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Kenya - Le Royaume-Uni accusé par d'anciens colonisés

La récente décision de la Cour suprême britannique d’ouvrir une enquête sur des exactions qu’auraient commises les forces armées nationales au Kenya, au cours des années précédant l’indépendance (1963), prouve que le colonisateur ne s'en tire pas toujours à bon compte vis-à-vis du colonisé.

Le site d’information BBC News UK revient sur le combat de quatre Kényans qui ont décidé d’obtenir réparation pour les préjudices provoqués par leurs anciens colonisateurs:

«Quatre hommes âgés d’origine kényane ont eu l’autorisation de poursuivre en justice le ministère des Affaires étrangères pour les tortures prétendument commises par les autorités coloniales britanniques, il y a cinquante ans. La Cour suprême considère que les plaignants pourraient bénéficier de dommages et intérêts pour les traitements subis pendant les années 50 et 60. Le juge McCombe a déclaré que l’affaire était à débattre et qu’il serait "déshonorant" de ne pas donner suite aux poursuites.»

Un procès aura lieu en 2012, au cours duquel les autorités britanniques devront notamment répondre d’accusations liées à des actes de tortures, agressions sexuelles, crimes et violences. L’action judiciaire demeure toutefois liée à l’examen de documents officiels retrouvés dans les archives du ministère britannique des Affaires étrangères.

«Certains des documents impliquent des agents britanniques coloniaux dans des atrocités et des actes d’abus dans les camps de détention mis en place pour écraser le soulèvement antérieur à l’indépendance.»

David Anderson, professeur à l’université d’Oxford, salue cette décision qui selon lui est une véritable déclaration de principe:

«Le ressentiment du Kenya envers l’incapacité du Royaume-Uni à reconnaître ses erreurs dure depuis des années. Beaucoup de Kényans se sentiront soulagés d’un poids à l’issue de ce jugement.

Il y a également une implication pour le passé de l’empire colonial britannique. En tant que nation, nous n’avons pas vraiment fait face à cette part de notre histoire et je pense que ce procès permettra de restaurer notre réputation dans nos anciennes colonies.»

La répression du gouvernement britannique avait débuté en 1952 lors du soulèvement des Mau Mau, lequel a duré jusqu’en 1960, soit 3 ans avant l’indépendance. Selon la Commission kényane des droits de l'homme, 90.000 Kényans auraient été exécutés, torturés ou mutilés durant cette période.

Selon Martyn Day, l’un des avocats des plaignants:

«Il y a 50 ans, nos clients ont souffert de terribles tortures entre les mains du régime colonial britannique. Castration, sévices, coups, ne représentent qu’une partie de ce qu’ils ont enduré alors que les Britanniques voulaient empêcher la progression du mouvement d’indépendance kényane. Ils veulent la justice, une reconnaissance et un dédommagement qui pourraient leur apporter la paix pour leurs dernières années.»

Lu sur BBC News UK