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Mali: Fin de la phase numéro 1

Les premiers soldats français ont quitté le pays malgré des risques d'une résurgence des combats. Mais le plus grand défi de Bamako est aujourd'hui politique. Il s'agit d'intégrer les Touaregs et de mettre en place un gouvernement élu.

 

Trois mois après le début de l'intervention militaire de la France au Mali, 120 parachutistes français basés dans le nord du pays sont rentrés en France. Le départ des premiers soldats fait suite à l'annonce du président français, François Hollande, sur un retrait progressif des troupes françaises avant fin avril.

 

« Ils rentrent d'une belle mission de deux mois et demi sur la zone », a déclaré le chef de corps du 1er RCP, le colonel Antoine de Loustal, en accueillant les soldats. « Il y a eu des combats extrêmement rudes face à des gens déterminés, fanatiques », a-t-il conclu.

 

Les autorités françaises sont même en avance sur le calendrier prévu. Le début du retrait des troupes françaises était en effet programmé pour la fin du mois d'avril.

 

La France avait déployé 4 000 hommes pour pacifier le nord du Mali, et prévoit de réduire ses effectifs à 2 000 hommes d'ici juillet et à un millier d'ici la fin de l'année.

 

L'opération Serval, débutée le 11 janvier, avait pour but de combattre les terroristes qui ont régné en maître durant plusieurs mois dans le Nord-Mali et qui avançaient vers le sud et la capitale Bamako.

 

Les intégristes armés d'Al-Qaëda au Maghreb islamique (Aqmi), du Mujao et d'Ansar Dine ont subi de lourdes pertes matérielles et humaines avec plusieurs centaines de morts, dont Abou Zeid, l'un des émirs d'Aqmi. Le Mali a, pour sa part, perdu une soixantaine de soldats, selon des informations du ministre malien de la Défense et des anciens combattants. Côté français, cinq soldats ont perdu la vie.

 

Malgré cette victoire sur le terrain, le retrait français inquiète Bamako. Pour de nombreux Maliens, la guerre n'est pas finie et les islamistes ont déjà démontré leurs capacités de résistance. Le Mali seul ne peut pas faire face à ces groupes armés. La présence de la France aux côtés des soldats est une source de garantie et de sécurité pour les citoyens maliens.

 

Le premier ministre malien par intérim, Diango Cissoko, a exhorté jeudi 11 avril à Gao (nord) l'armée française à rester au Mali tout en rendant hommage à cette intervention : « La Nation malienne vous en sera éternellement reconnaissante ».

 

« Pas totalement anéantis »

 

Ce retrait suscite aussi plusieurs interrogations. L'intervention a-t-elle vraiment réalisé ses objectifs ? Et le Mali pourra-t-il assurer seul la sécurité face à la résistance des groupes armés ? Selon Ayman Shabana, spécialiste du dossier malien, les signes concrets des succès militaires remportés sur le terrain sont visibles. « Les troupes françaises ont pu réaliser une progression en un laps de temps convenable : les groupes armés se sont retirés des principales localités du nord, plusieurs d'entre eux ont été anéantis », note-t-il. Mais malgré les victoires militaires, la sécurité au Mali ne sera pas facilement rétablie. « Les groupes armés ne sont pas totalement anéantis, ils résistent encore dans la ville de Kidal », ajoute Shabana.

 

Le manque d'expérience et de moyens de l'armée malienne inquiète aussi Shabana. « L'armée malienne, qui souffrait de l'instabilité, est incapable seule de poursuivre le travail des Français, même les troupes africaines qui vont remplacer les françaises n'ont pas la même aptitude ».

 

Face aux vives critiques américaines contre les troupes africaines jugées « incapables », la France leur a rendu hommage en soulignant qu'elles ont pris une part active aux opérations contre les groupes terroristes présents dans le nord.

 

L'Onu devrait déployer 11 000 hommes d'ici cet été et la Misma (Mission de soutien au Mali) devrait prendre le relais. Mais les solutions militaires ne peuvent pas seules résoudre la crise malienne. « Le pouvoir doit avoir une vraie volonté de dialoguer et d'accomplir une réelle réconciliation. Il faut intégrer certains groupes comme les Touaregs à la vie sociale et politique, il faut qu'ils participent au gouvernement pour, par la suite, aider l'Etat malien à combattre les groupes terroristes », conclut Shabana.

 

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