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Les ONG se lancent dans l'espionnage

En mai 2009, les Sri-Lankais aux prises avec les Tigres tamouls ne se doutaient pas qu'à des milliers de kilomètres de là, des Américains scrutaient leurs moindres faits et gestes via des satellites en orbite à 450 kilomètres au-dessus du conflit.

Posté dans un laboratoire de Washington, aux Etats-Unis, le géographe Lars Bromley fait défiler des photos d'une grande précision, conformément au programme de l’Association américaine pour l’avancée de la science (AAAS). L'un des techniciens de l’équipe de Bromley, exercé à étudier les cratères de météorites sur Mars, a pu reconnaître les trajectoires des obus et ainsi remonter sur les positions de l’armée sri-lankaise.

La qualité des agrandissements semble suffisante pour zoomer sur un cadavre au sol. Mais le géographe et son équipe ne se limitent pas aux pertes humaines et observent d’autres sinistres, comme des immeubles détruits par les obus d’artillerie et de mortiers, ou encore de simples cratères qui leur paraissent suspects. 

Ces renseignements disponibles sur des régions interdites aux visiteurs étrangers témoignent d'une nouvelle vérité visuelle de plus en plus importante —et surtout potentiellement partagée. Comme le déclarait en janvier dernier l’acteur George Clooney, qui soutient la surveillance par satellite des frontières entre les régions nord et sud du Soudan, issue d'un nouvel effort conjoint de l’ONU et Google:  

«Nous voulons que les auteurs potentiels de génocide et autres crimes de guerre sachent que nous sommes en train de les regarder. (...) Il est beaucoup plus difficile de commettre des atrocités en masse sous le feu des projecteurs des médias.»

Depuis 1999 on recense près d’une douzaine de satellites d’imagerie commerciale lancés sur orbite. Worldwiew-1 a par exemple fourni une grande partie des images du Sri Lanka utilisées par Lars Bromley. En 2005, le premier projet satellite de l’association Amnesty International avait pour objectif d’apporter des informations sur le régime du dictateur Robert Mugabe au Zimbabwe. En 2007, un autre projet a révélé l’incendie de centaines de villages au Darfour. Pour Ariela Batter, la directrice du centre de prévention des crises pour Amnesty International aux Etats-Unis:

«L'image vaut un millier de mots, mais il est important qu'elle soit portée à un million de voix.»

Autre argument de choix pour cette nouvelle forme d’espionnage: le pouvoir de dissuasion et le sentiment, pour les populations, de ne plus être seules face à leurs gouvernements. Les droits de l’Homme ne sont pas les seuls domaines sur lesquels les satellites ont un impact concret: les satellites peuvent également situer les ressources naturelles et ainsi aider les populations locales. Farouk El-Baz, directeur du Centre de télédétection de l’université de Boston a quant à lui utilisé les satellites espions pour retrouver des lacs cachés en Afrique du Nord. Il a par exemple découvert un lac enfoui au sud de l’Egypte dans les années 1980, ce qui a permis depuis l'exploitation d'environ 1.000 puits.

«Les ondes radars nous donnent une image de la roche solide sous le sable, et nous indique ainsi le cours d’anciennes rivières.»

Lu sur The Christian Science Monitor