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Le développement vu par le trou de la cuvette

En France, il y a des femmes qui voudraient être des hommes, pour pouvoir se soulager sans passer par la case toilettes. A Madagascar, il y a des hommes qui voudraient être à la place de ces femmes, pour pouvoir uriner à l’abri des regards indiscrets.

C’est cette inégalité de développement que pointe du doigt le célèbre chroniqueur malgache Vanf, du quotidien national L’Express de Madagascar. Ici, il déplore le fait que certains jeunes Malgaches ne connaissent toujours pas l’usage des sanitaires… alors que les premières latrines sont apparues 2.600 ans av J.-C.

Mais cela ne vient pas d’un manque de savoir-vivre de leur part, plutôt du fait que la présence de toilettes n'est pas systématique à l’école, et encore moins à la campagne. Alors, comme à son habitude, le journaliste aiguise sa plume pour dénoncer les carences de l’île rouge:

«L'indicateur de développement humain (IDH) le plus parlant me semble cette réalité glauque de la scatologie. Selon comment tu défèques, tu appartiens [aux pays de] l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), ou aux pays les moins avancés (PMA)», écrit-il dans sa chronique du 21 juillet 2011.

L'IDH est une moyenne développée par les Nations unies à partir des niveaux de vie des habitants, de leur espérance de vie et de leur niveau d’éducation. Et effectivement, si l'on se fie à cet indice, Madagascar est classée 145e sur 182 pays.

Le manque de toilettes est d'ailleurs un problème déjà soulevé par l'ONU, qui l'a qualifié de «crise sanitaire» lorsqu'ont été définis, en 2000, les Objectifs millénaires de développements (OMD).

Onze ans après, les progrès en matière d’accès et d’assainissement des toilettes se font toujours attendre. 40% de la population mondiale serait toujours privée de lieux d'aisance. Une campagne pour sensibiliser les pouvoirs publics a été lancée le 21 juin dernier, intitulée «L’assainissement durable: campagne quinquennale jusqu’en 2015».

«L'assainissement est un problème sensible. C'est un sujet impopulaire. Peut-être que cela explique pourquoi la crise de l'assainissement n'a pas trouvé de réponses adéquates. Cela doit changer», a expliqué le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon.

Lu sur L'Express de Madagascar