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L'Ouganda bloque l'accès à Facebook et Twitter

Sur le modèle des révolutions arabes et des mesures de contrôle grossières prises par les gouvernements dictatoriaux, les dirigeants ougandais ont souhaité museler Internet et les réseaux sociaux, Facebook et Twitter en tête, qui déstabilisent l’opinion et alimentent la révolte populaire.

Le vendredi 15 avril 2011, la presse ougandaise a révélé l’envoi par la Commission des communications en Ouganda (UCC) d’une lettre adressée aux opérateurs de télécoms leur imposant de bloquer l’accès aux deux sites, au risque de dresser, plus directement, l’opinion publique contre le gouvernement. Cette lettre injonctive dit en substance:

«Il est donc attendu de vous que vous bloquiez l’accès à Facebook et Twitter pendant 24 heures à partir de maintenant, c'est-à-dire: le 14 avril 2011 à 15h30, pour mettre fin à la connexion et au partage d’informations qui incitent la population à manifester.»

Le directeur exécutif de la Commission des communications, Godfrey Mutabazi déclare le 19 avril 2011 assumer le blocage des réseaux sociaux s’ils étaient utilisés pour fomenter des troubles ou nuire à l’ordre public.

Depuis les élections présidentielles de février 2011, l’Ouganda perd peu à peu son équilibre économique à l’ossature initialement fragile. On constate une recrudescence des manifestations dans les rues de Kampala, suivies de heurts avec les forces de l’ordre et de pertes civiles (quatre morts au cours de la semaine du 15 avril).

Les manifestants pacifiques, qui organisent ces «Walks to Work» (se rendre au travail à pied), protestent contre l’augmentation du prix du carburant et contre la vie chère en général. Alors que les protestations montent en puissance et que les forces de polices redoublent de brutalité et n’hésitent pas à utiliser des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc contre la population, le mouvement commence à s’étendre à d’autres villes, comme au nord à Gulu, ou à l’Est, dans les villes de Mbale et Sironko.

Au cours du mois de mars et selon les chiffres de la Banque mondiale, l’inflation et les prix du carburant ont doublé, tandis que le coût des denrées alimentaires a triplé. Ces symptômes d’une économie qui progressivement s’étouffe et se renferme sur elle-même n’affectent pas seulement l’Ouganda, mais ravagent toute l’Afrique de l’Est. Pendant ce temps, le gouvernement tente de réduire l’impact médiatique de ces protestations populaires en prétextant de s'aligner sur les cours mondiaux du pétrole et des matières premières.

Ce déséquilibre entre réalité et communication officielle a idéalement servi aux partis d’opposition en manque d'écoute. L’un des leaders de l’opposition, le colonel Kizza Besigye, à la tête du Forum pour le changement démocratique (FDC), avait été arrêté ce lundi 18 avril 2011 —pour la deuxième fois en une semaine. Au total, c’est près de 30 membres de l’opposition qui ont été arrêtés alors qu’ils tentaient de participer à la manifestation.

Lu sur Global Voices, allAfrica.com