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«Il faut aller vers plus d’ouverture du système politique en Algérie»

  - Vous avez effectué un séjour à Alger à la tête d'une délégation de parlementaires du groupe social-démocrate de l'UE. Quels étaient l'objet et l'objectif de cette visite ?   Oui, cette visite entre dans le cadre des activités du groupe parlementaire socialiste et démocrate, qui ½uvre au renforcement de la coopération avec les parlementaires algériens. Bien sûr avec les parlementaires du Front des forces socialistes, mais aussi avec d'autres collègues. Il y a beaucoup de questions d'intérêt commun que nous allons aborder. Au-delà de l'énergie et des questions sécuritaires, le développement de la démocratie représente une question importante pour nous. Nous avons de bons contacts avec les collègues en Egypte, en Tunisie et au Maroc, et notre objectif aujourd'hui est de renforcer la coopération entre les parlementaires ici à Bruxelles et les collègues en Algérie.   - Vous avez participé en 1998 à une visite avec le groupe parlementaire socialiste en Algérie. Vous aviez, à l'époque, présenté, en tant que porte-parole de cette délégation, un plan de développement des relations entre l'UE et l'Algérie avec comme impératif l'accroissement de la transparence du système politique algérien. Pensez-vous que la situation ait changé depuis ?   Je crois que oui, mais dans un certain sens ce n'est pas assez. Bien sûr, nous enregistrons un progrès, il y a plus de contacts avec le gouvernement, mais il est important de renforcer l'ouverture et la transparence dans le système politique. Il faut impérativement trouver des réponses aux attentes des jeunes, notamment sur le plan de l'emploi. Il reste encore beaucoup de choses à faire en Algérie, et même en Europe pour résoudre le problème du chômage. Mais il faut absolument continuer à aller vers plus d'ouverture du système politique en Algérie.   - L'Algérie est aujourd'hui en phase de négociation pour l'adhésion au mécanisme de politique européenne de voisinage. Que peut apporter un tel mécanisme à la démocratisation des pays adhérents ?   Le développement économique et social est la condition primordiale pour renforcer la démocratisation en Algérie et même ailleurs. L'intérêt de la politique européenne de voisinage est qu'elle permet d'ouvrir le marché européen aux investissements et aux échanges et pas seulement dans le domaine énergétique. Il faut penser à l'après-pétrole et c'est ensemble que nous allons construire cet après-pétrole. Bien entendu, il existe une forte connexion entre le développement économique et social avec la démocratisation. Pour se faire, il faut qu'il y ait en Algérie une réelle volonté de répondre de manière plus efficace aux attentes du peuple algérien, surtout les jeunes qui veulent en finir avec le chômage. Il est clair que la situation en Algérie est différente de celle de l'Egypte. Il faut peut-être montrer qu'avec des pas plus lents et avec plus de calme, on peut aussi trouver des solutions et arriver à rétablir la confiance entre le politique et les citoyens, surtout les jeunes.   - La rive sud de la Méditerranée a connu des bouleversements heureux pour certains pays et pas pour d'autres. Quel est votre regard sur ce qu'on appelle le «Printemps arabe» ?   Ce qui s'est passé en Egypte, en Tunisie et en Syrie sont le résultat d'une gestion très fermée et autoritaire de la vie politique dans ces pays. En optant pour la révolution, c'était pour les peuples la seule chance de changer le système. Il est toutefois normal de constater que la démocratie ne se décrète pas d'un coup, il s'agit d'un processus, dont il faut suivre chaque pas. Nous avons d'ailleurs eu à voir se produire des conflits même après la chute des dictateurs. C'est pourquoi nous regardons avec beaucoup d'intérêt la situation en Algérie. Si la politique en Algérie peut trouver une autre voie, une voie vers une démocratisation et une ouverture plus pacifique, ça ne peut que nous réjouir. Il est clair qu'on ne peut pas avoir le même regard sur l'Egypte, la Tunisie, le Maroc ou l'Algérie. Les situations sont différentes, chaque peuple trouve sa voie adaptée aux conditions de chaque pays.   - L'UE connaît des crises successives poussant même certains à prédire sa dissolution ou même l'annulation de la monnaie unique. Qu'en est-il ? Et comment convaincre les peuples de continuer à croire en l'UE ?   Il est vrai que l'UE passe par une crise importante, il est impératif pour nous de trouver des mesures concrètes pour la création de plus d'emplois et une meilleure croissance économique. Et c'est là une critique qu'on fait à la Commission européenne et envers quelques chefs d'Etat et de gouvernement. Nous estimons, au niveau de notre famille politique, que sans une rupture réelle et un changement de politique, on ne peut pas convaincre les peuples d'Europe de soutenir l'UE. Si pour le moment l'euro n'est pas en danger, la situation économique, sociale et politique dans certains pays comme l'Espagne et le Portugal n'est pas très bonne. Le groupe social-démocrate au Parlement de l'UE opte pour un changement de politique de gestion de l'UE, seule chance pour soutenir l'Europe, sinon c'est le pire qui nous menace, c'est-à-dire la dissolution de l'UE. Nous soutenons aussi un renforcement des rapports de l'UE avec les régions de notre voisinage, mais aussi avec les Etats-Unis, la Russie, etc. Défendre l'Europe, c'est avoir sa place dans l'ordre mondial. Et on ne peut pas avoir une forte politique étrangère si nous avons une faiblesse à l'intérieur de l'Union. Nous luttons donc aujourd'hui pour une meilleure croissance économique mais aussi pour avoir un rôle plus important dans le monde.   - On parle souvent de coopération Nord-Sud et d'intégration régionale, mais on a tendance à oublier que ce sont les peuples qui construisent les passerelles entre les deux rives. La libre circulation des personnes fait malheureusement défaut. Peut-on être amis, si l'on continue à percevoir les populations du Sud comme un danger ?   Vous avez raison, et c'est justement un des objectifs de notre visite et des discussions à Alger. Nous comptons d'ailleurs après notre départ organiser une rencontre à l'Union sur la question de l'immigration, l'intégration et la citoyenneté. Il est important de souligner que les liens entre les populations des deux rives de la Méditerranée remontent à des siècles lointains. A l'époque déjà, des Grecs, des Romains, de l'islam dans la région, et durant l'empire ottoman, il y a toujours eu une relation très forte entre les deux rives de la Méditerranée. Seulement, après la Deuxième Guerre mondiale et à la fin des colonisations, des frontières et des clivages se sont de plus en plus installés entre le Sud et le Nord. Nous devons changer, en Europe, notre attitude envers l'immigré du Sud et envers l'islam. Nous travaillons au niveau du groupe parlementaire social-démocrate à casser les préjugés et toute forme d'intolérance envers les immigrés. Encore une fois, nous sommes pour le renforcement de la coopération entre le Sud et le Nord, surtout avec l'Algérie, afin de réduire les clivages et les différences qui nous séparent et arriver à établir une véritable Union pour la Méditerranée (UPM). Pour le moment, il s'agit d'une union pour quelques parlementaires mais pas encore celle des peuples. Nous la voulons une union des peuples.   - On dit de l'UPM que c'est un projet mort-né. Il y a eu une tentative du Parlement européen de le réactiver. Pensez-vous que c'est un projet qui a encore de l'avenir ?   S'il reste au niveau du Parlement européen ou du groupe, ça ne suffit pas. Mais il faut commencer par ce type de rencontres et arriver à l'élargir aux citoyens. Inviter les citoyens des deux rives pour des visites, des voyages, des échanges entre étudiants. Il faut vraiment élargir cette coopération aux peuples.   - On parle de remous à l'Internationale socialiste, qu'en est-il réellement ?   A l'IS la situation est quelque peu difficile, mais nous sommes arrivés à trouver une solution pour le renforcement de l'organisation, et ce, en l'ouvrant à une plus forte coopération, pas seulement avec les partis socialistes, mais avec les ONG progressistes. Nous avons ouvert un débat en Europe, sur l'élargissement de l'IS aux activistes socialistes et progressistes. Nous devons inviter les ONG qui défendent les idées d'une justice sociale et soutiennent le progrès économique et social.   - Ne pensez-vous pas que ces dernières années, l'IS s'est quelque peu compromise en acceptant l'adhésion de partis-Etats honnis par les populations sous régimes autoritaires ?   Oui, mais nous avons plus ou moins réduit ou écarté les partis soutenant les dictatures. Pour moi, il est absolument important d'être très fermes et soutenir les partis démocratiques. Bien sûr qu'il faut coopérer avec les autres groupes qui sont peut-être «ambigus», mais il faut se concentrer sur les partis démocratiques et être très clairs concernant les exigences de défense des idées démocratiques.

El Watan

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