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Le président et le Poète

Par Ridha Ben Kacem

Moncef Marzouki, porteur d'un prénom pas particulièrement prémonitoire, nous menace en cas de dénigrement de Qatar. Ok M. le Président. Je suis prêt à respecter vos consignes à condition que vous éclairiez ma lanterne. Non, rassurez vous je ne vais pas parler de cet usurpateur de trône, qu'est votre ami, le prince du Qatar, ni de sa charmante et artificielle seconde épouse sur trois, la Cheikha Banana split, et encore moins des frasques de leur rejeton de 23 ans, proprio du Paris St Germain, grâce à l'argent du peuple qatari. Justement, je vais juste, me faire l'interprète de l'un des sujets qataris à qui l'on dénie le droit de parole et d'expression.

On dit, M. le Président de la République, que vous êtes un militant des droits de l'homme. Je vous pose, donc, la question : « Le nom de Mohamed Dhib Al-Ajmi vous dit-il quelque chose ? Non ? Je vous crois, M. le Président. En fait, je préfère croire que vous ne le connaissez pas. Parce que, tout simplement, je préfère croire que vous êtes ignorant, plutôt qu'inhumain ! Avouez que cela aurait été le comble que d'être inhumain, pour un supposé militant des droits de l'homme. Paradoxal ? Pas tant que ça si l'on introduit, comme circonstance atténuante, le facteur psychologique. En effet, on ne peut reprocher à un psychopathe de ne pas avoir toute sa raison.

Ah ! vous prétendez que vous êtes sain d'esprit et de corps ? Alors expliquez moi, M. le Président, et je vous promets que cela restera entre nous, pourquoi je ne trouve pas trace d'une condamnation, quelconque, de votre part, du sort réservé, par les autorités qataries, à M. Mohamed Dhib Al-Ajmi condamné à perpétuité, le 29 novembre, 2012, avant de voir sa peine communiée, en appel, à 15 ans de prison, le 25 février dernier ? Vous persistez à prétendre que vous ne connaissez pas Mohamed Dhib Al-Ajmi ? Je vous mets sur sa piste. Mohamed Dhib Al-Ajmi est le seul qatari qui a dit, haut et fort, tout le bien qu'il pense de la Révolution tunisienne. C'est même, d'ailleurs, pour cela qu'il croupit dans les geôles de votre grand ami, l'émir du Qatar, et de sa charmante épouse, le Régiment de Bananes attitré de son Altesse bien aimée de vous.

Vous persistez à croire, que le Grand Emir et sa charmante et, surtout, délicieuse épouse, remastérisée, à coup de bistouri, disent, aussi, du bien de la Tunisie ? Dans ce cas-là, M. le Président, nous ne devons pas avoir la même perception de la notion de « bien de la Tunisie ». Je ne considère pas, pour ma part, ces paroles prononcées récemment par la vendeuse de bananes comme très appropriées pour exprimer son amitié et sa considération envers notre pays. Pour ce qui est des célèbres paroles prononcée, à Tunis même, par l'Emir, en personne et selon lesquelles il s'était donné la peine de venir vous enseigner le protocole, l'étiquette et les bonnes manières. Je ne m'en offusque pas outre mesure, car quelque soit l'éducation de ce malotru, j'estime qu'il a, tout de même, sur vous l'avantage d'être au pouvoir depuis plus longtemps que vous. Ce qu'il vous a enseigné, vous n'avez pas tardé de le mettre en application en promettant potence et prison aux libres tunisiens. Bravo, M. le Président! La capacité de votre YIN de désapprendre, n'a d'égal, que la capacité de votre YANG, d'apprendre.

Pour revenir au cas de ce malheureux Mohamed Dhib Al-Ajmi, sachez, M. le Président, que c'est un grand poète qatari qui a été condamné par vos copains que vous défendez si bien, pour délit de parole et d'opinion et cela entre, si je ne m'abuse, dans le champ que vous prétendez être le votre, pas plus tard, que lors de votre scandaleux déplacement à Paris au frais de la princesse. Pour comprendre ce que je suis en train de vous dire, M. le Président, vous n'avez qu'à écouter la bande sonore qui accompagne ce texte, en cliquant, au bas de ce texte, sur le bouton Marche/Arrêt du lecteur média. Vous aurez droit à la voix même du poète Mohamed Dhib Al-Ajmi déclamant l'objet du délit. Et vous savez quoi, M. le Président, ce poème que vous allez écouter (Pour la première fois ?) porte le joli et prometteur titre de «Nous sommes tous la Tunisie»

Vous avez écouté, M. le Président, le poète qatari, «Nous sommes tous la Tunisie», chanter le printemps arabe ? Alors dites-moi M le Président, vous qui êtes écrivain, pourquoi vous ne vous êtes pas associé officiellement, à l’Union des écrivains tunisiens qui a accueilli « avec consternation » la nouvelle de la condamnation du poète qatari Mohamed Dhib Al-Ajmi, à cause de son poème intitulé «Nous sommes tous la Tunisie»,qui fait l’apologie de la Révolution de la Dignité dont nous sommes les déclencheurs et les précurseurs ? N'est-ce pas cette révolution qui vous a permis d'être au poste que vous occupez, aujourd'hui, à titre provisoire, cela va sans dire ?

Le témoignage de Michel Fournier, responsable de la région Moyen Orient-Afrique du nord à Amnesty France, réveillera-t-il votre conscience, M. le Président ? Michel Fournier pense que ce verdict contre un prisonnier d’opinion est disproportionné, et illustre la peur des autorités qataries, face à l’éventualité d’un printemps arabe dans le Golfe. Il écrit : « La phrase litigieuse était dite au nom de toutes les populations des pays du Golfe. Et donc, je pense qu'il s'agit d'un désir de reprise en main, c'est-à-dire qu'ils ne veulent absolument pas que le printemps arabe atteigne l'aridité de leur paysage politique et gagne leur pays. Ils ont peur. Parce que, une fois que la société civile se développe dans ces pays, elle pourrait les bouter dehors. Ils doivent y mettre un coup d'arrêt, pour perdurer indéfiniment, au mépris du bon sens et du sens de l'Histoire. Cette phrase incriminée, d'après la Déclaration universelle des droits de l'homme, est une opinion. On ne devrait pas être mis en prison pour un délit d'opinion, en particulier dans un pays comme le Qatar, qui héberge la chaîne Al-Jazeera et prétend être un défenseur de la liberté d'expression. Il l'est pour les autres, mais certainement pas pour lui, ni pour les autres pays du Golfe». Il ressemble à notre fameuse lampe de Bab M'nara qui n'éclaire que les étrangers. Ainsi, M. le Président, la sentence infligée à ce poète, confirme la volonté du régime autoritaire du Qatar, de verrouiller, un peu plus, toute forme de liberté. Vous n'y croyez, toujours, pas ? Peut-être votre initiation en la matière reste-t-elle à parfaire ?

Alors dites-moi, M. le Président, où étiez-vous lorsque l’Union des écrivains tunisiens a condamné cette injustice infligée au poète qatari et a invité « toutes les organisations arabes et mondiales, dédiées à la défense des droits de l’homme et à la liberté d’expression, à agir pour libérer ce créateur courageux et mettre fin à sa tragédie » ? Avez-vous entrepris quoi que ce soit à ce propos ? Si oui, quoi ? Pouvez-vous le préciser ? Sinon, pourquoi, M. le Président ? Et d'abord, en tant qu'écrivain, vous sentez-vous solidaire des décisions prises par l’Union des écrivains tunisiens, et engagé par son combat pour la dignité et les droits de l'homme ? Si c'est le cas, comment prétendez-vous défendre, encore, l'Emir du Qatar et son épouse mouillés, jusqu'au cou, dans cette sale affaire de maltraitance des droits de l'Homme au point de promettre des procès aux tunsiens qui le feraient ? Des procès à l'image de celui dont a été victime le poète qatari, Mohamed Dhib Al-Ajmi, M. le Président ?

Vous prétendez, toujours, ne pas connaitre Mohamed Dhib Al-Ajmi, M. le Président ? Vous connaissez, peut-être, son nom artistique Ibn Al-Dhib ? Rappelez-vous, le 29 novembre 2012, Ibn Al-Dhib est condamné à la prison à perpétuité, pour avoir conté dans son poème Koulouna Tounès (« Nous sommes tous la Tunisie »), le printemps arabe et y avoir critiqué le régime qatari. Koulouna Tounès, « Nous sommes tous la Tunisie face à une élite répressive », son dernier poème, retrace les heurs et malheurs du printemps arabe, dévoyé, pour des raisons mercantiles, par qui vous savez. Ibn Al-Dhib avait été jugé coupable d'hérésie par le tribunal des cheikhs en Djellaba. Des jallabas qui cachent en fait les desseins et les instincts les plus bas. On l'accuse d'avoir critiqué l'émir et fait l'éloge du printemps arabe, dont vous êtes un des produits, M. le Président ! Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, il VOUS défend. Et vous ne faites aucun geste pour SA défense, M. le Président !

Neuf poètes tunsiens, six hommes et trois femmes, ont constitué un comité pour la libération du poète Ibn Al-Dhib. M Jalloul Azzouna, président de la Ligue tunisienne des écrivains libres, en fait partie. Il a déclaré, à ce propos : « N'oubliez pas qu'Ibn Al-Dhib est poète, avant d'être prisonnier. Quand j'ai demandé à Ibn Al-Dhib, il y a deux années de cela, quel poète a-t-il aimé et le mieux fréquenté, histoire de trouver son "juste ton", il m'a donné, en guise de réponse, une première clef : c'est Rimbaud… Arthur Rimbaud à l'instant précis où son Bateau ivre a accosté, avec sa gueule de bois, dans le silence d'Aden, quand l'auteur des voyelles n'a plus rien dit. Pour moi, il est là, son vrai poème ! ».Vous connaissez Arthur Rimbaud, M. le Président ? Un poète qatari, influencé, sinon inspiré par Arthur Rimbaud, vous ne trouvez pas que cela mérite que l'on se décarcasse le cul, pour lui, M. le Président ?

Il est vraiment si dangereux que cela ce poète qatari, pour mériter de passer sa vie en prison ? Les poètes ont, pour habitude, de vivre dans leur monde secret. A-t-on jamais vu un poète renverser un ordre établi ? Dieu, lui-même, ne nous prévient-il pas, dans la sourate des poètes que « Quant aux poètes, seuls les égarés les suivent. Ne vois-tu pas qu'en tout val ils dérivent, et qu'ils disent ce que point, ils ne réalisent... ». Alors pourquoi Ibn Al-Dhib devient-il un exclu et un paria ? L'Emir du Qatar, votre copain, M. le Président, ne connait pas le texte sacré ? pourquoi a-t-il fait d'un poète qui chante la Révolution des justes, l'ennemi public numéro 1 ? Peut-être parce que, comme le dit Moncef Merzghani, « Ibn Al-Dhib est le dernier sû'-lûk ».

sû'-lûk signifie Brigand, M. le Président. Mais pas brigand au sens de voleur, comme le veut le sens du mot français. sû'-lûk, c'est, plutôt, le brigand héros qui vient en aide aux indigents. Oui, les Jean Valjean ne manquent pas, à notre époque moderne, M. le Président. Il leur appartiendra, toujours, de soulever la charrette à ceux qui ne peuvent se permettre de se faire, grassement, graisser la patte, par Al-Jazeera, pour dresser, partout, des potences à leurs compatriotes. L'Emir, lui, au moins, M. le Président, « n'a fait que jeter en prison »,Ibn Al-Dhib, sans lui dresser de potence pour le trucider, proprement, en le pendant, haut et court. Arrêtez votre cinéma, M. le Président, vous n'amusez plus que vous-même, et ce n'est, même plus, certain !

N'oubliez pas M. le Président, que dans votre pays, un homme est détenu en prison, depuis plusieurs mois, sans aucune raison et sans aucune cause, alors que par deux fois, la justice a ordonné sa remise en liberté ! Oui, M. le Président c'est ce que vous devez ajouter à votre CV, après avoir quitté vos fonctions. Vous indiquerez que vous étiez Président, lorsque ce pays ne respectait pas ses propres lois. Vous pouvez, même, formuler, ainsi, cette partie de votre vie : Contrairement au Qatar où un poète a été jeté, par la Justice, en prison, pour avoir osé parler de la Révolution de la Tunisie, j'étais, justement, Président de cette même Tunisie Révolutionnaire qui gardait, en prison, un homme contre l'avis de la Justice du pays. Cela fera de votre CV, le plus drôle et le plus saugrenu de la planète des hommes qui, n'en doutez pas, M. le Président, ne vous reconnaissent, déjà, plus le droit de prendre leur défense, ni, même de parler en leur nom. Je ne suis, même, pas sûr qu'ils vous reconnaissent, encore, le droit d'appartenir à leur espèce !

Par Ridha Ben Kacem le 14 avril 2013

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