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Élections de juillet : Sale temps pour les fraudeurs

Pour éviter toute contestation, les élections à venir se feront sur la base d’un dispositif technique et législatif à faire frémir tout apprenti fraudeur. Petit tour d’horizon…

 

Notre pays traverse, depuis l’an dernier, la pire crise de son histoire avec un territoire aux tiers occupés, un président enfui, une junte qui bastonne à souhait, une classe politique à couteau tiré et une noire misère qui frappe à toutes les portes. Même des patriotes sourcilleux de la trempe de Yerewolo Ton ne souhaiteraient pas qu’à ce charmant bordel vienne s’ajouter une crise post-électorale du genre Ouattara-Gbagbo.

C’est pourquoi l’Union européenne veille au grain. Comme le Mali n’a plus un clou rouillé dans ses caisses, l’Union a décidé de financer les élections, quel qu’en soit le coût. Elle a d’ailleurs déjà avancé le gros des sous ainsi que l’a confirmé le colonel-ministre de l’Administration territoriale Moussa Sinko Coulibaly, un saint-cyrien bon teint qui n’a pas pour habitude de raconter des histoires au brave peuple. Ce qui distingue les Européens des Africains, c’est que les premiers demandent des comptes complets quand ils dépensent. L’Europe tient donc à des élections propres et nettes.Et quand elle dit « propres et nettes », ça veut dire « propres et nettes ». Ainsi une commission regroupant tous les acteurs politiques vient d’achever la relecture de la loi électorale afin d’y insérer les données nouvelles relatives au fichier biométrique et aux cartes d’électeur numérisées. Vous serez étonnés des changements que cachent ces mots tout droit importés… d’Europe !

En effet, le nouveau fichier électoral ne contient que les noms des Maliens recensés par les équipes du RAVEC (Récencement  administratif à vocation d’état-civil) qui, entre 2011 et 2012, ont fait le tour du pays, allant de porte en porte. Chaque fois qu’un nom d’électeur se répète, avec les mêmes date et lieu de naissance, le fichier électoral élimine automatiquement le second nom. Aucune possibilité, donc, de faire voter deux fois Bakary ou Yacouba dans des bureaux différents. Du coup, et c’est une autre avancée majeure, le nombre d’électeurs a presque été divisé par deux, après élimination des doublons et des noms fictifs. Par exemple, entre 1992 et 2007, il a toujours été prétendu que le nombre d’électeurs du nord du Mali atteignait le chiffre faramineux de 500 000 alors que le nouveau fichier ne retient que 60 000…

Jusqu’à présent, les candidats fraudeurs faisaient fabriquer par des maires complaisants des cartes d’identité nationales correspondant aux noms de personnes décédées, mineures, en déplacement ou tout bonnement inexistantes; se présentant avec ces cartes d’identité providentielles, des mercenaires électoraux (l’expression ne manque pas de couleur, n’est-ce pas ?) votaient mille et une fois, multipliant  par vingt ou cinquante le score réel du candidat. Ce petit micmac ne marche plus car désormais, nul ne votera s’il ne possède pas une carte Nina conforme aux données du fichier électoral. Cette carte comporte l’empreinte et la photo de l’électeur et nul ne peut posséder deux cartes Nina.

En outre, sur l’extrait de fichier électoral qui sera affiché devant le bureau de vote, chaque votant verra sa photographie. Pas moyen pour Aminata de se faire passer, comme au bon vieux temps, pour Fatoumata !

Naguère, les partis les plus fortunés postaient  sous un arbre un bonhomme muni d’un sac rempli d’argent liquide. L’homme au sac, tel un chasseur de gibier, aborde l’électeur dans une rue proche du centre de vote, lui remet furtivement 1000 ou 2000 FCFA moyennant la promesse de voter pour tel candidat et de ramener, à titre de preuve, les bulletins de vote relatifs aux autres candidats. Ce joli marché tombe lui aussi dans le lac avec le nouveau dispositif électoral. Car l’électeur n’emportera pas dans l’isoloir plusieurs bulletins de candidats mais devra se contenter de cocher sur un bulletin unique le nom d’un des candidats qui y figure. En lui remettant 2000 FCFA, l’homme au sac resté déhors ne peut pas contrôler, à posteriori, pour quel candidat l’électeur a voté. Sans compter qu’il est devenu dangereux de se poster sous un arbre avec un sac par les temps qui courent: les forces armées du Mali et de la CEDEAO ont ordre de protéger les centres de vote; or ils risquent d’embarquer tout individu isolé muni d’un sac, de peur qu’il ne s’agisse d’un islamiste du MUJAO mijotant un attentat kamikaze…

En fait, l’une des rares façons de frauder lors des prochains scrutins consistera à arroser d’argent, de pagnes et de céréales lebon peuple lors de la campagne électorale. Cette méthode, on le sait, coûte les yeux de la tête mais ne garantit aucun résultat.Un chef de village ou un notable qui recevrait un sac de riz ou de mil pourrait très bien choisir, le jour du vote, de faire la grasse matinée, voire d’aller voter pour le candidat adverse !

Une deuxième façon de frauder consiste à vouloir trafiquer les fiches de résultat lors de leur transport vers le lieu de centralisation. Cette méthode, qui repose sur la complicité des préfets et des sous-préfets, va montrer ses limites cette fois-ci. En effet, copie des fiches sera donnée à du beau monde:  représentants des candidats, de la Cour constitutionnelle, de la CENI, des ONG, de l’Union européenne, de la CEDEAO et de l’ONU. Le préfet qui s’amuserait à les changer en cours de route a toutes les chances d’être confondu et, qui sait ?, de comparaître devant une cour d’assises pour faux et usage de faux. Enfin, l’ultime moyen de frauder consiste à tenter de corrompre les neuf juges de la Cour constitutionnelle, chargés de statuer sur la régularité du scrutin. Contre une telle tentative, nul ne peut rien mais il faut avoir l’étoffe de l’invoirien Paul Yao Ndré pour accepter, en tant que Malien, de trahir son pays et de le replonger dans la merde alors qu’il n’est pas encore sorti des griffes des jihadistes.

 

Quand voterons-nous ?

Selon le calendrier arrêté par le gouvernement, le collège électoral sera convoqué le 8 mai 2013. La date limite de dépôt des candidatures à la présidentielle est le 7 juin 2013. La campagne électorale présidentielle débute le 16 juin 2013.Le premier tour de la présidentielle se tiendra le 7 juillet. Le second tour de la présidentielle se tient le 21 juillet. Le 1er tour des législatives se tiendra le 8 septembre 2013 et le second tour des législatives le 29 septembre 2013. Le couplage des deux élections (présidentielle et législatives) est abandonné et le corps électoral est de 6,9 millions de Maliens.

 

Tiékorobani

Mali Web

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