SlateAfrique

mis à jour le

La gifle qui a changé la face de la Tunisie

Le procès de Fadia Hamdi, l’agent de police municipale à l’origine de l’immolation de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010, aura en définitive lieu mardi 19 avril 2011 devant le conseil cantonal relevant du tribunal de première instance de Sidi Bouzid, après que le juge d’instruction de Gafsa a renvoyé le dossier.

La policière est en effet —et malgré elle— à l'origine de la Révolution du jasmin, puisqu’elle est accusée d’avoir giflé le marchand de légumes qui s’est ensuite suicidé en s’immolant par le feu devant le siège de l’administration de sa ville, ce qui a déclenché des manifestations à travers tout le pays, et conduit à la chute de Ben Ali, le 14 janvier 2011.

En détention depuis le mois de décembre 2010, la policière a entamé une grève de la faim qu’elle refuse de suspendre pour protester contre les conditions «inhumaines» de son arrestation et de sa détention, qui, du point de vue juridique est illégale car elle dépasse les délais de détention privative, conformément à l’article 85 du code pénal:

«Si l’intérêt de l’instruction le justifie, le juge d’instruction peut, après avis du Procureur de la République, et par ordonnance motivée, décider de prolonger la détention, une seule fois en cas de délit, pour une durée qui ne peut dépasser trois mois, et deux fois en cas de crime, sans que chaque durée ne dépasse quatre mois.»  

Les membres de la famille de Fadia Hamdi ainsi que des habitants de Sidi Bouzid ont manifesté pour dénoncer ce qui leur apparaissait comme une entreprise de vengeance enclenchée par l’ancien régime, puis poursuivie par les responsables politiques en place. Ils ont d’ailleurs en ce sens organisé un sit-in devant le siège du ministère de la Justice et adressé un message au ministre en place, Lazhar Karoui Chebbi, en appelant à un procès équitable pour Fadia.

Dans les faits, l’accusée nie avoir giflé le marchand de légumes et précise en revanche que son confrère a saisi la balance du jeune diplômé et renversé son étalage. Une partie de la population tunisienne tend à soutenir l’agent municipal devenue selon eux le bouc émissaire parfait du soulèvement populaire. A ce titre, une page de solidarité sur le réseau social Facebook intitulée «Solidaire avec Fadia Hamdi».

On ne peut cependant écarter l’enjeu sociologique de la situation. Sans avoir conscience de ses actes, voilà qu’une simple Tunisienne, qui sous l’uniforme cristallise l’image répressive et autoritaire de l’ancien régime, est devenue le symbole des révolutions arabes, ou tout du moins le point de départ de l'exaspération et du soulèvement contre l’oppresseur.

Reste l’ironie du sort: les Tunisiens parleraient de mektoub (ce qui est écrit, le destin), car qui aurait pu croire qu'une femme, policière de surcroît, serait à l’origine du bouleversement tunisien.

* Ce mardi 19 avril 2011, le conseil cantonal de Sidi Bouzid a donné son verdict sur l'affaire Fadia Hamdi. La fonctionnaire de police accusé d'avoir giflé Mohammed Bouazizi en décembre 2010 à Sidi Bouzid a été innocentée.

Lu sur Tuniscope, Info-Tunisie