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Rapport de l'ONU sur des viols en RDC: Kinshasa critique la "méthodologie"


Une victime de viol dans sa maison de Nakiele, dans la province congolaise du Kivu, le 3 juillet 2011 AFP/Archives Tony Karumba

Le porte-parole du gouvernement congolais a critiqué vendredi la "méthodologie" utilisée par le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme (BCNUDH) en RDC pour enquêter sur les viols commis dans l'est du pays, en l'accusant "d'acheter" les témoignages.

"L'auditeur (ndlr, procureur) supérieur militaire à Goma (est) nous a fait part de son malaise quant à la méthodologie utilisée par le BCNUDH et les ONG étrangères qui achètent avec de l'argent les témoignages de femmes, à la condition qu'elles disent qu'elles ont été victimes de viols", a déclaré à l'AFP Lambert Mende, interrogé au sujet d'un rapport du BCNUDH publié vendredi sur des viols massifs commis au moment du Nouvel An dans le Nord-Kivu (est).

"On ne comprend pas du tout cette méthodologie là (...) Cela remet totalement en cause certains chiffres" concernant les victimes de viols, a-t-il ajouté.

Interrogé par l'AFP, le porte-parole de la Mission de l'ONU en RDC (Monusco) a démenti les propos de M. Mende. "Nous avons un protocole d'enquête très strict. Nous ne donnons pas d'argent à nos informateurs", a déclaré Madnodje Mounoubai.

Le rapport de l'ONU, fondé sur des enquêtes menées par le BCNUDH en RDC, a établi que, du 31 décembre 2010 au 1er janvier 2011, dans les villages de Bushani et Kalambahiro, dans le Nord-Kivu (est), au moins 47 femmes ont été victimes de violences sexuelles, y compris de viols.

L'enquête n'a pas déterminé avec certitude qui avait commis les agressions, mais une centaine d'éléments des Forces armées congolaises ont été constamment désignés comme les auteurs présumés, indique le rapport.

Une centaine de maisons ont été pillées, 12 civils ont été victimes de traitements cruels, inhumains ou dégradants, et deux ont été enlevés, selon l'enquête.

"Nous allons de nouveau consulter l'auditeur supérieur militaire de Goma", à la suite de la publication du rapport, a indiqué M. Mende.

Le porte-parole du gouvernement avait déjà critiqué un autre rapport publié le 6 juillet par l'ONU sur les viols d'au moins 387 civils, dont 300 femmes, commis par la rébellion début août 2010 dans 13 villages du Nord-Kivu.

M. Mende avait indiqué qu'un magistrat militaire ayant enquêté sur place avait rapporté "que nombre de victimes présumées des viols ont renoncé à déposer plainte, même contre X, car ce qui les intéressait c'étaient les appuis financiers qui auraient été promis exclusivement à celles qui se déclareraient victimes de violences sexuelles".

Soldats et rebelles congolais sont régulièrement accusés de commettre des viols et des pillages dans l'est de la RDC, une région très instable où sévissent plusieurs groupes armés.

Mi-juin, quelque 250 femmes dans trois villages du Sud-Kivu (est) ont déclaré avoir été victimes de viols qui auraient été commis par plus d'une centaine de soldats déserteurs emmenés par un colonel, qui a rejeté ces accusations et rejoint début juillet avec ses hommes un centre militaire de cette province.

En février, neuf militaires, dont des officiers, ont été condamnés à des peines allant de 10 à 20 ans de prison pour les viols d'une soixantaine de femmes au Sud-Kivu.