SlateAfrique

mis à jour le

En Afrique du Sud, des prostituées thaïlandaises chassent le rhinocéros

Une enquête menée en Afrique du Sud et révélée le 22 juillet 2011 par l'hebdomadaire Mail & Guardian fait la lumière sur un vaste réseau qui braconnait des rhinocéros, une espèce protégée (mais dont la chasse, très réglementée, est autorisée), avec des permis de chasse tout ce qu'il y a de plus légal.

Mais dans le cas présent, le chef de la bande, Chemlong Lemtongthaim avait monté un réseau avec des connections jusqu’en Thaïlande, et utilisait même des prostituées lors de ces parties de chasse.

Il achetait d'abord des rhinocéros (vivants) par l’intermédiaire de Marnus Steyl, commerçant, qui lui-même en faisait l'acquisition au cours de ventes aux enchères ou auprès de propriétaires privés. Les animaux étaient ensuite acheminés vers un domaine appartenant à Steyl, dans le nord-est du pays, où ils pouvaient ensuite être chassés légalement après la période légale d’acclimatation.

«Une fois que les rhinocéros étaient établis dans la ferme de Steyl, ce dernier contactait Lemtongthai et lui indiquait le nombre d’animaux prêts à être "chassés"».

Il fallait ensuite trouver le nombre de chasseurs correspondant au nombre de rhinocéros sur place:

«Habituellement, ce sont des strip-teaseuses ou des prostituées thaïlandaises qui étaient contactés, à raison de 5.000 rands [un peu plus de 500 euros, ndlr] pour l’opération. Elles étaient d’ailleurs fournies par une femme recherchée en Thaïlande pour trafic d’êtres humains.»

Leurs passeports et empreintes digitales étaient ensuite utilisés pour leur constituer un permis de chasse et remplir toutes les formalités relatives à la Convention internationale pour le commerce des espèces menacées.

Une fois que les prostituées arrivaient dans la ferme aux rhinocéros, elles suivaient une «formation» dispensée par un chasseur professionnel:

«(le chasseur) leur montrait comment utiliser le fusil et les emmenait dans un endroit tranquille où elles pouvaient tirer une ou deux fois pour qu'elles puissent dire plus tard qu’elles avaient (déjà) fait feu.»

Un agent du North West Parks était ensuite convié à assister à la chasse, et enregistrer dans le registre professionnel des chasseurs le nombre d’animaux tués:

«Je crois qu’il touchait également des pots-de-vin pour être aussi coopératif», souligne le rapport de l’inspecteur de police.

La viande était ensuite revendue, puis la corne livrée à un taxidermiste pour qu’il la monte sur un bouclier et que le tout ressemble à un trophée de chasse:

«Le trophée était juste une couverture pour sortir la corne d’Afrique du Sud et l’acheminer jusqu’en Asie. Une fois là-bas, la corne était mise sur le marché noir, principalement pour la fabrication de médicaments.»

Le Mail & Guardian conclut:

«Au moins un quart des 222 rhinocéros tués en Afrique du Sud cette année l’ont été grâce à des permis de chasse délivrés par les autorités régionales.»

Lu sur le Mail & Guardian