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Souleymane Bachir Diagne sur grand oral «Le système éducatif ne permet pas l’éclosion de potentialités»

La question de la concertation nationale sur l'enseignement supérieur fut, entre autres thèmes soulevées, lors de votre émission Grand Oral. Recevant Souleymane Bachir Diagne, pilote des concertations de l'enseignement supérieur, Pape Allé Niang, en compagnie de son confrère Barka Bâ, est revenu sur cette question d'actualité qui fait couler encre et salive


Est-ce que le système éducatif sénégalais peut produire des Souleymane Bachir Diagne ?

Le système peut produire encore autant de personnalités et d'universitaires mais, c'est un vrai gâchis de savoir qu'on a un système qui ne permettra pas à des potentialités de s'éclore. Le cerveau humain est un trésor précieux pour qu'il soit gaspillé.
A qui la faute, l'Etat, la société ou le système?
Il y a un aspect structurel objectif, nous avons des infrastructures qui n'ont pas suivi la croissance démographique, au rythme de son développement. Nous avons subi notre démographie, sans avoir une politique de planification. Aujourd'hui, le système scolaire est plombé par notre poids démographique. A cela, s'ajoute la responsabilité des différents gouvernements qui n'ont pas été en mesure d'envisager des solutions, alors que nous sommes arrivés à un niveau où il faut répondre aux désarrois de la jeunesse, à cette question du gâchis que l'on ne peut plus permettre. En acceptant de conduire cette concertation, je me suis dit que le moment de vérité est arrivé, l'école est un secteur sensible, que cela ne doit être de tout repos, vu qu'on a affaire à des comportements irrationnels. Il faut faire que le système universitaire sénégalais soit à égal avec ceux des autres universités du monde.
La fuite des cerveaux ne constitue-t-elle pas un problème ?
J'étais en France mais, je suis revenu au Sénégal, tout en sachant que le pays avait plus besoin de moi. Je servais à quelque chose. Mais, suite à l'année blanche, ce sentiment m'avait quitté, le système était chaotique. Avec les grèves. Il n'est pas intéressant d'être à l'université, en parcourant les couloirs, sans rien faire.
Etes-vous satisfait des travaux de concertation ?
La finalité était de remobiliser la communauté sénégalaise, pas seulement celle de l'université car, elle appartient au peuple. Il fallait construire un consensus sur un certain nombre de mesures pour réorienter le système. Les participants sont d'accord sur les 78 recommandations, c'est un résultat considérable qu'il ne faut pas minimiser. Nous avons été au-delà de nos attentes. On ne peut pas réformer immédiatement. Le système d'enseignement supérieur est un système vivant, il faut lui restituer ses fonctions vitales, il faut qu'un esprit de réforme s'installe. Un système doit vouloir se réformer.
Le financement de l'enseignement supérieur constitue un point essentiel du débat, avez-vous réfléchi sur une solution ?
C'est un point essentiel, vu qu'un système doit être financé, pour qu'il ait des progrès. L'aspect financier occupe plus de la moitié du pré-rapport, il faut de nouveaux financements. A chaque fois que les problèmes se présentent, nous allons demander de l'argent à l'Etat, qui consacre 7% du Pib à l'éducation, dont le quart est pris par l'enseignement supérieur. Il ya un problème de justice et d'équité par rapport aux autres secteurs. Si nous voulons avoir une scolarisation universelle, l'Etat ne peut rester une pompe à finance, il faut faire participer les bénéficiaires de cet enseignement, de manière pas symbolique, comme les droits d'inscriptions mais, une véritable contribution qui fera une différence. L'équilibre demanderait 150 000 frs mais, nos réalités nous imposent relativiser.
On parle d'une privatisation de l'université ?
Tel n'est pas le cas, si le système public s'écroule, ceux qui ont les moyens de l'éviter iront mettre leurs enfants dans le privé. Le public sera alors pour ceux doivent se contenter d'un enseignement supérieur public qui ne sera pas un enseignement universitaire, et personne ne voudra de cela. Ainsi, il y aura une inégalité, l'enfant d'un ouvrier restera un ouvrier et l'enfant d'un cadre, un cadre.
Dans la réflexion, la fragmentation de l'université aboutira à une désagrégation de l'université, qu'en-est-il ?
L'Ucad croule sous son poids, ce qui l'empêche de viser plus haut du classement des universités, certains ont opté pour sa fragmentation. Mais, il n'est plus question de la fragmenter mais, de flexibilité.
Avez-vous l'espoir qu'après réflexion, l'Etat va prendre en charge l'enseignement supérieur ?
Oui, n'oublions pas que c'est le Président qui a pris l'initiative de mettre en place cette concertation. Les professeurs doivent aussi remplir leur contrat avec leurs étudiants.
La société sénégalaise est-elle dynamique ?
Nous somme une société de jeunes avec un comportement de vieux. Nous ne sommes pas une société de l'anticipation et de la projection, ce n'est pas inscrit dans nos gènes, mais nous n'avons pas cette culture de la prospective. Si l'on prend l'exemple de la concertation, nous avons eu du mal à ce que le mot avenir de l'enseignement supérieur soit le plus important. Chacun vient avec son choix, sans tenir compte de l'avenir de l'enseignement. La crise est la principale cause, elle nous fait voir l'avenir proche. L'élite doit donner cette culture de la projection.
Nous avons connu une alternance avec une implication des mouvements citoyens... ?
La lecture qu'il faut faire est le réveil de la conscience citoyenne, ce sur quoi on doit appuyer une véritable émergence. C'est pourquoi je pense que mes concitoyens savent prendre des décisions concrètes.

Fanta DIALLO
REWMI QUOTIDIEN

Rewmi

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