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Tunisie : Après sa fuite, Amina raconte sa séquestration et son combat féministe

Amina en train de parler avec Alexandra Shevchenko de Femen via internet

Après s'être enfuie de la maison de sa grand-mère à Kairouan, Amina, la jeune Femen tunisienne, a parlé via skype avec Alexandra Shevchenko, l'une des fondatrices du groupe contestataire féministe d’origine ukranienne. Une vidéo de la conversation a été publiée aujourd’hui via la page Facebook officielle de Femen.

Amina, séquestrée et battue par sa famille

La première activiste tunisienne de Femen a enfin pu s’exprimer via internet dans une vidéo filmée par l’activiste Shevchenko après plus d’un mois de spéculations, confirmant ainsi son enlèvement dans un café à Tunis, orchestré par son oncle et son cousin.

J'étais dans un café à Tunis, ils m'ont attrapée.[...] Mon cousin est venu, il m'a poussée violemment et m'a jetée par terre ; même un mois après, j'ai encore mal au dos. Ils m'ont mise dans la voiture [...] Ils m'ont pris mon téléphone.

Bien qu'elle ait plus de 18 ans, âge légal pour être majeur en Tunisie, Amina a été en effet enlevée par sa famille, séquestrée et empêchée d’avoir tout contact avec le monde extérieur allant jusqu’à la priver d'utiliser son téléphone ou internet. Dans son interview avec Alexandra Shevchenko, elle expliquera qu'une fois emmenée chez la maison de sa tante, son cousin a cassé sa carte SIM ; ce dernier voulait également lui prendre son téléphone. La jeune Femen raconte aussi qu'elle a été à nouveau battue par son oncle et son cousin. Pour se protéger, elle dit avoir utilisé une bombe lacrymogène.

J'ai dû utiliser une bombe lacrymogène, j'ai essayé de me protéger. Ils l'ont prise de ma main et l'ont jetée par terre .

Frappée à nouveau, il aura fallu que son père soit présent et intervienne pour leur demande d'arrêter ; « il leur a dit : “Vous n'avez pas le droit de frapper ma fille » rapporte Amina.

Le cousin voulait à tout prix prendre son téléphone allant même jusqu’à demander au père d' Amina : « Pourrais-je lui prendre son téléphone ? ». La jeune femme, reléguée au rôle d'observatrice, s'impose en disant à celui qui la considérait comme une mineure « T'as pas le droit de me prendre mon téléphone ! »

Considérée également comme « malade » face à son esprit révolté, la famille l'emmène voir le psychologue au cabinet, sans pouvoir le trouver.

Deux femmes voulaient vérifier si Amina était encore vierge

Répondant aux questions de l’activiste ukrainienne, Amina raconte son histoire et la pression de sa famille ainsi que celle d'une société conservatrice qui exige « la virginité » spécifiquement aux femmes, comme une preuve d'« honneur ».

Deux femmes âgées de ma famille ont voulu vérifier si j'étais encore vierge ou pas. C'était horrible. C'était contre ma liberté. Elles m'ont emmenée à la cuisine et elles m'ont demandé d'enlever mes vêtements…

Amina ne donne pas plus de détails sur cette anecdote humiliante. Un blanc et des hésitations s'en suivent pour continuer à parler de « ces leçons de morale » qu’elle avait justement mises à l’index avec un double majeurs en inscrivant sur son buste “Fuck your morals”.

Le Coran, par la force

Bien qu'elle soit athée, la famille semble percevoir les croyances d'Amina comme de la folie. Issue en toute évidence d'une famille conservatrice, Amina “se doit” d’être musulmane” car être « autre chose » relève de l'absurde, d'où les thérapies imposées à une jeune femme qui clame sa liberté de penser.

Je ne lis pas le Coran, je suis athée. Ils mettaient la main sur ma tête et lisaient le Coran. Ils m'emmenaient voir l'imam tous les jours.

Après l'avoir obligé à lire le Coran et à voir l'imam, c'est dans la ville « islamique » de Kairouan qu'Amina sera séquestrée à nouveau, chez sa grand-mère. Pendant deux semaines, elle essayera de s'enfuir en faisant de l'autostop mais elle se fera rattrapée par sa famille. Pour la calmer, on recourait aux médicaments « à forte dose » pour qu'elle dorme et reste tranquille.

Ma mère m'a dit en pleurant un truc bizarre, elle disait « Tu es assise sur Satan ». Et lorsque je lui demandais pourquoi tu pleures, elle répondait “Les photos, les photos Amina.” Moi je ne regrette pas les photos.

En effet, après avoir été la première jeune femme tunisienne à s’exposer avec ses photos publiées sur les réseaux sociaux avec sa poitrine nue, reprenant le mode de contestation des Femens, l’opinion publique l’a violemment dénigrée et stigmatisée allant à la traiter de “pute perverse”.

“Je continue le combat, après je partirai”

Au sujet de l’action des Femens à Paris du 3 avril dernier où le drapeau noir, avec l'inscription islamique « La hilaha illa Allah Mohamed Rassoul Allah» [1] a été brûlé comme une revendication contre l’autorité religieuse, Alexandra Shevchenko voulait savoir si Amina y était contre comme elle l'avait déclaré dans l'interview faite à la journaliste de Canal + ou si elle y a été contrainte, Amina répond :

«On m'a poussée à le dire. Je n'avais pas vu l'action. Ils ne me permettaient ni à me connecter à internet ni à contacter les gens. »

Actuellement, Amina a quitté la maison. Sa famille est à sa recherche, mais pour elle, il faut continuer le « Topless Protest ». Voulant savoir si Amina voulait quitter la Tunisie, la jeune femme d'à peine dix neuf ans répond :

« C'est après que je partirai. Je veux continuer la lutte que j'ai commencée. Après je partirai. »

Sur les réseaux sociaux, la plupart des commentaires d’internautes tunisiens condamne l’action d’Amina ainsi que sa fuite, par ailleurs, la réalisatrice tunisienne Nadia El Fani, l’organisation Femen et une grande communauté de femmes et d’hommes des quatre coins du monde soutiennent Amina en publiant des photos d’eux avec son nom inscrit sur leurs corps.

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[1] : Il n'y a de dieu que Dieu et Mohamed est son prophète

Nawaat

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