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Free Libyana, l'opérateur mobile des insurgés libyens

Finie la censure dont souffraient les rebelles libyens, qui avaient de grandes difficultés à communiquer entre eux. Grâce au travail d’une équipe d’ingénieurs libyens et occidentaux, les insurgés bénéficient depuis le 2 avril 2011 d'un réseau téléphonique pour appeler en Libye mais aussi à l'étranger. Une opération rendue possible par le détournement d’une partie du réseau de Libyana (repabtisée depuis «Free Libyana»), la compagnie de téléphonie mobile nationale basée à Tripoli et contrôlée par Mohamed, le fils aîné de Mouammar Kadhafi.

Des journalistes du Wall Street Journal reviennent dans un article du 13 avril 2011 sur cette épopée pour la reconquête du réseau téléphonique:

«Une équipe dirigée par un cadre des télécoms américano-libyen a aidé les rebelles en détournant le réseau de téléphonie mobile du colonel Mouammar Kadhafi et en réétablissant  leurs propres communications. Le nouveau réseau […] permet à plus de 2 millions de Libyens de communiquer entre eux et avec le monde extérieur après que le colonel Kadhafi a interrompu le service téléphonique et Internet depuis un mois».

Ousama Abushagur est l'homme par qui tout est arrivé. D'origine libyenne, ce cadre dans les télécommunications âgé de 31 ans a dirigé les opérations depuis son domicile d’Abou Dhabi (Emirats arabes unis) en compagnie de deux amis d’enfance basés à Dubaï et à Doha, avec lesquels il avait commencé à récolter des fonds dès le 17 février 2011 pour venir en aide à l’insurrection politique naissante.

«Le 6 mars, pendant un vol le ramenant aux Emirats arabes unis après avoir organisé un convoi naval pour la cité assiégée de Misrata, Abushagur a dessiné un diagramme sur l’envers d’une serviette de table représentant un plan pour infiltrer Libyana, pirater le signal et mettre en place un réseau délivré de tout contrôle de Tripoli.»

Un pari risqué, qui ne se serait peut-être jamais réalisé sans la contribution du gouvernement émirati:

«Le gouvernement des Emirats [et sa compagnie de téléphone] Etisalat nous a aidés en fournissant l’équipement dont nous avions besoin pour profiter de Libyana au maximum de ses capacités», a déclaré Faisal al-Safi, un officiel libyen.

L'installation, opérationnelle depuis le 2 avril, a donné un nouvel élan à la résistance, puisque les insurgés peuvent désormais communiquer sur leurs stratégies militaires, l’avancée des troupes, etc. Un réseau pirate qui marque la fin de «l’âge de pierre» pour les combattants libyens, car les commandants de l’armée rebelle étaient jusque là réduits à utiliser des drapeaux de couleurs différentes pour communiquer avec leurs troupes (jaune pour le retrait, vert pour la charge).

Lu sur The Wall Street Journal, The National