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250 projets touristiques encore bloqués

«En 1978, l'Algérie disposait de 18 000 lits. 35 ans plus tard, elle dispose de la même capacité d'accueil dans les structures publiques.» Ce constat établi par le ministre du Tourisme et de l'Artisanat, Mohamed Benmeradi, témoigne de l'immense retard de l'Algérie dans le secteur touristique. Plusieurs diagnostics des failles du secteur touristique algérien ont ainsi été établis lors des 2es Assises du tourisme organisées hier à Alger. Experts et responsables politiques algériens ont essayé d'en identifier les défaillances et d'en évaluer le potentiel. Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a souligné, dans un message aux participants, que les atouts naturels dont dispose l'Algérie ne suffisent pas pour la relance du tourisme qui reste tributaire de notre capacité à transformer ce potentiel en produits touristiques de qualité. En effet, le problème réside non seulement dans le manque de vision des gouvernements passés, mais aussi dans les lenteurs administratives et le manque de financement qui empêchent les projets touristiques de voir le jour. Sur les 713 projets dans le secteur touristique ayant obtenu l'accord, soit l'équivalent de 82 000 lits et offrant 23 000 postes d'emploi, 405 sont en phase de construction (près de 60% d'avancement), 120 projets (12 000 lits et 6000 postes d'emploi) ont été arrêtés faute de financement et 130 projets (15 000 lits et 7000 postes d'emploi) sont encore à l'état embryonnaire, les travaux n'ayant pas été entamés à cause de l'absence des plans d'aménagement du territoire dans les zones d'expansion touristique (ZET). 98% de la surface des ZET inexploitée M. Benmeradi incombe les prolongations de délais au retard enregistré dans la préparation et l'agrément des plans d'aménagement touristique (PAT) ainsi que les schémas directeurs d'aménagement touristique de wilaya (Sdat-W). Le fait est, d'après lui, que 85% des projets touristiques en construction se trouvent en dehors des zones d'expansion touristiques et que pas moins de 98% de la surface foncière destinée à ces zones reste à ce jour inexploitée. Le ministre appelle à la révision et à l'amélioration des mécanismes de suivi et de financement des projets touristiques ainsi que l'allégement des lourdeurs administratives qui entravent la mise en ½uvre du plan consacré au tourisme. Il regrette que la plupart des agences de voyages se consacrent à «l'exportation des Algériens à l'étranger», notamment dans le cadre de la omra ou d'autres voyages organisés et que le foncier soit difficile d'accès. Parmi les autres freins qui empêchent ce secteur de retrouver ses lettres de noblesse figurent également l'absence de lisibilité, le déficit en marketing, l'absence d'un mode de financement adapté et le manque de qualification des ressources humaines. C'est surtout le délabrement des structures d'accueil qui constitue l'obstacle majeur pour le développement du tourisme en Algérie. «Quand bien même nous faisions du marketing pour la destinations Algérie et que nous n'avons pas les infrastructures pour accueillir les touristes, nous ne pourrions pas faire évoluer le secteur», souligne M. Benmeradi.En tout et pour tout, une enveloppe de 70,5 milliards de dinars (sous forme de crédits du Trésor public) a été allouée pour la réhabilitation et la modernisation des infrastructures publiques. Le montant des investissements privés dans les projets touristiques est de l'ordre de 220 milliards de dinars, dont 25% de fonds étrangers. Hadj Saïd, secrétaire d'Etat auprès du ministre du Tourisme, estime, pour sa part, que l'émergence des technologies de l'information exige des efforts supplémentaires et une vigilance accrue. «Aujourd'hui, explique-t-il, un touriste insatisfait, c'est 1 à 2 millions de touristes qui ne viendront pas, car lorsqu'un touriste publie une photo en temps réel de son séjour, la destination peut en subir un coût irrémédiable.» Aussi considère-t-il que la politique touristique de l'Algérie ne doit pas se faire dans la précipitation. «Devant notre profond désir de redorer le blason de l'Algérie, faut-il accélérer la cadence et prendre des raccourcis ?», s'interroge-t-il en insistant sur la nécessité de préserver les spécificités de l'Algérie. A en croire les prévisions du programme Afrique de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), les destinations du Moyen-Orient et de l'Afrique prendront le pas sur les destinations traditionnelles d'ici 2030. Le directeur régional du programme Afrique de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), Ousmane Ndiaye, table sur la réception de 85 millions de touristes en 2020 et 134 millions à l'horizon 2030 en Afrique, soulignant que la part de l'Afrique dans le tourisme mondial est actuellement de 5%, et passera à 6,3% en 2020 et 7,4 en 2030. Il a relevé que l'Afrique a, pour la première fois, dépassé la barre des 50 millions de visiteurs. «Le continent est passé de 49,2 millions de touristes en 2011 à 52,3 millions en 2012», s'est-il félicité, ajoutant que l'arrivée de touristes internationaux dans le monde avait atteint, en 2012, le chiffre de 1,035 milliard de personnes, soit une progression de 4% par rapport à 2011. L'emploi «judicieux» et la mise en valeur des immenses richesses naturelles de l'Algérie peuvent contribuer au développement «durable» de son tourisme. Encore faut-il ne pas rater les opportunités de développement du secteur pour faire barrage à la «dictature du gaz et du pétrole».

El Watan

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