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Centrafrique: Bangui sous haute tension

Des dizaines d'habitants continuaient à fuir lundi un quartier nord de Bangui, ex-fief électoral du président déchu François Bozizé, après des affrontements meurtriers entre civils excédés par les pillages et rebelles du Séléka.

Sur le plan diplomatique, le sommet des chefs d'Etat de la sous-région, prévu ce lundi dans la capitale tchadienne N'Djamena, a été repoussé à jeudi.

A Boy-Rabé - quartier résidentiel et populaire - où la plupart des maisons ont été pillées, certains habitants revenaient lundi matin pour récupérer dans la hâte quelques effets personnels avant de retourner se mettre à l'abri vers des quartiers où ils se sont installés temporairement.

Les violences meurtrières du week-end à Bangui continuent de marquer les esprits d'habitants de la capitale, où la coalition Séléka a renversé le pouvoir de Bozizé, le 24 mars dernier.

"C'est un vrai carnage qui s'est produit", affirme Jean Ngaté, étudiant qui a fui précipitamment les affrontements dimanche. Dans les rues de Bangui, des hommes du Séléka étaient encore visibles, à pied et dans des véhicules sillonnant le 4ème arrondissement, situé dans le nord de la capitale, au marché de Boy-Rabé.

"Ils bouclent pratiquement tout le 4ème arrondissement et surtout le quartier Boy-Rabé. Ils voient ceux qui entrent et sortent, mais sans déranger qui que ce soit. Depuis ce matin, ils continuent de faire le porte-à-porte à la recherche d'armes de guerre, sans tirer cette fois-ci", explique un habitant, Igor Mandja.

Répression par le Séléka de manifestations de colère d'habitants excédés par les pillages, ou tentatives de déstabilisation menées par des partisans de l'ancien régime infiltrés dans les quartiers: l'origine et les conditions des affrontements restent confuses alors que le bilan pourrait encore s'alourdir selon une source policière.

Les violences ont eu lieu lors d'opérations du Séléka pour retrouver des armes, selon une autre source policière.

Selon le général Arda Hakouma, qui a pris Bangui, 54 AK 47 ont été saisies (dimanche) ainsi que "80 caisses de grenades et roquettes" et quelques armes lourdes.

"Ces armes ont été découvertes dans des maisons appartenant à des particuliers qui ont pris la fuite, ou abandonnées dans des poubelles", a-t-il ajouté, démentant toute violence. "Nous étions accompagnés des soldats de la Fomac (Force multinationale de l'Afrique centrale) et de Français".

A Paris, un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, a déclaré que la "persistance des violences à l'encontre des populations civiles n'est pas acceptable. Il est urgent que les autorités qui contrôlent Bangui assurent l'ordre public et la sécurité".

"Un élément du Séléka a ouvert le feu sur un jeune qui tenait un pousse-pousse (transportant un corps à inhumer)" et qui est mort "sur le champ", a affirmé un chauffeur de taxi, Freddy, présent sur les lieux au moment de l'incident.

"Cela a suscité la colère des membres du cortège et des habitants" du quartier, "des cris et des heurts ont suivi", a-t-il expliqué.

Elu samedi par un Conseil de transition pour diriger la Centrafrique pendant les prochains 18 mois, M. Djotodia a accusé dimanche soir des partisans de Bozizé de vouloir "une guerre civile" et d'avoir tué des éléments Séléka.

"Des nostalgiques de l'ère Bozizé (...) ont assassiné nos hommes" venus dans le quartier, a-t-il affirmé.

Leurs corps ont ensuite "été jetés à Ngaragba pour mettre dans le coup" les habitants de ce quartier sud de Bangui, a expliqué M. Djotodia.

"Nous se sommes pas venus pour exterminer le peuple centrafricain", a-t-il ajouté.

Le Séléka peine à établir l'ordre dans Bangui depuis la fuite du président Bozizé. Les pillages par des hommes de l'ancienne rébellion ou de bandits se poursuivent, alors que les habitants, excédés, vivent dans la peur.

Lundi, le porte-parole du gouvernement, ministre d'Etat, Crépin Mboli-Goumba, issu de l'ancienne opposition, a souligne qu'il "y a eu des dérapages inadmissibles, ayant entrainé des morts" et promis de "tout mettre en oeuvre pour que justice soit faite".

Le ministre a également fustigé les partisans de Bozizé mais aussi critiqué "certains éléments Séléka, qui échappent à tout contrôle et considèrent manifestement le Centrafrique comme un butin".

Le ministre espère l'arrivée de 1.000 hommes de la force multinationale d'Afrique centrale (Fomac) pour rétablir l'ordre, une proposition qui devrait être soumise aux chefs d'Etat lors du sommet de N'Djamena.

Dans un communiqué signé de sa "cellule de communication", le président déchu Bozizé a exigé un "retour immédiat à la légalité constitutionnelle", demandant la tenue d'une "Conférence nationale sans exclusive".

AFP

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