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Autant le dire… : Ces politiciens « se foutent » bien de nous

Il a fallu l'affaire Jérôme Cahuzac en France pour que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault et des députés daignent prendre des mesures pour moraliser la vie publique. François Hollande qui a battu sa campagne sur une "République exemplaire" a promis l'avènement d'une République fondée "sur la vertu, l'honnêteté et l'honneur".

Mais pourquoi donc avoir attendu autant ? C'est là que le « bât blesse » et on comprend pourquoi les Français sont sceptiques sur les mesures prises pour endiguer le fléau.

Si en France au moins, on peut admettre qu'il y a un début de « moralisation de la vie publique » (même s'il faut s'en méfier), sous nos tropiques, on en est encore loin. Et pourtant, la loi est claire sur le sujet. En effet, l'article 44 de la Constitution stipule qu' « avant d'entrer en fonction, le Président élu prête devant le Conseil constitutionnel le serment suivant : « Je jure devant le peuple burkinabè et sur mon honneur de préserver, de respecter, de faire respecter et de défendre la Constitution et les lois, de tout mettre en ½uvre pour garantir la justice à tous les habitants du Burkina Faso ». Au cours de la cérémonie d'investiture, le président du Conseil constitutionnel reçoit la déclaration écrite des biens du Président du Faso ». Depuis que cette liste est reçue, personne n'a jamais su en réalité ce qu'elle contient. En clair, les Burkinabè ne savent pas quels sont les biens de leur président. Passons ! L'article 72 de la même Constitution dit que « les membres du Gouvernement ne doivent s'exposer à aucune situation susceptible de créer des conflits entre les devoirs de leurs fonctions et leurs intérêts privés ». La réalité sur le terrain fait tout simplement sourire. Les articles 73 et 74 sont encore plus clairs.

Article 73. « Pendant la durée de leurs fonctions, les membres du Gouvernement ne peuvent directement ou indirectement acheter ou prendre à bail tout ce qui appartient au domaine de l'Etat. La loi prévoit toutefois les cas où il peut être dérogé à cette disposition, mais d'une manière générale, ils ne peuvent prendre part aux marchés et aux adjudications passés par l'Administration ou par les institutions relevant de l'Etat ou soumises à son contrôle ». Article 74 : « Aucun membre du Gouvernement ne peut tirer parti de sa position, ni faire usage directement ou indirectement à des fins personnelles des informations qui lui sont communiquées ».

Mieux, l'article 77 dit : « A leur entrée en fonction et à la fin de leur exercice, les membres du Gouvernement sont tenus de déposer la liste de leurs biens auprès du Conseil constitutionnel. Cette obligation s'étend à tous les présidents des institutions consacrées par la Constitution, ainsi qu'à d'autres personnalités dont la liste est déterminée par la loi ». D'abord, ou aurait bien voulu savoir quelle est cette liste que la loi détermine. Ensuite, combien sont-ils les membres du gouvernement, présidents d'institutions et autres personnalités qui respectent ces dispositions de la Constitution, la loi fondamentale que le président du Faso jure de « préserver, de respecter, de faire respecter et de défendre » ?

Laurent Bado, quel que soit le reproche qui lui est fait, avait eu raison de demander à l'Assemblée nationale d'adopter une loi sur le « délit d'apparence ». Ce qui devait permettre de « fouiller » quelque peu dans les affaires des « subitement nouveaux riches », surtout fonctionnaires de l'Etat ou appelés à de hautes fonctions. On avait aussi pensé que l'affaire Guiro Ousmane allait sonner le début de cette transparence, de « l'opération mains propres » qu'on avait tant proclamée au sommet de l'Etat. Même si les espoirs n'ont pas été déçus, les Burkinabè attendent impatiemment de leurs dignitaires qu'ils donnent l'exemple. On pourrait oui ou non prendre l'exemple sur ce qui se passe en France, non ? Surtout que c'est de là-bas nous vient. Comme on le voit, il n'y a pas que l'article 37 à respecter ou à défendre, mais bien d'autres. C'est tout cela qui fait la Constitution.

Dabaoué Audrianne KANI

L'Express du Faso