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Des bidonvilles de Kampala aux Olympiades d’échecs

Phiona Mutesi a découvert les échecs pour la première fois à 10 ans. Elle est aujourd’hui, à 15 ans, vice-championne d’Ouganda et a représenté son pays l’an dernier lors des Olympiades d'échecs organisées en Sibérie occidentale.

Phiona a grandi dans un bidonville de Kampala, la capitale ougandaise. L’extrême précarité économique de ses parents l’a rapidement contrainte à quitter l’école pour se mettre à vendre de la nourriture dans la rue. C’est grâce à un programme mis en place par le Sports Outreach Institute, une organisation caritative catholique présente en Afrique, au Mexique et aux Etats-Unis, qui donne aux plus pauvres l'accès à différents sports, qu’elle a appris les échecs:

«Nous avions mis en place un programme de football, mais certains enfants n'étaient pas intéressés. Je me demandais comment faire pour les impliquer, et comme j'ai un échiquier et que je sais jouer aux échecs, j’ai tenté le coup», raconte Robert Katende, entraîneur.

Le programme a eu beaucoup de succès, et en 2009 Phiona et deux garçons des bidonvilles se sont rendus au Soudan pour participer à une compétition régionale d'échecs. Le trio remporta tous ses matchs. L'adolescente, qui sort de l'école primaire, assure que jouer aux échecs l'a aidée à mieux s'organisér et à persévérer dans ses études, «en particulier avec les mathématiques». Robert Katende est quant à lui convaincu que «les compétences acquises sur l'échiquier peuvent servir dans la vie quotidienne d'un enfant des bidonvilles».

Malgré le succès de son programme, Sports Outreach a dû batailler ferme pour obtenir le soutien de la Fédération ougandaise d’échecs (UCF) et l’ouverture à ses protégés du championnat national junior.

«La Fédération estimait que la compétition était uniquement destinée aux enfants scolarisés, et certains de nos enfants n’allaient pas à l’école», rapporte l’entraîneur, «mais l’UCF a finalement accepté».

Son secrétaire général Godfrey Gali est aujourd’hui fier d’annoncer que le nombre de joueurs d’échecs de moins de 20 ans a augmenté de 40% ces dernières années en Ouganda. Pourtant, ce sport y est toujours perçu comme un simple loisir et manque considérablement de moyens.

«Il n’y a pas d’argent pour bâtir et soutenir des champions», déplore Godfrey Gali. 

Une situation qui laisse planer le doute sur la carrière de Phiona Mutesi au niveau international et son désir de rejoindre sur le podium l'Egyptien Ahmed Adly, meilleur joueur africain au 1er janvier 2011.

Lu sur BBC News, ESPN