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Le Capitaine Amadou Sanogo: «J’ai sauvé le Mali»

Beaucoup de gens pensent que le leader de facto du Mali, le capitaine Amadou Sanogo a plongé le pays dans une crise profonde en perpétrant un coup d'Etat il ya un an. Cependant le capitaine Sanogo, lui-même, ne voit pas les choses de cette façon. Dans une interview accordée à SPIEGEL il affirme avoir aidé un malade, l'ancien régime, à mourir en marquant le début d’un nouveau départ.

 

Le capitaine Amadou Sanogo affirme être juste un simple soldat. Mais officieusement, le capitaine âgé de 40 ans est l'homme fort du Mali depuis le coup d’Etat qui a renversé le gouvernement du président Amadou Toumani Touré en fin mars l’année dernière. Il avait également suspendu la constitution avant de remettre le pouvoir à un gouvernement de transition sous la pression internationale, mais il reste le leader de facto du Mali.

 

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Dans les semaines qui ont suivi le coup d'État, des islamistes ont le pris le contrôle du nord du Mali. Le pays autrefois instable mais toujours démocratique est désormais en danger de devenir la prochaine Somalie. Malgré cela, Sanogo affirme à SPIEGEL avoir sauvé le pays.

 
SPIEGEL: M. Sanogo, regrettez-vous d'avoir plongé votre pays dans le chaos avec le coup d’Etat perpétré il ya un an?

Sanogo: Qu’est-ce que vous racontez? J’ai sauvé le pays! Nous étions au bord de la ruine à l’époque.

SPIEGEL: Mais c’est seulement après que vous ayez pris le pouvoir que les islamistes ont mis en place un régime de terreur dans le nord et instauré la charia. Cela ne saurait être votre objectif, n'est-ce pas?

Sanogo: L’armée malienne avait déjà été défaite par les rebelles touaregs avant cela, c’est pourquoi je suis intervenu. Cette armée est un désastre, complètement pathétique. Elle manque d’équipement, elle est mal formée et corrompue. Nous avons des officiers qui n'ont jamais été à l'école. Un simple soldat blessé peut mourir dans la rue sans que personne ne lui vienne en aide, alors que le fils d’un général est transporté en Allemagne et soigné dans un hôpital de première classe juste pour avoir un mal de tête.

SPIEGEL: Vous avez, vous-même, été formé aux États-Unis.

Sanogo: J’ai fait à une école d’infanterie, des diverses formations militaires et travaillé comme interprète. L’Amérique est un grand pays avec une armée formidable. J’ai essayé de mettre en pratique ici toutes les choses que j’ai apprises là-bas.

SPIEGEL: Comment votre coup d'Etat s'accorde avec ça?

Sanogo: Coup d'Etat; ce n’est pas un joli mot. Je préfère dire que j’ai fait une opération médicale nécessaire. L’ancien président, Amadou Toumani Touré, ne savait pas que le pays était malade et avait besoin d’être soigné. Mais un patient qui refuse de prendre des médicaments va mourir. Et c’est ce qui s’est passé au Mali. L’ancien régime était malade et maintenant il est mort. J’ai l'aidé à mourir plus rapidement afin de marquer un nouveau départ possible.

SPIEGEL: De quelle maladie souffrait-il?

Sanogo: Le président Touré n’était pas un démocrate. Il était déjà clair avant les élections qu’il allait être président, et il a truqué les élections. Dans quel pays se fait ce genre de pratique dans le monde? Je l'ai alors renversé et nommé un président de transition, et maintenant nous attendons des véritables élections démocratiques.

SPIEGEL: Ce n’est pas tout à fait vrai. Bien que le taux de participation ait été faible, les observateurs ont conclu qu’il s’agissait d’une élection juste. Mais, s’il vous plaît, expliquez nous ceci: Comment fonctionne exactement un coup d’Etat?

Sanogo: Je ne vous le dirai pas. Peut-être que j'en parlerai plus tard, mais tout ce que je peux vous dire maintenant, c’est que chaque coup d'État est différent et qu'il n’existe aucune formule sûre.

SPIEGEL: Pourtant, vous n’avez pas réussi à libérer le nord des islamistes, et c'est pour cette raison que les troupes françaises sont en intervention au Mali depuis deux mois et demi, et maintenant l’armée allemande va également former les soldats maliens.

Sanogo: Les Français sont les bienvenus, tout comme les Allemands.

SPIEGEL: Cela n’a pas toujours été votre position.

Sanogo: Vous ne devez pas croire les médias. Je suis content de l'intervention étrangère, et ça ne me dérange pas qu’elle soit de l’ancienne puissance coloniale. La chose la plus importante est que les islamistes ont été chassés. Nous n’aurions jamais pu le faire tout seul.

SPIEGEL: Quel danger les islamistes présentent-ils pour le Mali et toute la région?

Sanogo: Un vrai danger. Ces gars sont venus de tous les pays pour établir une base ici. Ils voulaient utiliser le Mali pour préparer sereinement des attaques sur l’Europe. C’est pourquoi la lutte contre le terrorisme est une question internationale, et pas seulement un problème malien.

SPIEGEL: Les islamistes se sont retirés des villes du nord pour aller dans le désert. Combien de temps durera le conflit?

Sanogo: Le conflit est loin d’être terminé, ce qui explique pourquoi les troupes étrangères doivent rester dans le pays. S'ils se retirent, tout va recommencer à zéro. Notre armée n’est pas capable de contrôler ce vaste espace sans appui étranger. Et les troupes de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ne peuvent pas le faire toutes seules non plus.

SPIEGEL: Le nord a été une zone instable pendant des décennies.

Sanogo: Il est vrai que les Touaregs se rebellent constamment. Ils l’ont fait dans les années 1960, en 1990 et en 2007. Mais cette fois, une nouvelle forme de terrorisme a été ajoutée au mélange. Surtout, les islamistes disposaient d'armes et de beaucoup d’argent. Ces armes et cet argent ne viennent certainement pas du Mali, mais de l’étranger. Nous sommes préoccupés qu’il ne y ait des cellules dormantes qui se soient retirés vers des pays comme le Niger et n’attendent que pour frapper à nouveau.

SPIEGEL: Voyez-vous de différence entre les Touaregs et les terroristes?

Sanogo: Si un Touareg rejoint un groupe islamiste, il est terroriste. C’est aussi simple que cela.

SPIEGEL: Un nouveau président sera élu en juillet. Accepterez-vous le vainqueur, ou pourrait-il y avoir un autre coup d’Etat?

Sanogo: Si les élections se déroulent correctement, je resterai en dehors de celles-ci.

SPIEGEL: Vous ne vous présenterez pas aux élections?

Sanogo: Je n’ai pas d’ambitions politiques, et je ne me présenterai pas aux élections. Mais si je le faisais, j'aurais une bonne chance de gagner, parce que je suis très populaire auprès des populations.

SPIEGEL: M. Sanogo, je vous remercie pour cette interview.

Interview réalisée par Thilo Thielke

 

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