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Autant le dire… : Grève de la faim et tentative d'immolation : du chantage ?

C'est une autre forme de revendication, qui tend à devenir la règle si on n'y prend garde. Seydou Ouédraogo, un agent de la Filature du Sahel (FILSAH) à Bobo, demande qu'on le surclasse, qu'on lui paie un salaire plus consistant et avec des indemnités parce qu'il a acquis de l'expérience dans la « boîte » qui l'emploie. Sa méthode de revendication, une grève de la faim. On a dû le « négocier et prendre des engagements » pour qu'il mette fin à « sa grève de la faim ».

Quelques jours après, à Ouagadougou, Bado Hyppolite un assistant Garde de sécurité pénitentiaire fait à son tour une grève d'autre nature. Un sit-in devant la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou en même temps qu'une grève de la faim et une tentative de s'immoler (même si l'intéressé ne veut en parler et reconnaître les faits) puis des exigences pour parler soit au Premier ministre, soit au chef d'Etat-major particulier du président du Faso. On s'exécute vite et Gilbert Djendjéré vient le voir sur place et va avec lui jusqu'à son domicile. Les raisons de son mouvement, c'est qu'avec ses 110 000 F CFA de salaire, quand les banques retiennent les crédits, il n'a même plus cinquante mille francs pour nourrir sa famille. Cette situation concerne ses camarades également. Aussi, demande-t-il l'amélioration de leurs conditions de vie et de travail. « On va voir », lui a-t-on sans doute promis.

A Dédougou, c'est un contractuel de la Société des fibres textiles du Burkina, Banazaro Abdoulaye, qui s'installe sur des balles de coton, essence dans un bidon et dissolvant dans les mains ; il fait injonction au chef de région de venir lui parler, faute de quoi il met fin à ses jours. Il a fallu des promesses fermes, signées devant des membres de la société civile à Dédougou pour que celui-ci mette fin à son mouvement et accepte de descendre.

Si jusqu'à présent l'objectif est de faire en sorte que personne ne meure suite à un mouvement de ce genre, il faut reconnaître que la situation est de plus en plus préoccupante. Car, ce nouveau mode de revendications, qui est inhabituel sous nos cieux, comporte bien des dangers. Non seulement pour ceux qui le pratiquent, mais également pour l'ensemble des Burkinabè et du pays. C'est pourquoi, quand bien même il faut reconnaître la raison des uns et des autres de voir leurs conditions de vie et de travail s'améliorer, il n'en demeure pas moins qu'il faut dénoncer ces revendications individualistes qui ressemblent beaucoup plus à du chantage qu'à une volonté réelle de défendre un quelconque intérêt commun.

Il en est de même des mouvements en ce moment comme le cas du Syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale (Syntsha) qui, pour défendre les intérêts de deux de ses militants (l'un licencié avec poursuites judiciaires pour avoir refusé d'assister une femme « en travail » et qui en est morte et l'autre, affecté après 25 ans de service dans la même localité). Ils mettent en danger tous les Burkinabè puisque pendant leur mouvement, nous ne bénéficierons pas de soins médicaux. Surtout pour tous ceux qui, à l'instar de la majorité des Burkinabè, n'ont pas les moyens d'aller en clinique. Pire, le mouvement pourrait se durcir par la grève des permanences et des gardes. Est-ce là une solution ?

Il existe un cadre conventionnel de négociations entre le gouvernement et les travailleurs très apprécié de tous les acteurs, et qui donne d'ailleurs, depuis maintenant deux ans consécutifs, des résultats acceptables. Pourquoi donc toutes ces revendications maximalistes dont les conséquences pourraient être dangereuses pour l'ensemble des Burkinabè ? Les premières victimes d'une grève des services publics de la santé ne sont pas des dirigeants qui ont chacun leur médecin, mais nos parents dans les villes et campagnes.

Dabaoué Audrianne KANI

L'Express du Faso

Le Faso

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