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Diamond paperweight 8-24-09 3 by stevendepolo via Flickr CC
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Rififi autour du diamant zimbabwéen

L'exploitation des gisements de diamants au Zimbabwe soulève la controverse entre certains pays africains et des diamantaires internationaux.

D’Anvers à New York en passant par Tel Aviv ou Dubaï, l’affaire provoque spéculations et zizanie dans le monde très cossu et discret des diamantaires. La polémique concerne les diamants extraits du sous-sol zimbabwéen. Leur commercialisation est normalement interdite depuis 2008 mais plusieurs Etats africains, dont l’Afrique du Sud, en réclament désormais le retour sur le marché. Pour mémoire, c’est le Processus de Kimberley, un système de certification des pierres précieuses dont l’objectif est de lutter contre les «diamants du sang», qui a placé la production du pays de Mugabe sous embargo.

Une décision prise après que des organisations de défense des droits de la personne humaine eurent dénoncé les exactions commises par l’armée zimbabwéenne autour des gisements de Marange dans l’Est du pays. En 2008, cette dernière investissait la zone de production pour en déloger les mineurs par la force et les remplacer par des civils contraints d’y travailler. Bilan: plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés et de déplacés sans parler des disparus et des personnes torturées.

Pour autant, cet embargo n’a pas empêché Harare de continuer à extraire des gemmes et à octroyer des licences aux compagnies minières étrangères. Selon les estimations les plus fréquentes, le Zimbabwe aurait constitué un stock de 2 milliards de dollars (1,378 milliard d'euros) en diamants. Un magot qui attise les convoitises et fait saliver tout ce que le monde des lapidaires et des grands bijoutiers compte comme aventuriers et intermédiaires.

Levée de boucliers

L’affaire a connu un rebondissement majeur en janvier 2011 lorsque le Congolais Mathieu Yamba, président en titre du Processus de Kimberley, a annoncé que le bannissement du Zimbabwe était levé, ce dernier n’ayant plus rien à se reprocher en matière de respect des droits des mineurs dans la région de Marange. Coup de sang immédiat des Etats-Unis, de l’Union européenne mais aussi de l’Australie et d’Israël qui ont dénoncé une décision «unilatérale» alors que le consensus à 100% est l’une des règles de fonctionnement du Processus de Kimberley. Pour Elly Harrowell, responsable du suivi du commerce des diamants auprès de l’ONG Global Witness, cette décision de Yamba «est pour le moins étonnante au regard de la réalité de la situation» autour des mines de Marange.

Bien décidés à empêcher Mugabe de profiter d’une manne inespérée, les Etats-Unis ont mis en garde tout acheteur de diamant zimbabwéen et ont annoncé qu’ils publieraient la liste de tous ceux qui ne respecteraient pas cette mise en garde. De son côté, l’Union européenne appelle à une réunion d’urgence des membres du Processus de Kimberley dont il faut préciser que la présidence est tournante. Quant au Conseil mondial du diamant, il déconseille fortement à ses membres d’acquérir des diamants du Zimbabwe.

Lobbying sud-africain

Mais c’était sans compter sans l’Afrique du Sud dont la ministre des Mines, Susan Shabangu, vient de déclarer à Dubaï, en marge de la conférence de la Fédération mondiale des Bourses de diamants, que «l’embargo est injuste» et qu’il pénalise le Zimbabwe. Et d’estimer que rien ne s’oppose à la commercialisation des gemmes de Marange. Voilà plusieurs mois que Pretoria fait discrètement pression pour que le régime de Harare puisse commercialiser ses diamants et obtenir des devises fortes dont il a cruellement besoin. Cela éviterait une plus forte déstabilisation du Zimbabwe et réduirait la pression migratoire à destination de l’Afrique du Sud.

Susan Shabangu a beau jeu de feindre l’étonnement vis-à-vis de la position de l’Europe et des Etats-Unis, lesquels pourraient être mus par d’autres considérations. Interrogé à ce sujet par SlateAfrique, un négociant basé à Anvers explique que les motivations des partisans de l’embargo ne sont pas uniquement liées à des questions de droits de l’Homme:

«Si Mugabe vend tout son stock d’un seul coup, les cours peuvent s’effondrer. Le retour du diamant du Zimbabwe sur le marché doit être progressif mais cela signifie que les Etats-Unis et l’Europe doivent négocier un compromis.»

Mais Robert Mugabe a d’autres alliés que l’Afrique du Sud. Sur les cinq compagnies minières étrangères qui exploitent les gisements de Marange, deux sont chinoises et ne cachent pas leur exaspération. L’une d’elles, le groupe Anjin, qui détient la plus grosse partie du stock constitué, piaffe d’impatience pour pouvoir exporter ses pierres. Pour l’heure, elle s’abstient de violer l’embargo mais la décision, même contestée, de Mathieu Yamba lui offre la possibilité légale d’effectuer ses premières ventes. En attendant, le régime de Mugabe est obligé d'être aux petits soins avec ces opérateurs. Contrairement à d’autres mines où Mugabe a décidé d’imposer une nationalisation plus ou moins totale d’ici six mois, les gisements de diamants détenus par des compagnies étrangères ne sont pas concernés par cette législation. Du moins, pour le moment…

Akram Belkaïd

 

Sur les exploitations minières en Afrique, lire aussi:

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Akram Belkaïd

Akram Belkaïd, journaliste indépendant, travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Prépare un ouvrage sur le pétrole de l'Alberta (Carnets Nord). Dernier livre paru, Etre arabe aujourd'hui (Ed Carnets Nord), 2011.

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