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Cameroun : quand le silence du peuple se fait complice...

Dr. Vincent Sosthène Fouda

Elle git là, les fesses en l'air, exposant à la raillerie populaire ce qui lui reste de dignité même dans la mort ! La face est contre terre cachant encore, pour quelques minutes seulement, les yeux qui pendent des orbites. Elle a été égorgée, poignardée après avoir subi les assauts d'un homme, peut-être de plusieurs hommes. Nul ne le saura jamais, excepté Celui qui lit dans le secret de nos consciences ! Elle ? C'est Nga Ondoa Marthe Christelle. Elle est à la fleur de l'âge, 20 ans mais on lui en donne facilement 18, mère d'un garçon de 2 ans et nous sommes le 27 décembre 2012. Cette date marque le lancement de ce que l'on va qualifier à tort, voire par complicité sémantique, de « crime rituel de Mimboman ». Cette pauvre fille, orpheline depuis des années, aimait la vie et rêvait d'une vie meilleure. Elle avait des projets pour son fils et elle. Elle venait d'Okoa-Marie dans l'arrondissement de Mbankomo, département de la Mefou-Akono. Son tort ? S'être retrouvée certainement dans ce quartier de Mimboman puisque preuve n'est pas faite que le corps a été déplacé.

Quoi de plus symbolique que ce crime, ce que les dictatures disent au monde, l'arrogance et le mépris face à l'impuissance et au silence ! Depuis la dernière mobilisation des médias autour de l'affaire du bébé volé de l'Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Ngousso le 20 août 2011, les médias ont rangé plume, voix et image. Ils ont été mis au pas. Peut-on leur en vouloir, au moment où dans plusieurs sociétés de presse au Cameroun les journalistes sont à 6 mois sans salaire ? Il y a bien d'autres sujets pour distraire la galerie ; les sénatoriales, les élections à la Fecafoot, le Conseil de discipline pour les gestionnaires véreux de la fortune publique. Oui, tout est fait pour distraire la galerie. Le relativisme ambiant voudrait aussi que, dans cette Afrique en miniature, on vous rappelle, dans un discours lénifiant, que le gouvernement est au travail et surtout qu'il y a tant d'autres tragédies dans le monde. La Lybie, la Syrie, la Côte d'Ivoire. Les quelques moments d'espoir dans notre monde sont récupérés et présentés comme le chemin sur lequel s'achemine le Cameroun.

Pourtant, il faut continuer d'évoquer ces crimes, dire ce qu'ils sont, c'est-à-dire une véritable boucherie pour le trafic d'organes humains et rien d'autre. Aujourd'hui, le journal Le Jour sous la plume de Chrys Bissoué ose enfin révéler ce que nous dénonçons depuis le mois de janvier. Un c½ur humain coûte 5 millions de francs cfa au marché des humains décapités du Cameroun. Combien coûte un rein, un foie ?

5 mois d'une cruelle actualité

Les décapités de Mimboman n'ont pas de nom et presque pas de visage, ils sont un fait divers qui amuse les uns et les autres. Ils prennent place dans la conscience lobotomisée d'un peuple embrigadé. 18 morts dont voici les quelques noms glanés çà et là. C'est la liste de Madame Marie-Thérèse Abéna Ondoa, Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille. NzeKoho Stéphane, 26 ans, conducteur de taxi, Ndzié Marie Marguerite, 25 ans, mère de quatre enfants, Ngah Ondoua Marthe, 19 ans, mère d'un enfant de moins d'un an, Magne Nguele Agnès, 30 ans, mère de trois enfants, Mballa Mvogo Claude Michèle, 18 ans, Mendjina Mbanga Loyse Shiphra, 19 ans, élève en terminale A4 espagnol au collège Père Monti, Momo Calixte Carole, 28 ans, Nkoa Eloundou Pierre Emmanuel, 8 ans. Cette liste est reprise dans le journal Le Jour le 25 février 2013.

Stephan Tchakam directeur de la rédaction du journal Le Jour est décédé dans la nuit du 12 au 13 août 2012 emportant presqu'avec lui l'âme du journal d'Haman Mana. Il avait su engager tous ses collègues dans la quête de la justice dans l'affaire Vanessa Tchatchou. Alain Blaise Batongué a quitté le journalisme pour se lancer dans les nouveaux défis professionnels et Mutations n'est plus que l'ombre de lui-même. Pius Njawé est mort en emportant son audace et sa vision unique de la profession qui a su l'accueillir. Le Messager se cherche. Que dire donc d'Aurore Plus, de La Nouvelle Expression et, dans une moindre mesure, d'Emergence de Magnus Biaga de Repères et de L'Actu ! Ils constituent aussi le ventre mou de la presse écrite du Cameroun et se révèlent les complices silencieux d'un État qui prône le silence face à la mort et à la misère. Derrière eux donc avance un peuple tout aussi silencieux, nombrilique et indifférent face à la souffrance de l'autre qui n'est pas moi ! On peut donc continuer à assassiner impunément, le Ministre de la Communication trouvera toujours le moyen de convier un club transparent de journalistes tant des médias à capitaux publics que ceux des médias à capitaux privés. On retrouvera Alain Belibi et Xavier Messe. Que dire donc de la télévision et de la radio ? Ces deux médias plus proches du peuple par l'image et la voix ont aussi su se taire voire distraire le peuple qui attendait peut-être d'eux plus d'engagement. Ce qui est vrai pour les médias l'est aussi pour les corps structurés comme les avocats, les magistrats, les médecins, les enseignants. Non, silence total, pour eux rien ne se passe au Cameroun, Mimboman est un folklore. Les églises sont dans la grande danse si elles ne font pas pire.

La violence, le viol et le meurtre se sont installés partout dans la société camerounaise. Les meurtriers se recrutent partout avec la même violence. Les politiques montrent tous les jours l'exemple, voilà pourquoi l'affaire Dieudonné Diboulé n'a jamais connu de dénouement consacrant peut-être le leader du SDF comme le tout premier criminel du Cameroun. Il a les mains sales jusqu'aux coudes. Son associé le RDPC lui apporte toujours son soutien. L'UDC d'Adamu Ndam Njoya n'est pas en reste. Que dire du Lamindo de Ray Bouba, de tous ces morts qui jalonnent la route du RDPCSDF depuis sa prise de pouvoir ? Me Toussaint Ngongo-Ottou, Mgr Yves Plumey, le Père Engelberg Mveng, les Abbés Joseph Mbasse, Appolinaire Claude Ndi etc. La liste ne s'arrête plus et les non-lieux sont légion.

Que dire des violences dans les villages ? Alimentées par les élites politiques et économiques ? La flamme du parti au pouvoir cesse alors d'être un flambeau pour brûler tout à son passage. Ceux et celles qui nous gouvernent aujourd'hui sont les dignes héritiers de ceux qui nous ont torturés hier, ceux qui ont déshumanisé nos grands-parents et qui, aujourd'hui, insistent pour faire accepter à tous que leur devenir est dans le silence et l'acception de la perpétuation du malheur. Il n'y a pas un seul village du territoire national qui ne soit entaché et maculé de sang précieusement camouflé dans sa broussaille. « Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui » aurait lancé un soir Martin Luther King au bord du désespoir. Nous ne devons point désespérer de l'homme.

Des solutions, pas de volonté

Le désespoir n'existe pas. Il n'y a que des hommes désespérés et on l'est tous un peu face à cette situation. Formellement, des solutions existent mais seule la volonté de les mettre en ½uvre fait défaut. Dès lors, cela ne sert à rien de les évoquer. Faisons-le quand même !
Il est plus qu'urgent de prendre conscience que le RDPCSDF n'est plus d'actualité et n'est pas la solution aux problèmes qu'il a engendrés depuis sa prise de pouvoir au Cameroun. Nos hommes de troupe sont bien des Camerounais et ont des familles. Il est important de les éclairer afin qu'ils ne massacrent plus leurs femmes leurs enfants à la moindre manifestation car ce n'est pas servir son pays que de faire vivre 80% de sa population dans une extrême misère.
Nous devons nous mobiliser contre les criminels économiques que nous connaissons, nous devons mettre hors du circuit politique ces hommes et ces femmes qui ont damné l'âme des générations et des générations de Camerounais. Les agitateurs au service de la mafia doivent être isolés, sortis des rangs.
Nous devons obliger les sociétés qui viennent faire des affaires dans nos régions, nos départements, nos arrondissements et nos villages à se mettre en premier au service de notre développement. Nous avons en nous la force et les moyens d'une telle action car ce sont des corps chétifs et faméliques qui travaillent pour l'extraction de l'or, du diamant et de tous les autres métaux précieux dans nos forêts. Ce sont nos bras vigoureux qui coupent les grumes dans nos forêts et les acheminent au port de Douala. Nous nous servons donc de ce qui nous reste comme force pour nous ensevelir !

Une opposition démembrée

Le régime en place à Yaoundé est plus que complice dans les faits de ces multiples enlèvements, de ces assassinats. Ceux et celles qui meurent ne comptent pas pour lui ; voilà pourquoi nous devons, au quotidien, manifester notre désaccord. Si l'opposition est démembrée alors faisons surgir en nous cette force opposante et agissante au-delà des ethnies car je n'en connais que deux au Cameroun : la minorité riche et la grande masse de gueux, de miséreux à l'infini.

Être là...

Hier, j'ai discuté avec une jeune fille mère, elle m'a dit : « je suis là ». C'est une expression reprise en ch½ur par les hommes émasculés, les femmes prostituées, la jeunesse désabusée, les enfants violés et martyrisés dans les villes et les villages de notre pays du nord au sud, de l'est à l'ouest. Il ne nous reste certainement plus aucune dignité, aucune capacité de résistance. Trop de morts à enjamber, trop de détritus de misère à la chute de notre regard, mais c'est dans cette odeur de chair humaine brûlée que nous devons le goût amer de la liberté. Cette liberté, la nôtre, doit être debout dans les champs, debout au bord des pistes et des sentiers, debout dans la cale des champs de café que nous ne consommons presque pas, debout dans les bananerais de Njombé, debout sur le pont brisé du Wouri, debout dans les eaux de pluie qui nous emportent vers une mort certaine, debout sous le soleil mais debout et libre. |Dr Vincent Sosthène Fouda, Socio-politologue

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