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Assange revient avec les «Kissinger Câbles»

La récréation est terminée. WikiLeaks revient à la charge et publie depuis, lundi dernier, 1,7 million de documents appartenant à l'Administration américaine, liés spécifiquement à la période d'Henry Kissinger. Depuis le lancement en 2006 du site le plus provocateur au monde, c'est la plus grosse quantité d'informations jamais divulguées par le site de Julian Assange et dans laquelle ce dernier y voit la preuve de l'influence diplomatique des Etats-Unis dans le monde et son implication aux côtés des dictatures sud-américaines, espagnole et grecque. L'organisation qui se procurait auparavant ses documents grâce aux fuites organisées a pu obtenir cette fois ce trésor auprès de l'agence responsable des archives du gouvernement, la National Archives and Records Administration, laquelle vient de déclassifier sa data base liée à la période allant de 1973 à 1976. Le mérite du site réside cependant dans l'effort de rendre accessibles et compréhensibles ces informations au grand public. «L'une des formes du secret, c'est la complexité. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de fusionner ces fichiers avec les câbles que nous avions déjà en notre possession et de mettre beaucoup d'effort dans la création d'une interface facile d'utilisation», explique au magazine Forbes Kristinn Hrafnsson, porte-parole de WikiLeaks. Les «Kissinger Câbles», baptisés au nom du secrétaire d'Etat du temps de Richard Nixon, contiennent pas moins de 1,3 million de câbles diplomatiques, 320 000 documents classés secret-défense et 205 901 documents (correspondances, notes, etc.) liés à Henry Kissinger. Certains qualifient déjà ces publications de nouvel assaut contre l'Administration américaine, mais en tout, ces informations sont d'une qualité sans commune mesure et annoncent de nouvelles câblegates, à l'instar des fuites précédentes ayant provoqué des séismes un peu partout dans le monde.On se souvient, à titre d'exemple, que le monde avait découvert grâce à WikiLeaks la réalité de Guantanamo : abus, torture, détention non justifiée en plus de nombreuses dérives de l'armée américaine en Irak et en Afghanistan. C'était en 2010, année où le site a connu son apogée, en s'associant aussi avec de grands médias, notamment Der Spiegel, The New York Times, El Pais, The Guardian et le Monde. Star du cybermilitantisme Ces révélations ont attiré beaucoup de sympathie au site et à Julian Assange, devenu une star pour une partie de l'humanité qui voit en lui une version post-moderne de Prométhée. Mais ce cybermilitant australien, âgé aujourd'hui de 42 ans, subit aussi la foudre d'abord de l'Administration US qui considère «irresponsable, imprudente et franchement dangereuse» la révélation de ses informations au grand public. Le site crée aussi la polémique en publiant, en 2011, des documents secrets sans les expurger des identités des informateurs, désignant ces derniers comme cibles, notamment dans les pays en guerre. Reporters sans frontières (RSF) condamne et les journaux partenaires se désolidarisent de WikiLeaks à quoi le site répond en organisant un sondage sur son compte Twitter. Sondage dans lequel les internautes s'expriment largement en faveur de la publication in extenso des câbles. WikiLeaks fait l'objet aussi et à plusieurs reprises de cyber-attaques et de décisions de justice pour son interdiction. Certains Etats bloquent l'accès au site à leurs citoyens anticipant sur la publication d'informations à leur charge. C'est le cas du Maroc. L'Algérie n'est pas épargnée par la déferlante. Dans un câble repris par El Pais, Bernard Bajolet, ex-ambassadeur de France en Algérie, et au cours d'une rencontre qui a lieu en 2008 avec l'ambassadeur américain à Alger, fait un constat sans appel de la situation de l'Algérie en cette période qui connaît le lancement de la course au troisième mandat de Bouteflika. Il souligne d'ailleurs l'appétit de ce dernier du pouvoir, la généralisation de la corruption, l'incompétence du gouvernement, la fragilité de la population face au terrorisme et les liberticides. En quelques années, WikiLeaks est devenu l'un des sujets prioritaires de la médias-sphère, y compris parmi la presse people. L'accusation de viol et la condamnation par un tribunal suédois du patron, Assange, ont fait d'ailleurs de ce dernier, qui se cache à l'ambassade de l'Equateur en Grande-Bretagne, une star du calibre de Lady Gaga. Une affaire qui, cependant, n'empêche guère des débats sur le phénomène WikiLeaks ni l'exploitation par les peuples de la matière qu'il dévoile au monde.  

El Watan

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