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Macky désarçonne les cinéastes de leurs étalons (Par Amadou Saalum Seck)

En annonçant la dotation du Fonds de Promotion Cinématographique et Audiovisuel pour 2014, le Président Macky Sall reporte sine die la relance du cinéma sénégalais et prolonge ainsi de facto le chaumage des cinéastes. Avec leur brillante et historique participation à la dernière édition du FESPACO qui s'est tenue du 23 Février au 02 Mars 2013, les cinéastes sénégalais ont inscrit pour la première fois le Sénégal sur le palmarès prestigieux des Étalons ; et de quelle belle manière!

D'un coup, l'Étalon d'Or et celui de Bronze, une performance inédite dans l'histoire du FESPACO depuis 1969. Cerise sur le gâteau, ils ont fait razzia sur les autres distinctions avec le 3ème Prix du Meilleur Film Documentaire, le Prix du Meilleur Premier Rôle masculin, les quatre Prix UEMOA, le Prix CDEAO, le Prix de l'Ambassade des USA et enfin le Prix de l'Institut national des langues et civilisations orientales de l'Université de Sorbonne Paris-Cité.

Pour rappel, le cinéma sénégalais venait déjà de remporter au Festival de Films de Carthage en Octobre 2012, le Tanit d'Or du Meilleur Long Métrage, le Tanit d'Or du Meilleur Film Documentaire ainsi que le Prix Spécial du Jury. Galvanisés par toute cette moisson de trophées sur la scène continentale, sans occulter tant d'autres en Europe, ils ont chevauché vers l'audience accordée par le Président de la République, le c½ur plein d'espoir pour sortir enfin du long tunnel de désespoirs des parents pauvres de la Nation ; espoir d'un retour d'ascenseur mérité. Mais en lieu et place d'actes forts et immédiats, ce sont encore et encore des promesses et intentions qui leur ont été servi. Le Président Wade avait promis en 2004 une dotation initiale de trois milliards pour le fonds ainsi que la construction au Technopole d'un Complexe Panafricain de la Cinématographie, et c'est resté lettre morte.

Avec la déclaration du Président Macky Sall pour la dotation du Fonds d'un montant d'un milliard accueillie d'applaudissements nourris (pour rappel, 2 milliards débloqués juste pour la participation des lions de la Téranga à la CAN 2012), la suite de la ph

rase du Président qui précise son inscription dans le prochain budget s'est par contre noyée dans un silence assourdissant. Pour cause, avec une dotation du fonds en 2014, aucun film de long métrage ne pourra être prêt pour participer au FESPACO 2015 où notre pays, légitimement, est attendu par les festivaliers pour de nouvelles belles productions. En effet, le coût d'un long métrage africain tourne entre 600 millions cfa et un milliard, sinon plus.

Le montage financier d'un projet de film, dans le meilleur des cas, prend six mois, le tournage et la postproduction six autres mois au minimum. Dans ces conditions, c'est de nouveau, et exclusivement, le financement étranger qui constitue l'unique alternative pour pouvoir, avec beaucoup de chance, financer nos projets et répondre présent au rendez-vous de FESPACO 2015. A quand alors l'indépendance de notre cinéma et la conquête de la dignité des cinéastes ? A quand le ?Jom? (dont parle Alain Gomis) qui permet de traiter d'égal à égal avec les partenaires étrangers ?

A quand la crédibilité des dossiers de montage financier devant les bailleurs de fonds traditionnels ? Il est temps! Surtout qu'en 2015, le FESPACO ouvre à la Diaspora noire, la compétition pour les Étalons de Yenenga. C'est dire donc que des films aux budgets se chiffrant en millions d'euros ou de dollars vont prendre part à la course. Raison de plus pour armer immédiatement nos productions pour les rendre compétitives.

Déjà, les cinéastes sénégalais avaient mené plusieurs ateliers et rencontres de concertation pour la relance du cinéma sénégalais. Ils ont remis leurs récentes conclusions (constats et propositions) à Monsieur Aziz MBAYE, Ministre de la Culture, à la veille du départ pour Ouagadougou. En substance, ils constatent qu'il est indispensable et opportun, pour les plus hautes autorités étatiques, d'affirmer leur réelle volonté politique pour le développement du cinéma sénégalais. Et qu'elle doit être accompagnée par des actions concrètes de relance du cinéma. Ils demandent aux nouvelles autorités de mettre en exécution, dès l'entame de l'année 2013, les cinq décrets d'application signés en 2004 par le Président Abdoulaye Wade. Il s'agit des décrets relatifs au Registre Public de la Cinématographie et de l'Audiovisuel; la Billetterie Nationale de la Cinématographie; l'Autorisation de tournage professionnel de films au Sénégal; le Fonds de Promotion de l'Industrie Cinématographique et Audiovisuelle ; et la Carte Professionnelle des métiers de la Cinématographie et de l'Audiovisuel.

Au delà, ils ont évoqué l'impérieuse nécessité de créer le Centre National de la Cinématographie et de l'Audiovisuel (CNC) doté d'un service technique de production performant et d'élaborer une politique de Formation de qualité, d'une part, à travers une structure d'incubation pour assurer la formation continue de nos techniciens qualifiés (qui capitalisent une filmographie honorable et sont même sollicités dans les productions étrangères), et d'autre part en octroyant aux jeunes des bourses de formations académiques, par le biais des accords de coopération bilatérale, en attendant la création d'une Ecole Nationale Supérieure de Cinéma et de l'Audiovisuel. Ils souhaitent également la prise de Mesures Fiscales incitatives pour attirer l'investissement privé et favoriser le Mécénat d'entreprise. Ils recommandent que l'ambition pour booster la production nationale, soit accompagnée d'une part, par la réhabilitation et l'équipement des salles en activité ou fermée provisoirement, et d'autre part, par des mesures incitatives envers les promoteurs privés pour la construction de nouvelles salles.

En outre, dans le cadre de la décentralisation et des transferts de compétences, l'Etat devrait interpeller les collectivités locales pour leur demander de mettre en exécution un programme intitulé « une commune, un complexe culturel et cinématographique». Enfin, ils ont déclaré que l'Etat a le devoir moral de respecter ses engagements pris dans le cadre de la Convention pour la Mutuelle d'Assurance des Acteurs des Métiers de la Culture, signée en 2010. De même, les cinéastes, comme tous les autres acteurs culturels, souhaitent une accélération de la prise de décrets d'application relatifs à la loi N° 2008-09 sur le Droit d'Auteur et les Droits Voisins ainsi que la mise en place de la Société de Gestion Collective.

En conclusion, ils ont affirmé que le secteur cinématographique et audiovisuel constitue un ensemble d'activités économiques stratégiques pour le Sénégal, qu'il contribue au rayonnement international et à l'identité culturelle du pays, qu'il est pourvoyeur d'emplois, participe à la réduction de la pauvreté et exerce un effet d'entraînement sur d'autres secteurs comme les loisirs, le tourisme, l'éducation ou les fournisseurs de technologie TIC...

C'est donc la prise en charge immédiate de ces doléances que les cinéastes attendent du Président Macky Sall, consacré Premier Protecteur des Arts et des Artistes par notre Constitution. La nature ayant horreur du vide, si nous n'occupons pas notre espace de communication avec nos propres produits culturels, ce sont les autres qui continueront à aliéner nos populations avec leurs produits et valeurs en total déphasage avec nos propres réalités.

Amadou Saalum Seck
Cinéaste


Rewmi

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