portugal - était soutenu par le bloc soviétique.Il combattait la Renamo, une guérilla créée par la Rhodésie (actuel Zimbabwe) et l'Afrique du Sud de l'apartheid.

Depuis le retour de la paix, Afonso Dhlakama n'a cessé de perdre des voix aux élections.Il est de plus en plus marginalisé, de plus en plus aigri, et de plus en plus disposé à en découdre avec son ancien ennemi.

Même si l'armée a maintenant investi Muxungue, la plupart des habitants ont fui, craignant les combats.Les salles de classe sont désertes.

"Il y a eu une guerre ici", raconte José Joao, en référence aux récents accrochages armés, "nous avons souffert.J'ai fui dans la brousse à cause de ce qui s'est passé". Nombreux sont ceux qui campent toujours aux environs, trop inquiets.Mais José est rentré chez lui, poussé par la faim.

Une femme qui gagne sa vie en vendant des noix de cajou aux automobilistes et aux passagers des cars empruntant la route nationale a fait le même chemin. "Nous sommes sortis de la brousse parce qu'il n'y a rien à manger là-bas.Nous devons vendre pour manger.Les enfants pleuraient de faim." Elle a trop peur pour donner son nom. "Les gars avec des fusils sont là pour assurer notre sécurité", chuchote-t-elle quand un soldat passe à proximité.

A quelques mètres, le poste de police attaqué par la Renamo au petit matin du 4 avril est désormais lourdement fortifié. Une véhicule blindé flambant neuf, surmonté d'une puissante mitrailleuse, surveille la route principale.

Tout le monde connaît l'histoire à Muxungue.C'est près d'ici qu'a grandi Afonso Dhlakama, le chef de la Renamo. Les premiers coups de feu de la guerre civile ont été tirés à seulement cent kilomètres. Et les habitants expliquent que quelque 200 membres de la Renamo se cachent aujourd'hui dans la brousse, encore parsemée de mines anti-personnelles, près de la ville.

Pour la première fois depuis la guerre civile, des civils ont été victimes des hostilités.

Plusieurs attaques sur des véhicules dans la région ont été imputées à la Renamo.Des hommes armés portant des uniformes de l'ancienne guérilla ont tué trois personnes dans un camion et blessé deux passagers d'un car le 6 avril. a Renamo nie ces allégations, affirmant que les assaillants ont revêtu leurs uniformes dans le seul but de la discréditer, une tactique qui selon eux remonte à la guerre civile.

Les véhicules sont maintenant de retour sur les routes de la région, mais la police et l'armée maintiennent une forte présence, fouillant les cars entrant et sortant de la zone. Afonso Dhlakama a indiqué qu'il était prêt à un cessez-le-feu à la condition que le gouvernement retire ses troupes des abords de son camp, qui est situé dans les proches montagnes de Gorongosa, et libère les membres de son mouvement arrêtés ces derniers jours.

La Renamo et le gouvernement du président Armando Guebuza ont bien entamé des négociations à Maputo, mais les habitants de Muxungue ne sont sûrs de rien.

"Oui, ils parlent en ce moment, Guebuza et Dhlakama.Le problème pour nous, c'est que nous ne savons pas si c'est fini ou pas", soupire José Joao.

Africa n°1

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