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BANGUI LIBÉRÉE OU ASSIÉGÉE ?

La grande parade des éléments de la Séléka à travers les artères de la capitale banguissoise depuis le coup de force du 24 mars dernier, parade de vainqueurs qui s'effectue en grande pompe à bord de véhicules et de motos de particuliers arrachés de force, offre à la première observation un spectacle désolant d'une ville aux mains des envahisseurs.

Pourtant la Seleka, depuis le déclenchement des hostilités avec le régime de Bangui jusqu'à la chute de la capitale, avait toujours brandi comme l'un de ses principaux objectifs la libération du peuple centrafricain du joug dictatorial du président déchu François Bozizé. Et nombre de Centrafricains tout comme la communauté internationale et sous-régionale avaient adhéré à cette décision.

Mais depuis la prise de Bangui, c'est une autre réalité qui s'observe. Au lieu de libération promise c'est paradoxalement l'emprisonnement planifié : Bangui ressemble désormais à une prison sous haute sécurité, à l'intérieur de laquelle le peuple est devenu otage, victime de toutes sortes d'exactions criminelles impunies. Doit-on s'étonner de la réticence des gens de sortir de leur concession pour se rendre à leur lieu respectif de travail ? Doit-on condamner toute la démotivation qu'affichent les gens de respecter scrupuleusement le chronogramme de travail préétabli ? Doit-on enfin reprocher aux uns et autres leur volonté encline à rester cloitrés dans leur appartement quand des tirs à l'arme lourde ou automatique continuent de rythmer la cadence de vie de jour comme nuit à Bangui ? Que de nombreuses interrogations qui tirent leur origine du nouveau statut actuel de la ville de Bangui, transformée contre toute espérance en cage pour le Banguissois habitué à la liberté. Tous les ingrédients sont même déjà réunis pour donner à Bangui la nouvelle appellation de ville assiégée. Et ce n'était pourtant pas cela l'espérance de chaque citoyen, plus confus et surpris que rassuré par la nouvelle donne à laquelle il est obligé de s'accoutumer désormais. Les nouvelles autorités de Bangui continuent de promettre liberté et sécurité au peuple, promesse qui tarde toujours de se matérialiser dans les faits. Quand des domiciles ciblés de certains concitoyens continuent de subir des descentes musclées de quelques éléments incontrôlés de la Seleka, où des véhicules et des meubles sont emportés, l'on est loin d'admettre qu'un retour rapide à la normale se fasse tant que certaines forces militaires en présence comme les troupes françaises ne s'y investiront pas.

La situation est de nouveau préoccupante. L'impression qui se dégage est celle d'une autorité Seleka débordée et dépassée par ses propres hommes, qui ne semblent plus respecter les consignes et les mots d'ordre. Chaque élément agit à sa manière et selon ses intérêts personnels immédiats et égoïstes, devant une autorité rebelle visiblement sans stratégies conséquentes pour parer et mettre un terme aux dérives. La rébellion Seleka fonctionne-t-elle sans mesures disciplinaires répressives, pour ramener à l'ordre ses éléments au jour le jour incontrôlés ? Le devoir de ramener l'ordre et de traduire une véritable libération du peuple dans les faits incombes aux ''maîtres'' de la Seleka donc, qui n'ont plus droit à la légèreté parce que dirigeants d'un pays.
ô libération ! Que d'exaction, de pillages, de viols, de crimes l'on commet présentement en ton nom à Bangui.
De Bozizé à Djotodia : la rébellion comme recette miracle

L'avènement de la démocratie en Centrafrique au début des années 90 n'a en effet crée qu'une brève rupture avec la dictature du monopartisme et personnelle d'après l'indépendance. Exception faite pour la brève période de 1993 à 2003, caractérisée par une gouvernance démocratique, la République centrafricaine à très vite fait de renouer avec ses années sombres rythmées par les coups d'Etat à répétition et les dictatures personnelles. Une aubaine pour des pouvoiristes en mal de popularité.

François Bozizé Yangouvonda, candidat à la présidentielle de 1981, n'avait glané qu'un piètre résultat : 0,12 et le dernier des cinq candidats alors en lice. Il a ouvert son bal en organisant conjointement avec le président feu Patassé un putsch manqué, qui lui vaudra son premier exil. C'est cette obsession du pouvoir, parce que ne pouvant se légitimer par les urnes faute de popularité, il renverse le président Patassé démocratique élu en mars 2003. Au pouvoir, il se forge alors une popularité à coup de billet de banque et des alliances intertribales pour se faire élire démocratiquement en 2005 puis en 2011. De l'impopularité à la popularité acquise grâce à une accession au pouvoir selon des normes anti-démocratique, Bozizé espérait plus, en dépit des Accords de Libreville, se représenter en 2016.

Schéma identique pour sont tombeur Michel Djotodia Am-Nondroko. Candidat à plusieurs législatives dans la Vakaga sous le label du Mouvement démocratique pour le développement (MDD), sans grand succès et avec à chaque fois moins de 10%, le puissant chef rebelle patron de l'Union des Forces Démocratique pour le Rassemblement (UFDR) est aujourd'hui sans conteste le nouvel homme fort de Bangui, avec la bénédiction des armes.

Quand ceux qui pensent le monde avancement cette certitude qu'il n'ya jamais deux sans trois, la peur de voir ces tristes événements se reproduire maintenant de manière cyclique tous les dix ans crée la psychose. Et le risque de voir ce sentier détourné pour accéder au pouvoir faire école désormais en Centrafrique est grand. La rébellion comme recette miracle pour contourner le déficit de popularité et accéder à la magistrature suprême de l'Etat est donc aujourd'hui en passe d'être légitimée par des pouvoiristes en Centrafrique. Surtout quand on sait qu'actuellement les multiples rébellions en gestation constituent désormais un fond de commerce.

Il est reconnait par nombre de Banguissois aujourd'hui que grand nombre des Seleka qui font présentement les beaux temps de Djotodia étaient de l'effectif des ''libérateurs'' de François Bozizé en 2003. Rémunérés après la prise de Bangui, ils sont restés à mi-chemin du retour pour revenir sur Bangui, avec un nouveau ''maître'' Djotodia Michel. Une nouvelle fois récompenses, on le sait, ils reviendront avec un autre prétendant. Ainsi, le destin du pays semble scellé par des coups de force actionnés par des pouvoiristes en mal de popularité, incapables d'un triomphe par les urnes. Sur les six chefs d'Etat qui ont eu l'insigne honneur de diriger la République Centrafricaine, exception faite pour le président Patassé arrivé au pouvoir en 1993 à la suite d'élections, tout le reste n'ont pu accéder au Palais de la Renaissance qu'au terme d'un coup d'Etat ou d'une rébellion ainsi s'enchaine le destin d'un pays en crise de leadership politique. Pas un seul président après Boganda pour conduire à bien la destiné de la RCA. Après Bozizé en mars 2003, c'est aujourd'hui Djotodia en mars 2013. Et après Djotodia ?....
Carole Yétinzapa

Le Confident

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Bangui

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