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Violence et corruption: l'étoile de l'Afrique du Sud commence à pâlir

Tuerie de Marikana, affaire Pistorius, soupçons de corruption: l'image de l'Afrique du Sud, traditionnellement positive depuis la fin de l'apartheid, commence à se détériorer sérieusement, comme l'admettent plusieurs acteurs du monde économique qui craignent les conséquences sur l'investissement.

Passée il y a vingt ans du statut d'Etat paria raciste à celui de phare de la démocratie multiraciale avec la fin de l'apartheid, la "Nation arc-en-ciel" a souvent fait la une de l'actualité mondiale ces derniers mois pour de mauvaises raisons.

En août 2012, 34 mineurs en grève ont été abattus par la police dans la région de Rustenburg (nord). Les grèves sauvages dans les mines, parfois accompagnées de règlements de compte sanglants, ont duré trois mois.

Ces événements, qui ont bouleversé le pays, n'ont pourtant pas ébranlé le président Jacob Zuma, reconduit en décembre à la tête de l'ANC, le parti au pouvoir aujourd'hui cible de critiques de plus en plus vives sur sa mauvaise gestion, son clientélisme et sa corruption supposés.

En février, c'est Oscar Pistorius qui a offert une mauvaise page de publicité inattendue à son pays. Héros des jeux Olympiques de Londres 2012, le champion handisport a été sous le feu des projecteurs pendant des jours, pour avoir tué sa petite amie. L'occasion pour les médias du monde entier de rappeler que l'Afrique du Sud est un pays gangrené par la violence.

Quelques jours plus tard, la brutalité et l'amateurisme de la police nationale revenaient sur le devant de la scène avec la mort d'un chauffeur de taxi mozambicain, traîné menotté derrière un fourgon de police pour avoir eu le tort de s'être mal garé.

"La réputation de l'Afrique du Sud qui semblait intouchable commence à faiblir", constate Dion Chang, fondateur du cabinet de consultant Flux Trends. "La mort du (chauffeur de) taxi mozambicain aux mains de la police évoque une brutalité digne de l'apartheid, et Oscar Pistorius a infligé la plus dure forme de publicité involontaire", admet-il.

Même les autorités concèdent que ces traits négatifs éclipsent les atouts du pays, ses richesses touristiques, ses parcs animaliers, ou le souvenir joyeux du Mondial de football 2010.

"A court terme, indubitablement, c'est vrai", admet Nomsa Mazibuko, directrice communication de l'agence de marketing publique Brand South Africa. "L'énorme volume de couverture compose un tableau gênant. Même si c'est un peu gonflé et parfois tiré de son contexte", ajoute-t-elle.

Il y a des progrès, insiste-t-elle, par exemple en matière d'homicides, dont le nombre marque le pas, et "on ne peut pas avoir des résultats en une nuit".

Malheureusement pour l'Afrique du Sud, ces "faits divers" coïncident avec l'inquiétude des investisseurs face à la corruption, à la mauvaise gestion administrative, aux tensions sociales, au système éducatif déplorable et au niveau d'inégalités insoutenable à long terme.

Les trois grandes agences de notation ont dégradé la note du pays l'an dernier. "La plupart des investisseurs sont contents de rester à la fête, mais ils dansent près de la porte", ironise Mohammed Nalla, chef des études stratégiques pour le compte de Nedbank Capital.

Menace de "stagflation"

Jusqu'à présent le malaise ne s'est pas traduit dans le prix des obligations ou des actions mais le rand, la monnaie nationale, s'est considérablement affaibli, provoquant une onde de choc dans l'économie sud-africaine très dépendante de ses importations.

Le rand a perdu plus de 15% de sa valeur face au dollar en un an, et plus de 36% en deux ans, ce qui renchérit notamment les prix à la pompe, et de manière générale alimente une inflation proche de 6% par an qui laisse peu de marge de manoeuvre à la banque centrale.

"Le rand est la bandelette-test utilisée par les investisseurs pour exprimer ce qu'ils pensent de l'Afrique du Sud", constate M. Nalla.

Avec officiellement un quart de la population active au chômage, et sans doute davantage, l'Afrique du Sud est menacée par la "stagflation", mélange de croissance faible et d'inflation élevée, selon cet analyste.

Autre signe inquiétant, le prix des assurances sur les obligations, les "credit default swaps" ou CDS, a commencé à grimper. Un indice avant-coureur de mauvais augure qui a précédé les crises financières aux Etats-Unis et en Europe.

L'annonce d'un plan national de développement avec à la clé des milliards d'investissement en infrastructures, électricité, transports, etc., continue de soutenir le moral des investisseurs.

Mais "nous avons besoin de mesures plus visibles pour restaurer la confiance dans la police, l'efficacité de la justice contre les crimes violents et d'une campagne agressive pour mettre en valeur les atouts de l'Afrique du Sud", dit M. Chang. "Ces jours-ci et à notre époque, le +soft power+ ("puissance douce", ou capacité d'influence sans usage de la force), c'est ce qui construit les marques et les réputations".

AFP

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